Le pass sanitaire obligatoire est entré en vigueur pour de nombreuses professions et sera encore étendu le 15 septembre 2021, mais certains salariés n'hésitent pas à acheter de faux certificats de vaccination à l'insu de leurs employeurs. L'un d'eux a accepté de témoigner.

Le faux QR code est donc en fait un vrai-faux QR code validé par Ameli, la plateforme de la sécurité sociale
Le faux QR code est donc en fait un vrai-faux QR code validé par Ameli, la plateforme de la sécurité sociale © AFP / Martin Bertrand

L’idée s'est imposée comme une évidence. Corentin, 31 ans, est éducateur auprès d'enfants et adolescents en difficulté. C'est un anti-vax convaincu. Pour lui, la quatrième vague n'existe pas. Alors, quand il a entendu dire que le pass sanitaire serait probablement obligatoire dans quelques semaines pour exercer sa profession, il a cherché un moyen d'obtenir un faux certificat de vaccination.

Une connaissance lui donne un nom sur un réseau social. Après une prise de contact virtuelle, le jeune homme se retrouve dans sa voiture à 90 kilomètres de chez lui, avec 300 euros en liquide dans la poche. La transaction se fera de la main à la main. Son contact lui demande nom, prénom, date de naissance et numéro de sécurité sociale. Quelques heures plus tard, Corentin reçoit un mail officiel de la sécurité sociale avec son vrai faux QR Code.

"C'est pour mon emploi que je l'ai fait"

Selon Nicolas Baudelot, cofondateur de Medicalib, plateforme de coordination des soins à domicile, l'exemple de Corentin est caractéristique d’un système. Le principe est simple : un intermédiaire transmet les informations à un professionnel de santé (médecin, pharmacien, infirmier, etc) qui a un accès personnel à la plateforme de vaccination. Ce dernier entre sur son clavier les informations comme s'il venait de vacciner la personne en question, et le tour est joué.

Il arrive même que l’on jette une dose de vaccin à la poubelle pour que les stocks correspondent au nombre de personnes prétendument vaccinées. Le faux QR code est donc en fait un vrai-faux QR code validé par Ameli, la plateforme de la sécurité sociale. La supercherie (parfaitement illégale) est indétectable.

"Un acte de résistance"

Le contact de Corentin était-il lui-même un professionnel de santé ? Ou a-t-il transmis ses coordonnées à un complice infirmier, médecin ou pompier ? Impossible de le savoir. Il affirme ne pas connaître celui qui a encaissé les 300 euros. "Je ne veux rien savoir de lui", explique le jeune éducateur, qui n'avait qu'une peur : perdre son travail.

"C'est la première fois que j'ai un travail qui me plait. Ne plus aller au cinéma ou au restaurant, je m'en fous, c'est uniquement pour mon travail que je l'ai fait."

Quant à savoir s’il culpabilise de frauder, il considère, contrairement aux spécialistes de la question, qu’il ne représente nullement un danger pour les enfants qu'il encadre. La preuve, pense-t-il : " Ceux qui sont vaccinés peuvent être porteurs du virus et le transmettre. Selon moi, ce n'est pas un vaccin anti-Covid mais un vaccin anti forme grave du Covid."

Et Corentin de conclure : "Ce faux QR Code, c'est un acte de résistance."