Dans un bras de fer, l'essentiel, c'est la force. Tout le monde connaît le principe : il s'agit de faire plier le bras de son adversaire sans lever le coude de la table. Ce n'est qu'une fois la partie finie qu'on a le droit de le lever, afin de trinquer à la victoire avec ses copains de boisson.

Comme tous les passe-temps virils, c'est d'ailleurs bien plus drôle avec un coup dans le nez et c'est très aviné qu'on le pratiquait déjà, lorsque le jeu est apparu, il y a plusieurs siècles, dans les bars de marins et les fêtes de village aux Etats-Unis. A l'époque, les Européens s'amusaient surtout au tir à la corde et au lancer de troncs d'arbres, mais les Américains jouaient donc au bras de fer, divertissement qu'ils ont ensuite réussi à faire traverser l'Atlantique, avant même le chewing-gum, avant le hamburger, avant Lady Gaga, la série des Experts et le Coca-Cola, de sorte qu'aujourd'hui, tout le monde l'a adopté. Un engouement phénoménal. Les journaux nous signalent chaque jour le début de nouvelles parties. « Bras de fer entre Françoise de Panafieu et Bernard Debré, qui se disputent l'investiture de l'UMP pour les prochaines législatives à Paris. » Un homme face à une femme : un petit peu déséquilibré. « Bras de fer entre Nicolas Sarkozy et les syndicats sur la question des retraites. » Un homme face à un groupe : là aussi, la partie paraît inégale, mais dans les « bras de fer » politiques, ce n'est pas forcément le plus musclé des concurrents qui l'emporte. Plutôt celui qui dispose de la plus grande influence et du plus grand pouvoir. En l'occurrence, il n'est jamais facile d'affronter un président de la République. Et il n'est pas simple non plus de se mesurer à la présidente du Medef. Toute l'année, Laurence Parisot ne cesse d'engager des « bras de fer ». Un jour avec un de ses amis grands patrons, un autre avec la CGT et parfois avec l'Elysée. Elle a des biceps incroyables cette femme-là ! D'autant que, souvent, les parties durent. On dit qu'elles se durcissent. En principe, au bout de cinq minutes, on est épuisé et certains même se blessent : fracture spiroïdale de l'humérus, ça fait très mal. Mais dans le langage médiatique, où les journalistes emploient l'expression pour décrire n'importe quelle confrontation, les « bras de fer » peuvent se prolonger durant plusieurs jours, voire davantage encore. « Quatrième semaine de bras de fer entre Paris et Bruxelles sur le montant des aides aux agriculteurs. » « Cinquième année de bras de fer entre le Bélarus et la Russie sur le prix du gaz. » Il s'agirait donc en fait d'un sport d'endurance. Pourtant c'est quand il s'agit de sportifs que l'expression devient cocasse. « Bras de fer entre Rafael Nadal et Robin Soderling. » Mais comment font-ils ? Ils tiennent déjà leur raquette ! « Bras de fer entre Mickaël Schumacher et Fernando Alonso. » Mais comment font-ils ? A la vitesse où ils roulent, ils ne peuvent tout de même pas lâcher le volant ! Parfois, on entend aussi que certaines personnes sont au cœur d’un bras de fer : ça doit faire drôle. Faut pas être chatouilleux. Quant au « bras de fer » entre Françoise de Panafieu et Bernard Debré, on pourrait leur proposer de faire plus original. Pourquoi pas le tir à la corde ou le lancer de troncs d'arbre ? On verrait voler les platanes parisiens, ça ferait de l'animation. Ou bien la course en sac, distraction plus ancienne encore que le « bras de fer », puisqu'on y jouait déjà sous la Rome antique. A ce jeu-là, au moins, on risque simplement des ampoules aux talons. Une toge pour Bernard, une toge pour Françoise et hop ! Chacun dans son sac ! Après les bras, il est temps de se muscler les jambes ! Chronique du 08/06/10 dans "Comme on nous parle"

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