Le procès du cardinal Barbarin et d'autres responsables religieux s'ouvre ce lundi à Lyon. C'est son silence dans l'affaire de pédophilie du père Preynat notamment qui est en cause.

Le cardinal Barbarin dans la cathédrale Saint-Jean à Lyon
Le cardinal Barbarin dans la cathédrale Saint-Jean à Lyon © AFP / JEFF PACHOUD

"Je n'ai qu'un seul juge qui est le Seigneur", affirmait récemment, à Lourdes, le cardinal Philippe Barbarin. Lundi, l'archevêque de Lyon doit comparaître devant la justice des hommes, accusé de lui avoir caché le passé pédophile du père Preynat. Avec lui, cinq anciens membres du diocèse, dont l'archevêque d'Auch et l'évêque de Nevers, sont convoqués devant le tribunal correctionnel jusqu'à mercredi pour ne pas avoir dénoncé des agressions sexuelles commises sur de jeunes scouts avant 1991.

Ils sont cités à comparaître pour non-dénonciation d'agressions sexuelles sur mineur. Le préfet du Vatican, poursuivi, ne sera pas présent, le Vatican invoquant son immunité.

Sur le banc des parties civiles, des victimes du Père Preynat, 72 ans, qui ont découvert, adultes, que celui qu'ils accusent de pédophilie était toujours au contact avec des enfants.  

Philippe Barbarin, 68 ans, en poste à Lyon depuis 2002, incarne en France la crise d'une Église confrontée partout aux déviances des uns et aux silences des autres - que le pape François appelle à rompre, tout en soutenant le primat des Gaules quand d'autres réclament sa démission.

Un recensement de 85 victimes

Le scandale lyonnais a éclaté en 2015 avec la mise en cause du père Bernard Preynat pour des abus commis un quart de siècle plus tôt. Parce qu'il était au courant de ces agissements anciens, des victimes ont aussi porté plainte contre Mgr Barbarin, estimant qu'il aurait dû lui-même dénoncer le prêtre à la justice. Après six mois d'enquête et dix heures d'interrogatoire du cardinal par la police, le parquet de Lyon a classé l'affaire sans suite à l'été 2016. Mais des plaignants ont lancé depuis une procédure de citation directe devant le tribunal.

Trois d'entre eux ont lancé l'association La Parole Libérée qui a recensé 85 victimes présumées (les faits sont prescrits pour une majorité). Neuf sont parties civiles à ce procès dont François Devaux, 39 ans, président de l'association.

"Ce n'est pas le procès d'un homme" - le cardinal Barbarin - mais celui d'un système, estime François Devaux, habitué à ce qu'on l'interroge sur ce face à face attendu au tribunal.  "Ce procès c'est la fin d'un combat, un aboutissement". Il a fallu effacer la honte pour créer l'association La Parole libérée qui va être mise en sommeil. Il ne reçoit presque plus de menaces mais toujours beaucoup d'appels de victimes. L'Église n'a selon lui pas assez avancé sur la pédophilie. "Notre stratégie était d'alerter l'opinion publique et les politiques, on a réussi"  poursuit François Devaux. "Quelle que soit l'issue de ce procès, ça ne m'empêchera pas de dormir".

1 min

Le procès Barbarin

Par Mathilde Dehimi

Avant même le procès pénal du père Preynat, prévu possiblement pour la fin de l'année, un film de François Ozon va sortir le 20 février, "Grâce à Dieu". Il y raconte l'histoire de François Devaux et Alexandre Hesez-Dussot notamment.

Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.