"Il n'y a aucune solution miracle", rappelle Aurélien Rousseau. Avec le déclenchement du plan blanc, le directeur de l'Agence régionale de Santé d'Île-de-France veut donner aux hôpitaux "tous les moyens pour organiser ces quinze jours de vacances scolaires".

Aurélien Rousseau, en 2019.
Aurélien Rousseau, en 2019. © AFP / Cham / Valentin Flauraud

L'épidémie ne faiblit pas, en particulier en Île-de-France. Ce jeudi, l'Agence régionale de Santé a décidé de déclencher le plan blanc, dans les hôpitaux de la région, tandis que le ministre de la Santé, Olivier Véran, doit annoncer le passage en zone "alerte maximale" de nouvelles villes (Lyon, Lille, Grenoble, Saint-Étienne). Pour faire face à la montée du nombre de patients à traiter et en particuliers dans les soins intensifs et services de réanimation, la réactivation du plan blanc doit permettre aux directeurs d'établissements de demander au personnel le report de ses congés (les vacances de la Toussaint approchent) et la déprogrammation d'une partie des interventions chirurgicales. Le directeur de l'ARS en Île-de-France, Aurélien Rousseau, invité dans le 13/14 de France Inter, explique les raisons de cette décision. 

FRANCE INTER: Pourquoi déclencher ce plan blanc? 

AURÉLIEN ROUSSEAU: "À l'heure où je vous parle, plus de 40 % des lits de réanimation sont occupés par des patients Covid. Surtout, nous avons une très forte pression sur les lits d'hospitalisation conventionnelle par des patients Covid, mais aussi par des patients qui ont besoin d'être à l'hôpital. Il nous a semblé indispensable de préparer les hôpitaux aux étapes d'après, de leur permettre de mobiliser toutes les ressources nécessaires et aussi d'entamer la déprogrammation de certaines activités chirurgicales pour libérer des personnels et leur permettre d'être derrière les malades les plus graves." 

C'est donc la mobilisation générale? Allez-vous rappeler du personnel, supprimer des congés?

"Il appartient maintenant aux directeurs d'établissements, avec les médecins, d'organiser le service pour les jours et les semaines qui viennent. Notre décision est fondée sur le fait de leur donner tous les moyens pour organiser ces quinze jours de vacances scolaires dans lesquels il va y avoir des congés (et c'est normal). Il va falloir quelques fois réduire, potentiellement supprimer [des congés]. Mais le nombre de cas augmente chaque jour et nous sommes dans une situation où l'on fait vraiment face à une grande marée. Nous devons mettre en place ce dispositif. 

Nous avons aussi mis en place ce matin le dispositif de régulation régionale des lits de réanimation, centralisé, pour dispatcher les malades sur la région. Nous avons fixé, avec l'ensemble des établissements publics et privés, un cadrage global de l'adaptation de l'offre de soins avec des paliers et les déprogrammations qui vont avec. Ce sont des décisions lourdes, pour les soignants qui ont déjà beaucoup donné dans la première vague ; pour les patients qui pour certains ont déjà vu leur opération déprogrammée au printemps. Mais ce sont des décisions indispensables pour préparer le système de santé à accueillir tous les malades qui en auront besoin dans les prochaines semaines."

Avez-vous le sentiment de vivre un échec en déclenchant ce plan blanc? Cela signifie que l'action contre la Covid-19 n'a pas donné de bons résultats?

"Je n'ai pas le sentiment de vivre un échec. Nous avons un vrai sentiment de responsabilité, parce qu'on sait ce que ça implique pour les soignants. Mais ce que je sais aussi, c'est que la bataille pied à pied qu'on mène contre le virus, par exemple avec les équipes de l'Assurance maladie ou des agences régionales de santé qui réalisent les enquêtes épidémiologiques, ce sont des jours précieux qu'on a gagné. Ce sont sans doute des clusters critiques évités. 

Aujourd'hui, il n'y a aucune solution miracle. Il n'y en a d'ailleurs aucune dans le monde. On fait face à cette épidémie, on monte des digues et on se bat sur tous les fronts. Mais il faut que ce dernier front, celui de l'hôpital, soit mieux armé encore pour faire face à ce qui va arriver dans les jours qui viennent. Très concrètement, je parlerai d'autant moins d'échec quand on sait que le respect des barrières, la limitation des interactions sociales, c'est ce qui peut nous permettre de tasser cette courbe de contaminations et donc l'impact hospitalier. Ça, on l'a entre les mains, chacun de nous l'a entre les mains."