Revenu Universel d'Activité, insertion, petits-déjeuners, crèche : il y a deux ans pile, l'exécutif lançait son plan à 8 milliards d'euros sur 4 ans, pour mettre fin au "scandale de la pauvreté". Alors que la crise sanitaire et sociale est passée par là, quelles avancées et quels coups d'arrêt dans sa mise en oeuvre ?

Lors du lancement du plan Pauvreté, le 13 septembre 2018
Lors du lancement du plan Pauvreté, le 13 septembre 2018 © AFP / Michel Euler / POOL

Le 13 septembre 2018, lors d'un long discours devant un parterre d'associations réunies au musée de l'Homme à Paris, Emmanuel Macron détaillait sa stratégie de lutte contre la pauvreté et la reproduction des inégalités de génération en génération. 

Petits déjeuners, tarification sociale à la cantine et petite enfance 

Depuis 2019, des petits-déjeuners gratuits ont été mis en place dans certaines écoles, à destination de 100.000 élèves, pour lutter contre la précarité alimentaire. Certaines communes peuvent également bénéficier depuis l'an dernier d'aides financières à la mise en place d'une tarification sociale à la cantine. Pas de données chiffrées disponibles pour le moment, précise l'exécutif, qui publiera son propre bilan d'ici quelques semaines.

Le "bonus mixité" pour encourager les crèches à accueillir des enfants de familles défavorisées est aussi en place. "Nous avons reçu plus de 100 000 euros de subventions supplémentaires en 2019 pour nos 3 crèches", se félicite Vincent Mermet, directeur d'un centre social dans le 19eme arrondissement de Paris. "Cela nous a permis d'investir dans du matériel, de la formation, des intervenants pour des activités culturelles. Mais ce dispositif aide surtout les crèches comme la nôtre, déjà tournées majoritairement vers un public de familles pauvres. Les crèches qui accueillent des enfants de familles aux revenus moins modestes n'ont pas intérêt, même avec ce dispositif, à ouvrir leurs portes à des enfants de familles en précarité, alors même que c'était l'objectif initial. C'est un peu dommage..."

Obligation de formation jusqu'à 18 ans, dès cet automne

Quant à l'obligation de formation jusqu'à 18 ans, pour les décrocheurs scolaires sortis des radars, le dispositif démarre réellement cet automne. Il s'appuie sur les missions locales, en lien avec l'Education nationale et les éducateurs spécialisés sur le terrain. En clair, les PSAD, plateformes de suivi et d'appui aux décrocheurs, dont le but est de détecter ces élèves, doivent désormais se réunir tout au long de l'année, au lieu de seulement 2 fois par an, et travailler avec les conseillers des missions locales. Charge ensuite à ces derniers de prendre contact, jusque dans la rue s'il le faut, avec ces jeunes, et de leur proposer une formation. Le décret date du 5 août 2020.

Autre volet du plan : la construction d'un "service public de l'insertion", qui passera par les départements, avec qui l'Etat a engagé une contractualisation depuis 2019. Ce service public de l'insertion est encore en phase de préfiguration. 

Revenu Universel d'Activité à l'arrêt, bientôt abandonné ? 

Mais après des mois de concertation, le projet de Revenu Universel d'Activité, fusion de plusieurs minima sociaux, est, lui, totalement à l'arrêt. "Il est effectivement en complet stand-by. Le ministre de la Santé et des Solidarités Olivier Véran décidera bientôt de la suite à donner à ce dossier, de la pertinence de le poursuivre ou non, dans la période exceptionnelle que nous traversons", nous dit-on du côté du gouvernement. En clair : le RUA pourrait être enterré. Le scénario est en tout cas envisagé. "Nous n'avons plus du tout de nouvelles, alors que le gouvernement devait enfin nous présenter ses simulations, en juin dernier. Le dossier a totalement disparu des agendas" s'étonne Christophe Robert de la Fondation Abbé Pierre. Pour le milieu associatif, ce dossier était aussi l'occasion de rediscuter de la revalorisation du RSA et de son extension aux moins de 25 ans. 

"On est très loin de l'énergie qu'il faudrait pour aller vers l'éradication de la grande pauvreté, comme le voulait le président de la République il y a 2 ans"

Absence de portage politique

Le dernier remaniement ministériel a aussi laissé un goût amer aux représentants associatifs : suppression du poste de secrétaire d'Etat en charge de ce dossier occupé par Christelle Dubos et avant cela le non remplacement du délégué interministériel à la lutte contre la pauvreté Olivier Noblecourt. "Nous n'avons plus d'interlocuteurs dédiés au sein du gouvernement. Il manque un portage politique, et donc on assiste à une baisse d'ambition du plan. On ne peut pas dire qu'il n'y a rien. Il y a eu la prime de rentrée scolaire, des fonds pour l'aide alimentaire... Mais on est très loin de l'énergie qu'il faudrait pour aller vers l'éradication de la grande pauvreté, comme le voulait le président de la République il y a 2 ans. Prenez le plan de relance. La pauvreté fait partie des grands oubliés, c'est comme si ces sujets n'étaient pas dans le viseur..." s'inquiète Christophe Robert. 

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