La ministre de la Santé a proposé ce lundi aux acteurs concernés une feuille de route afin d’endiguer la pénurie qui frappe de nombreux médicaments. Quelles molécules sont concernées et pour quelles raisons ? Quelles sont les pistes proposées ? France Inter fait le tour de la question.

Sur l'année 2019, 1 200 médicaments devraient être concernés par des ruptures de stock ou des tensions d'approvisionnement.
Sur l'année 2019, 1 200 médicaments devraient être concernés par des ruptures de stock ou des tensions d'approvisionnement. © Getty / Nehru Sulejmanovski

Se présenter à la pharmacie avec une ordonnance… et repartir bredouille. Le scénario est de plus en plus fréquent. D’après la ministre de la Santé Agnès Buzyn, "plus d’un Français sur quatre affirme avoir été en difficulté pour acheter un médicament courant". Selon les projections de l'Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM), plus de 1 200 traitements ou vaccins seront concernés par des situations de rupture ou tensions d'approvisionnement sur l'ensemble de l'année 2019. Soit près de 30 fois plus qu'en 2008.

Les médicaments les plus touchés

Parmi les plus difficile à se procurer : les corticoïdes. Le 7 mai dernier, l’Agence nationale de sécurité du médicament indiquait dans une note avoir été informée de "fortes tensions d’approvisionnement concernant des spécialités à base de prednisone et de _prednisolone_". Autrement dit, le Cortancyl et le Solupred, ainsi que leurs génériques, prescrits dans le traitement des allergies, de l’asthme, mais aussi de certains cancers,  scléroses en plaques ou rhumatismes aigus. 

Une situation grave, dénoncée par le professeur et rhumatologue à l’AP-HP Francis Berenbaum. Il a lancé une pétition appelant les pouvoirs publics à trouver d’urgence une solution. 

Plusieurs anticancéreux sont également en tension. À l’instar d'Ametycine, antibiotique utilisé pour traiter le cancer de la vessie. Immucyst, Aracytine sont actuellement en rupture de stock, d’après l’ANSM.  Idem pour les vaccins BCG ou le DT Vax

Pourquoi ces ruptures de stock ?

Les causes sont multiples. Aujourd’hui, la plupart des usines fabricant les médicaments sont délocalisées à l’étranger, et notamment en Asie. L’ANSM évoque des difficultés liées à la production (44% des cas de ruptures de stock) : retards de fabrication, incidents, capacités insuffisantes. Certains groupes pharmaceutiques peinent également à s’approvisionner en matière première ou doivent s’adapter à l’évolution de la réglementation. 

Mais pour le pharmacologue Alain Astier, le problème est avant tout financier. "L’industrie abandonne souvent des produits non rentables et se concentre sur des produits nouveaux, qui rapportent beaucoup plus. Les stratégies industrielles de rationalisation à outrance des coûts de production conduisent les laboratoires à produire à flux tendu", explique-t-il ainsi au journal Le Monde. 

Les pistes envisagées

Le plan d'action présenté ce lundi par la ministre Agnès Buzyn comprend 28 propositions. 

Le premier axe vise à "promouvoir la transparence et la qualité de l'information", en généralisant par exemple la plateforme qui permet aux pharmaciens de signaler les ruptures d'approvisionnement au laboratoire concerné. 

Autre proposition : comme le permet la loi Santé, laisser la possibilité au pharmacien de remplacer le médicament indisponible par un autre médicament, lorsque la pénurie concerne "un médicament d'intérêt thérapeutique majeur". 

Il s'agit enfin de renforcer la coopération européenne, en poursuivant les discussions sur les achats groupés. Un comité de pilotage sera mis en place pour veiller au suivi de ces mesures. 

"Améliorer la disponibilité des médicaments pour tous les Français est ma priorité", a déclaré Agnès Buzyn. Un plan définitif devrait voir le jour en septembre.

Pour Jean Pierre Decool, rapporteur des 30 propositions faites par le Sénat en 2018, et invité du journal de 13h de France Inter, il faut une "politique d’aide pour ceux qui fabriquent en France ou en Europe", et inciter la production dans les pays européens. Il préconise aussi "l'établissement d'une liste de médicaments présentant un intérêt sanitaire majeur"

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