Pascal Brice a dirigé l'Office français de protection des réfugiés et apatrides pendant six ans. Il vient d'écrire un livre intitulé "Sur le fil de l'asile" aux éditions Fayard.Il y décrit son expérience de terrain. Et il y déplore la complète faillite du règlement européen de Dublin qui régit l'accueil des demandeurs.

Pascal Brice vient d'écrire "Sur le fil de l'asile" éditions Fayard
Pascal Brice vient d'écrire "Sur le fil de l'asile" éditions Fayard © Radio France / Jean-Marie Porcher

Le deuxième mandat de Pascal Brice à la tête de l'OFPRA vient d'arriver à son terme, il n'est pas reconduit dans ses fonctions. Et le nom de son successeur à la tête de l'organisme n'est pas encore connu.

Le diplomate, et petit-fils de réfugiés lui-même, raconte aujourd'hui ses rencontres dans les camps de Calais, Lampedusa ou de Lesbos. Certains exilés savent dès le départ où ils vont, pour rejoindre des familles ou des compatriotes, dit-il. Mais la plupart sont dans l'errance et ne connaissent pas leurs droits. Ces hommes et ces femmes viennent de pays où la puissance publique est violente et elle continue à s'exprimer dans leur parcours, parfois dans les camps où ils se retrouvent. Pascal Brice explique donc qu'il faut rétablir une confiance avec ces migrants. Et qu'il faut également combattre une culture de la peur de l'appel d'air dans les pays où ils arrivent. "J'ai été confronté à l'idée que pourrir la vie des gens les dissuaderait de venir, c'est indigne et faux". 

"Un matin, on vous dit qu'il y a trop de réfugiés, le lendemain, il n'y en n'a pas assez"

Pour lui, il ne faut pas transiger sur le caractère imprescriptible du droit d'asile. Et il reste beaucoup de travail pour le faire respecter pleinement. Au titre de la préservation du droit d'asile, il défend une immigration économique avec des limites, ainsi qu'un droit humanitaire complémentaire, par exemple pour les migrants d'Afrique de l'Ouest torturés en Libye. Pour lui, la principale menace contre le droit d'asile aujourd'hui est l'externalisation des demandeurs d'asile vers des pays tiers, comme la Turquie ou de l'autre côté de la Méditerranée. 

L'ancien patron de l'OFPRA déplore aussi la faillite complète du système de Dublin, qui confie le traitement de la demande d'asile au pays d'entrée en Europe, mais génère des incompréhensions et du désordre. "Le nombre d'élus, de travailleurs sociaux, de bénévoles qui ne comprennent pas ce qui se passe, parce que quelqu'un demande l'asile et doit attendre des mois pour rien dans des centres d'hébergements !" Car la demande est transmise au pays dans lequel le migrant est entré, et qu'elle met souvent plus d'un an à revenir. Il préconise d'aller recueillir les demandes d'asile au plus près des arrivées, avec un équivalent européen de l'OFPRA. 

Depuis l'été dernier, les organismes français et d'autres pays européens ont agi ainsi sur l'Aquarius et d'autres bateaux : demandes d'asile instruites sur place, migrants répartis en Europe pour ceux qui relevait du droit d'asile. Les autres sont reconduits vers leurs pays. Expérience à pérenniser. "C'est tout l'enjeu de la négociation européen à venir" pour Pascal Brice.

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