Mikel Irastorza, un des principaux chefs présumés de l'organisation séparatiste basque espagnole ETA encore en fuite, a été interpellé samedi

Officier français au moment de l'arrestation de Mikel Irastorza
Officier français au moment de l'arrestation de Mikel Irastorza © Sipa / Juan Herrero

Madrid et Paris ont porté un nouveau coup dur à l'organisation séparatiste basque espagnole ETA, déjà à l'agonie, avec l'interpellation samedi au Pays Basque français de l'un de ses derniers chefs présumés dans la clandestinité.

L'arrestation de Mikel Irastorza a eu lieu à Ascain (Pyrénées-Atlantiques, sud-ouest) et il a été placé en garde-à-vue au commissariat de Bayonne.

"Mikel Irastorza, en fuite depuis 2008, exerçait la plus haute responsabilité au sein de l'organisation terroriste ETA et dictait les directives qui devaient être suivies par toutes les structures qui la composent", a précisé le ministère espagnol de l'Intérieur dans un communiqué.

L'homme, natif de la ville espagnole de Saint-Sébastien (nord), était placé à la direction de "l'appareil politique" de l'ETA, assure Madrid.

"Il exerçait cette responsabilité depuis plus d'un an, après la détention (...) de David Pla et d'Iratxe Sorzábal, le 22 septembre 2015" en France, selon le ministère.

Le couple franco-espagnol qui l'hébergeait dans une maison du bourg, la famille Arin, a également été placé en garde-à-vue, à son domicile.

Lui, Xabi Arin Baztarica, âgé de 59 ans, est un ancien réfugié basque espagnol établi depuis longtemps au Pays Basque français et travaillant comme cadre dans une entreprise de meubles à Hendaye. Elle, Denise, est âgée de 56 ans.

Le témoignage du fils de ce couple, par Paul Nicolaï de France Bleu Pays Basque

Pour le ministère espagnol de l'Intérieur, Mikel Irastorza, âgé de 41 ans, de nationalité espagnole et originaire de Saint-Sébastien (province de Guipuzkoa), est "le plus haut dirigeant actuel du groupe terroriste ETA, qui échappait à la justice". De source proche du dossier en France, on indique qu'il aurait succédé en 2015 à Iratxe Sorzabal et David Pla, arrêtés le 22 septembre 2015 en France.

Les interpellations ont été effectuées sous l'autorité du Parquet anti-terroriste de Paris et les trois suspects devraient être transférés vers Paris pour être présentés à un magistrat du Parquet anti-terroriste. Une enquête préliminaire avait été ouverte vendredi pour "association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste".

L'ETA, de la lutte armée à l'action politique

L'ETA, fondée en 1959 dans la lutte contre la dictature franquiste, est tenue pour responsable de la mort de plus de 800 personnes en plus de 40 années de lutte armée pour l'indépendance du Pays Basque et de la Navarre. Dans les années 1970-1980, une soixantaine de militants nationalistes avaient été assassinés en Espagne et en France dans des attentats commis par des groupes à la solde de la police espagnole, notamment le Bataillon basque espagnol (BBE), puis les Groupes anti-terroristes de libération (GAL).

Après avoir d'abord annoncé l'arrêt des attentats en 2010, l'ETA a renoncé en 2011 à la lutte armée, mais refuse de rendre les armes et de se dissoudre, comme l'exigent Madrid et Paris.

Le 12 octobre, la France et l'Espagne avaient annoncé le démantèlement d'une importante cache d'armes de l'ETA au nord de Paris.

Dans un communiqué du 18 octobre, l'ETA avait accusé l'Espagne et la France de ne pas vouloir "rechercher des solutions raisonnables" pour la paix au Pays basque.

Sa capacité opérationnelle est très réduite, après des années d'actions policières des deux côtés de la frontière franco-espagnole et la perte de soutiens dans la société basque. La grande majorité de ses membres sont en prison -- un peu moins de 400 détenus, dont un peu plus de 90 en France -- et seule une vingtaine seraient encore dans la clandestinité, selon des experts espagnols et français de la lutte anti-terroriste.

Le principal dirigeant du mouvement politique nationaliste basque espagnol Sortu, Arnaldo Otegi, libéré en mars 2016 après avoir passé une dizaine d'années en prison en raison de son soutien à l'ETA, prône aujourd'hui une lutte exclusivement politique et par des moyens légaux, notamment aux élections.

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