Organisée par la Fondation Abbé-Pierre, la première cérémonie satirique "Les Pics d'or" a récompensé les pires installations de mobilier anti-SDF. Objectif : réveiller les consciences sur "ces pratiques inhumaines".

Le Pic du dispositif le plus agressif a été remporté par cette installation située dans le 2e arrondissement de Paris.
Le Pic du dispositif le plus agressif a été remporté par cette installation située dans le 2e arrondissement de Paris. © Fondation Abbé Pierre

C'était la première cérémonie des "Pics d'or" organisée par la Fondation Abbé-Pierre. L’événement, qui veut "récompenser" - ironiquement bien entendu - les pires installations de mobilier anti-SDF s’est tenu dans une salle pleine à craquer du Studio 28, un cinéma parisien de Montmartre. Avec cette remise de prix, l'association espère faire "prendre conscience du réel but de ces installations" : "Ce sont des faits d’hostilité urbaine à l’égard des personnes sans domicile", explique Christophe Robert, délégué général de la Fondation. Elle a ainsi distingué un prix pour l'abribus "à place unique" de Biarritz, un autre pour l'arrêté anti-mendicité de Besançon.

Lors de la cérémonie, "Les Pics d'or" ont été décernés à six lauréats.
Lors de la cérémonie, "Les Pics d'or" ont été décernés à six lauréats. © Radio France / Yoanna Sallese

"On m’a viré avec un pot de fleurs en béton"

Étaient présents pour cette première remise des "Pics" les deux humoristes français Guillaume Meurice et Blanche Gardin. À leurs côtés, Christophe Robert et Christian Page, un sans-abri célèbre pour ses prises de position face aux mobiliers anti-SDF : "On m’a viré avec un pot de fleurs en béton, et en plus il n’y avait pas de fleurs dedans", se moque-t-il sous les rires jaunes du public. Pendant la soirée, chacun aura l’honneur de remettre six prix aux lauréats, grands absents de cette cérémonie. "Peut-être viendront-ils les chercher plus tard", ironise Christophe Robert. 

Siège vide du lauréat "Faites ce que je dis, pas ce que je fais" lors de la remise des Pics d'or.
Siège vide du lauréat "Faites ce que je dis, pas ce que je fais" lors de la remise des Pics d'or. © Radio France / Yoanna Sallese

Cette cérémonie a lieu un an après l'action #SoyonsHumains, lancée par la fondation qui invitait les citoyens à dénoncer ce type de dispositifs mis en place pour empêcher les personnes les plus démunies de s'abriter. "Aujourd'hui, la simple dénonciation ne suffit plus. Nous voulons montrer l'absurdité de ces installations où de grandes sommes d'argent sont dépensées pour chasser ces personnes au lieu de chercher des solutions de logements", poursuit le délégué général. 

Une course à l'inhumanité

En tout, six lauréats ont donc reçu un Pic d'or, témoignage de leur grande implication en défaveur des sans-abris. Dans la catégorie "Fallait oser", le Pic du dispositif le plus décomplexé a été attribué à la ville de Biarritz avec "Place unique" où un siège individuel a été installé sous un abris bus, empêchant ainsi quiconque de s'y allonger. "C’est ça le génie humain. Un pauvre dort dans la rue et on fait tout pour qu’il dégage", ironise Guillaume Meurice, chargé de la remise du prix. "Bernard Arnaud pourrait acheter ces mobiliers en croyant que ce sont des oeuvres d'art", poursuit le chroniqueur de France Inter.

"La place unique" de la ville de Biarritz, Pic d'or de la catégorie "Fallait oser".
"La place unique" de la ville de Biarritz, Pic d'or de la catégorie "Fallait oser". / Fondation Abbé Pierre

Autre lauréat, une installation parisienne rebaptisée "Violence ordinaire" remporte le Pic du dispositif le plus agressif. Au 16 rue de Hanovre dans le 2e arrondissement de Paris, de gros clous dissuasifs ont été implantés sur une surélévation en marbre pour éviter que les sans-abris y dorment. "C’est définitivement l’année du picot !", lance Blanche Gardin. "J’admire tous ces ingénieurs qui nous rappellent que la France n’est pas un pays de pétrole, mais un pays d’idées", raille l’humoriste.

« C’est définitivement l’année du picot ! », Blanche Gardin.
« C’est définitivement l’année du picot ! », Blanche Gardin. © Radio France / Yoanna Sallese

Le Pic du dispositif le plus contradictoire a été décerné au centre médical du 4 avenue Richerand, dans le 10e arrondissement de Paris. Là, des vagues en fer ont été installées sur la devanture de l'établissement, sous l'inscription "centre médical ouvert à tous". De quoi dissuader toute assise, ce que la Fondation Abbé-Pierre, appelle avec humour "les limites de l'hospitalité".

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