40 ans après le premier, les villes de banlieue n'ont toujours pas de plan à la hauteur de leur état. Autant d'années à tenter de mettre en place une politique de la ville, à grands renforts de communication. Le plan Borloo, tué dans l’œuf par Macron, est le énième d'une longue série.

Jean-Louis Borloo, le plus récent plan banlieue en date
Jean-Louis Borloo, le plus récent plan banlieue en date © AFP / Dan Pier / CrowdSpark

Les plans banlieues, c'est une même histoire qui se répète depuis plus de 40 ans. Et c'est d'abord et avant toute chose, une histoire de communication, comme ce jour de 1971 et la visite d'un bidonville de Nanterre par Jacques Chaban-Delmas. Certes le Premier ministre de l'époque ne parle pas de "plan banlieue" mais il évoque ces familles "françaises ou non", qui vivent dans cette banlieue parisienne, dans des conditions déplorables. Il vient annoncer la destruction de bidonvilles et la construction de logements sociaux. "On loge dans des grandes tours ceux qu'on a arrachés aux bidonvilles..."

Dans ces cités de "relogement", où vivent des familles nombreuses, le Premier ministre se réjouit de rencontrer une ribambelle de gamins. "Ce sont les enfants du bonheur alors qu'avant, c'était les enfants de la pouillerie."

En 1977, la France de Giscard d’Estaing, le jeune et fringant président centriste de l'époque lance pour sa part un premier plan appelé "Habitat et vie sociale". Il s'agit de rénover des logements sociaux dégradés.

On ne parle pas encore de plan banlieue mais Raymond Barre, Premier ministre de l'époque, parle de rénovations "physique et sociale".

Détruire pour mieux reconstruire ?

Au début des années 80, les Minguettes, un quartier pauvre et périphérique de Lyon, connait de violents affrontements entre policiers et habitants, à la suite d'une bavure policière.

Deux ans plus tard, on trouve la solution : détruire des tours. L'image est forte, télégénique et elle se répètera pendant 20 ans, un peu partout en France, comme un remède miracle dans les villes de banlieue. On ne détruit pas seulement un immeuble mais on enraye (ou l'on croit enrayer) la misère et la violence par la même occasion...

Jean-Louis Borloo, ministre délégué à la ville en 1999, ne dira pas autre chose. Et la création de l'ANRU (agence de rénovation urbaine) quatre ans plus tard sera un héritage direct de cette position. À partir de 2004, la rénovation urbaine devient l'alpha et l'oméga de la politique de la ville : environ 500 quartiers sont concernés en 10 ans. On rénove peu mais on détruit beaucoup.

En 2011, la rapporteure d'un bilan fait par le CESE sur cette question, la socialiste Marie-Noëlle Lienemann pointe le fait que "le travail humain n'est pas au rendez-vous", idem sur la "mixité sociale".

Sports, busing et flics

En dehors de ses bases fondamentales de la politique de la ville, ces différents plans banlieue, c'est donc aussi beaucoup de communication. 

En 1992, c'est l'arrivée au ministère de la Ville de Bernard Tapie. Deux ans, avant de devenir ministre, le chef d’entreprise "dynamique" a une idée totalement innovante (assure-t-il). Il promet la rédemption par le sport : avec de bonnes idées et un peu d'argent, promet-il aux jeunes, on fait ce que l'on veut. Tout est question de volonté. Comme ici, à Montfermeil dans le 93 où il promet baskets et survêtements gratuits, et rencontres avec des vedettes du sport. "Pour que les jeunes deviennent aussi des citoyens hors du commun, Tapie a donné aux jeunes l'envie de rêver", explique-t-on alors avec enthousiaste.

En matière de gadget, Fadela Amara, secrétaire d'État à la Politique de la Ville de Nicolas Sarkozy, n'était pas en reste. On se souvient par exemple du "busing", (amener en bus les enfants d'un quartier défavorisé dans l’école d'un autre quartier) qui devait faciliter la mixité sociale, ou des parcours d'autonomie dont le bilan est plus qu'en demi-teinte...

En 2008, trois ans seulement après les émeutes en banlieue, le président qui voulait débarrasser la cité de la "racaille" avait fait beaucoup de bruit autour de son "plan Marshall pour les banlieues". Et cette fois-ci, on tient la solution : il faut plus de policiers. On décide donc d'envoyer 4.000 policiers recrutés, pour aller "dans les quartiers". Seulement, avec la suppression de la police de proximité, il y a, en fait, moins de policiers en 2008 avec le plan banlieue qu'en 2000, alors que la gauche plurielle gouverne.

En réalité, ce qui manque à ce plan comme aux autres, c'est bien souvent le financement.

Les sommes annoncées lors de ces plans banlieues sont malheureusement déjà budgétées et utilisées, et l'argent que l'on pense voir arriver dans ces quartiers en difficulté n'est autre que l'argent que l'on y injecte déjà depuis plusieurs années.

Le principal défaut de ces plans banlieues, c'est qu'ils restent des pansements sur une énorme fracture, une tentative parfois désespérée pour donner aux gens qui y vivent les mêmes structures, les mêmes écoles, les mêmes service publics que dans n'importe quelle ville de France. 

Spécialiser des territoires dans la misère et l'exclusion

Quasiment une cause perdue comme l'expliquait Claude Dilain, longtemps maire de Clichy-sous-Bois, peu de temps avant sa mort : "Il faut arrêter de spécialiser des territoires dans la misère et l'exclusion au bénéfice de ceux qui veulent rester éloignés de cette misère". Peut-être le point de départ, par ailleurs pas très coûteux, pour amorcer un véritable plan pour les banlieues de France.

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