On assiste depuis plusieurs années à un désamour de la pilule chez les jeunes filles, jugée dangereuse, et un regain d'intérêt pour le stérilet, l'implant et les méthodes de contraception naturelles. Celles-ci sont-elles efficaces ? Faisons un tour d'horizon des moyens contraceptifs…

Quels moyens de contraception choisir ?
Quels moyens de contraception choisir ? © Getty / Charles Thatcher

Sabrina Debusquat est journaliste et l'auteur de J'arrête la pilule, un livre-enquête qui suscite de nombreux débats... Ali Rebeihi avait reçu la jeune femme au début de l'année pour comprendre ces questions qui se posent autour de la pilule ; il l'a invitée à nouveau cette semaine pour faire avec elle, ainsi qu'avec la gynécologue et sexologue Hélène Jacquemin Le Vern, un tour d'horizon des moyens de contraceptions, que nous vous proposons de détailler plus bas (même les plus étonnantes, comme le slip chauffant).

Comme le dit la gynécologue Hélène Jacquemin Le Vern : 

La meilleure contraception pour la femme, c'est la contraception qu'elle choisit en étant informée correctement.

Un désamour de la pilule ?

Revenons quelques années en arrière avec Sabrina Debusquat :”Avant la pilule, il y avait il y avait le diaphragme, le retrait, les préservatifs et l'abstinence périodique avec la fameuse méthode Ogino absolument pas fiable... donc effectivement la pilule a permis aux femmes, non pas d'arrêter d'avoir des flopées d'enfants - la natalité était déjà bien diminuée avant l'arrivée de la pilule, mais a permis de décider précisément quand est-ce qu'elles voulaient un enfant - et ça c'était juste une révolution !".

Si la pilule a longtemps été le moyen de contraception de référence, c'est un peu moins le cas aujourd'hui, selon un sondage Santé publique France

  • en 2010, 41% des femmes prenaient la pilule
  • en 2016, elles ne sont plus que 33,5% 

Deux raisons à ce recul :

D'une part, les révélations faites dans Le Monde en 2013 ont fait bouger les mentalités sur ce sujet. Cette enquête montre le conflit d'intérêt de gynécologues leaders d'opinion avec des laboratoires pharmaceutiques : travaillant ouvertement avec les labos depuis longtemps, ils mettent énormément en avant la contraception hormonale sans évoquer les autres moyens de contraception.

D'autre part, comme l'analyse Sabrina Debusquat : 

On ne veut plus prendre un médicament, on ne veut plus d'effets secondaires pour la contraception.

D'autant que ces "effets secondaires" ne se cantonnent pas aux migraines et nausées : le CIRC (qui dépend de l'OMS) classe depuis 2005 la pilule comme cancérogène en catégorie une pour les cancers du sein, du foie, du col de l'utérus et des voies biliaires.

Pour la gynécologue Hélène Jacquemin Le Vern : 

Comme tout médicament , il y a des effets secondaires...

La pire des contre indications, estime-t-elle, c’est "pilule et tabac". Ecoutez Flore :

C'était de notoriété publique : la pilule et la cigarette ne font pas bon ménage… Mais de là à penser que j'allais finir en soins intensifs et en cardiologie, c'était une autre histoire !

Pour être efficace, la pilule du lendemain doit être prise dès que possible.
Pour être efficace, la pilule du lendemain doit être prise dès que possible. © Getty / IAN HOOTON/SPL

Pilule du lendemain

La pilule du lendemain est une méthode de rattrapage qui peut être prise juste après un rapport sexuel non ou mal protégé pour éviter une grossesse.

Elle a longtemps été victime d'une idée reçue : elle rendrait stérile et/ou donnerait le cancer.  Ce que dément la gynécologue Hélène Jacquemin Le Vern : "il peut y avoir des effets secondaires passagers comme des maux de ventre, des maux de tête , des nausées" mais rien d'aussi terrible qu'un cancer. 

La contraception d’urgence est d’autant plus efficace qu’elle est prise tôt après le rapport sexuel non ou mal protégé : 95% d’efficacité en cas d’utilisation dans les premières 24 heures ; 85% d’efficacité en cas d’utilisation le deuxième jour ; 58% d’efficacité le troisième jour.

Rappel : la pilule du lendemain est gratuite pour les mineures ; il n'y a pas besoin de d'ordonnance pour l'obtenir en pharmacie.

La vasectomie

Fabien, auditeur de France Inter, a choisi la vasectomie (sectionner les canaux déférents qui transportent les spermatozoïdes) comme moyen contraceptif, il témoigne : 

La contraception pour moi, ce n'est pas à la charge de la femme, c'est à la charge du couple puisqu’on est bien deux à faire l'amour.

Cette pratique est beaucoup plus courante outre-Manche : 21% des Britanniques pratiquent la vasectomie contre seulement quelques milliers en France chaque année.

Hélène Jacquemin Le Vern explique pourquoi : “En Angleterre, il y a la National Health qui donne les directives à suivre de façon très réglementée, donc les médecins sont obligés de présenter la vasectomie dans l'éventail des contraceptions, ce qui n'est pas le cas en France : la HAS (Haute autorité de santé) donne des indications et chaque médecin, avec son idée, va présenter la contraception aux patients - et en général il ne présente pas la vasectomie".

Cette méthode contraceptive est souvent considérée comme effrayante car on la suppose irréversible. Un autre auditeur, Jacques, précise que ce n'est pas forcément le cas : "Il est tout à fait possible de revenir en arrière avec une vasectomie , ça a été mon cas personnel... Il suffit d'avoir un très bon chirurgien". 

Schéma d'une vasectomie et d'une ligature des trompes ("tubectomy" en anglais)
Schéma d'une vasectomie et d'une ligature des trompes ("tubectomy" en anglais) © Getty / Stocktrek Images

La ligature des trompes

Vanessa, auditrice, a choisi la ligature des trompes, elle témoigne : 

Pour moi, ça a été une véritable libération !

Hélène Jacquemin Le Vern souligne toutefois que cette opération est "un peu plus compliquée que la ligature des canaux déférents [autre nom de la vasectomie] parce qu'il faut faire une cœlioscopie"… La gynécologue estime que cette méthode est intéressante surtout pour les femmes après 40 ans (qui sont souvent moins fécondes et chez qui les grossesses sont souvent moins indiquées car "cela peut leur économiser dix années de contraception").

Le stérilet / DIU

Pendant longtemps, les gynécologues français se sont refusés à installer un stérilet sur les femmes nullipares (sans enfants), évoquant un risque de devenir stérile. "C'est vraiment une erreur de la gynécologie française" estime Hélène Jacquemin Le Vern, "c'est une très bonne contraception".

Le stérilet hormonal est efficace à 99,8%, cette méthode contraceptive est aujourd'hui assez en vogue, c'est celle qui est la plus utilisée chez les femmes de plus des 35 ans.

Le stérilet au cuivre est efficace à 99,4% d'efficacité puisqu'il ne bloque pas l'ovulation mais c'est une contraception très bien tolérée qu'il est très facile à faire". C'est aussi une méthode contraceptive sans hormone.  Son défaut : il a tendance à rendre les règles plus abondantes.

L'implant est l'une des méthodes contraceptives les plus efficaces
L'implant est l'une des méthodes contraceptives les plus efficaces © Getty / Peter Dazeley

Les implants

C'est un petit bâtonnet qui contient la progestérone, que l'on met au niveau du bras sur la face interne. Cette méthode contraceptive est de plus en plus utilisée chez les moins de 24 ans.

Ses avantages sont multiples : 

  • l'implant ainsi que sa pause par le médecin sont remboursés par la sécurité sociale
  • c'est l'un des contraceptifs les plus efficaces 
  • il est discret - ce qui peut être très intéressant pour les adolescentes qui ne veulent pas parler à leur famille de la contraception.

Le patch hormonal

Dans le même esprit, le patch hormonal se colle sur la peau et peut être assez discret. Son efficacité (91,7%) est moindre que celle de l'implant, essentiellement là encore à cause d'erreurs de manipulation. Il peut se décoller, ce qui rend nul sa protection si un nouveau patch ne le remplace pas dans les 24 heures.

Les contraceptifs injectables

Injecté par piqûre dans le muscle, ce contraceptif assure une contraception constante pendant 12 semaines.

Le préservatif

A noter que le préservatif, masculin comme féminin, est la seule méthode qui permette de se protéger des IST
A noter que le préservatif, masculin comme féminin, est la seule méthode qui permette de se protéger des IST © Getty / Xavier ROSSI

Parfois mal posé, le préservatif masculin voit son efficacité théorique (98%) chuter drastiquement quand elle est confrontée aux pratiques réelles sur le terrain : 85% seulement. Idem pour le préservatif féminin : 95% / 79%.

Pour Hélène Jacquemin Le Vern, "le préservatif alors n’est pas mauvaise contraception mais il peut y avoir des accidents... d’où de la pilule du lendemain".

Rappel : les préservatifs permettent aussi de protéger contre les infections sexuellement transmissibles.

L'anneau vaginal

L'anneau vaginal contient une association d'hormones (œstrogène + progestatif). La femme l'insère au fond de son vagin et le garde trois semaines. Inconvénient : il peut être expulsé (et doit dans ce cas être remis en place rapidement). 

Le diaphragme

L'anneau vaginal peut être  indiqué pour les femmes de moins de 45 ans qui ne veulent pas prendre de comprimés tous les jours, en particulier celles qui se déplacent beaucoup et subissent le décalage horaire.
L'anneau vaginal peut être indiqué pour les femmes de moins de 45 ans qui ne veulent pas prendre de comprimés tous les jours, en particulier celles qui se déplacent beaucoup et subissent le décalage horaire. © Getty / BSIP

Le diaphragme (en latex ou en silicone) se glisse également dans le vagin, au contact du col de l'utérus. Il se met en place au moment du rapport sexuel mais aussi jusqu'à deux heures avant le rapport sexuel. Il doit rester en place huit heures après le rapport (24h max). Son utilisation doit être associée à celle de spermicides.

La cape cervicale

Même fonctionnement global que le diaphragme, mais elle est plus chère et globalement moins efficace.

Les spermicides

Efficacité théorique : 82% / efficacité pratique : 71%

Il est fortement recommandé de les utiliser en association avec une méthode dite "barrière" comme le préservatif (masculin ou féminin), le diaphragme ou la cape cervicale afin d’être protégée de manière plus efficace.

Les méthodes naturelles

Les méthodes naturelles sont en vogue en ce moment. Il est vrai que pour la génération "no-pilule" qui souhaite éviter les effets secondaires de la pilule, ces méthodes ont l'avantage de n'avoir pas d'effets secondaires et d'être gratuites... En contrepartie, elles sont souvent moins efficaces et contraignantes (selon une étude de 2009 de l’INSERM, une femme sur deux abandonne les méthodes naturelles, quelle qu'elle soit au bout d'un an). 

Pour Hélène Jacquemin Le Vern, "ces méthodes ne sont applicables que chez des femmes qui sont en couple avec un conjoint qui va suivre les périodes d’interdit. Ce sont des femmes qui peuvent se dire s'il y a une grossesse ce n’est pas si grave..."

Le coït interrompu / le retrait

Hélène Jacquemin Le Vern : 

La contraception a permis non seulement la liberté de la femme mais aussi que celle-ci puisse être dans la recherche du plaisir féminin or si elle est tout le temps dans l'inquiétude : « Est-ce qui va se retirer ? pas se retirer ? »... Déjà, ça limite un peu sa liberté dans le rapport sexuel.

Elle estime que cette méthode de contraception n'est intéressante que dans des conditions bien spécifiques : "Il faut être en couple et il faut être d'accord pour que, de telle période à telle période, il n'y ait pas de rapport sexuel (ou bien on utilise le préservatif)".

La méthode Ogino  

La méthode Ogino, c'est un simple calcul. Cette méthode est jugée peu fiable car peu de femmes ont des cycles menstruels de 28 jours précisément et qui peuvent vraiment calculer leur date d'ovulation. 

La méthode des températures

Après l'ovulation, la sécrétion de progestérone fait qu'on a une élévation de la température. Pour ne pas tomber enceinte, il ne faut ne pas avoir de rapport jusqu'à ce que la température soit montée pendant trois jours... La température doit être prise avant de se lever le matin, ce qui est très contraignant : si vous avez des enfants en bas âge et que vous vous êtes levée la nuit parce qu'ils pleuraient, si vous avez rhume ou une grippe… cette méthode ne fonctionne plus. 

Et si vous avez des cycles irréguliers, la période où vous pouvez avoir des rapports vraiment en toute sécurité est très limitée.

La symptothermie

En regardant trois aspects différents, on peut déterminer quand se fait l’ovulation 

  • la fameuse température 
  • les glaires cervicales 
  • l’autopalpation du col de l'utérus 

Cette méthode est souvent estimée trop contraignante...

Le slip chauffant

Lorsque l'homme est en contact avec de la chaleur, cela entraîne un baisse de la spermatogénèse (le vêtement élève la température de 2 degrés en moyenne et inhibe la production de spermatozoïdes).

"Comme contraception : c'est moyen", estime Hélène Jacquemin Le Vern.

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