Emmanuel Macron a promis mercredi d'atteindre les 10 000 lits en réanimation. Un objectif jugé "inatteignable", faute de personnel, par le professeur Djillali Annane. Tout l'enjeu, dit-il, est de trouver la meilleure prise en charge pour les malades qui n'auront pas de place en réanimation.

" Nous essayons de mettre en place des lits de soins critiques, qui permettent de traiter des patients moins graves que ceux que nous accueillons en réa", explique Djillali Annane
" Nous essayons de mettre en place des lits de soins critiques, qui permettent de traiter des patients moins graves que ceux que nous accueillons en réa", explique Djillali Annane © AFP / Bertrand Guay

Malgré les mesures de restriction et la campagne de vaccination, les indicateurs de l'épidémie de Covid continuent de s'affoler. D'après le dernier décompte de Santé publique France ce vendredi, plus de 5 200 malades se trouvaient en réanimation, dont 505 nouvelles entrées en 24 heures. Lors de son allocution mercredi, Emmanuel Macron a annoncé que les capacités en réanimation allaient être portées, sur l'ensemble du territoire, à plus de 10 000 lits. Un chiffre aussi "symbolique" qu'"inatteignable" selon Djillali Annane, chef du service de réanimation de l'hôpital Raymond-Poincaré de Garches, invité de France Inter ce samedi.

FRANCE INTER : Monter les capacités d'accueil à 10 000 lits, comment allez-vous vous y prendre ?

DJILLALI ANNANE : "Malheureusement, pour des raisons techniques, on ne pourra pas monter au-delà des quelque 5 000 lits de réanimation que nous avons en France. Ce que nous essayons de mettre en place, ce sont des lits de soins critiques, qui permettent de traiter des patients moins graves que ceux que nous accueillons en réanimation. Là, on a une marge de manœuvre. Aujourd'hui, on a pu en créer environ 2 000. On est donc en tout à 7 000 lits de soins critiques. L'objectif est de monter vers 10 000. Et cela va être très compliqué, parce qu'il faut les compétences humaines, les femmes et les hommes qui sont suffisamment compétentes et compétents pour pouvoir gérer ce genre de patients." 

Avez-vous pour cela les ressources suffisantes ? On a parlé de faire appel à la réserve sanitaire…

"Malheureusement, la réserve sanitaire aujourd'hui est déjà très largement épuisée. On a donc en renfort depuis quelque temps les étudiants, notamment des élèves infirmières anesthésistes. Il est également question de faire appel à nouveau aux collègues qui sont partis récemment à la retraite. Mais là encore, on voit que ces renforts ne vont pas permettre d'apporter toutes les compétences nécessaires."

"On va donc, petit à petit, dans les quinze jours qui viennent, être dans une situation où la prise en charge des patients en réanimation va être dégradée et de moins bonne qualité que ce qu'elle aurait pu être."

Voulez-vous dire que les annonces d'Emmanuel Macron mercredi ont été un peu précipitées ?

"Oui, absolument. Le chiffre annoncé de 10 000 lits est un chiffre très symbolique qui, pour moi, est inatteignable. Nous réfléchissons donc à à la façon dont on peut assurer la prise en charge de patients qui devraient être admis en réanimation, mais qui ne pourront pas l'être, et qui devront rester dans des services de surveillance continue. Tout l'enjeu pour nous est de voir comment on assure la meilleure qualité de soins possible aux patients qui vont se retrouver dans cette situation. 

Pourtant, ça n'est pas faute d'avoir insisté, après la première vague, sur la nécessité de renforcer les capacités en réanimation. On l'a répété de mois en mois, depuis un an, malheureusement sans être écouté. Et on est aujourd'hui dans l'improvisation puisque l'on n'a pas anticipé cette situation. Donc on improvise."

Est-ce que cela veut dire qu'on n'échappera pas au tri des patients à sauver?

"On ne va pas se baser sur le tri des patients. On va plutôt essayer d'exporter les compétences de réanimation pour traiter des patients hospitalisés en dehors, en surveillance continue, voire dans les services de médecine. C'est à ça que l'on travaille aujourd'hui avec nos cadres de santé, de façon à établir des procédures pour assurer une standardisation et une harmonisation de la qualité de prise en charge de ces patients dans cette situation dégradée."