Les sénateurs débattaient mercredi de l’opportunité d’instaurer un RSA pour les 18-25 ans. Idée déjà rejetée à plusieurs reprises par l'exécutif qui répète que son plan pour l'emploi des jeunes est plus efficace. Immersion à la mission locale de Bondy, en Seine-Saint-Denis pour en mesurer les effets.

A la mission locale de Bondy, "certains jeunes poussent la porte en grande détresse sociale".
A la mission locale de Bondy, "certains jeunes poussent la porte en grande détresse sociale". © Radio France / Claire Chaudière

Ce matin-là, des dizaines de jeunes font la queue devant l'entrée du bâtiment. Événement relativement rare depuis le début de la crise sanitaire : pendant une semaine, des employeurs vont faire passer des entretiens d'embauche dans les locaux de la mission locale. C’est le secteur Transport et logistique qui ouvre le bal. Une aubaine pour ces candidats sans emploi, sans formation et pour la plupart avec un niveau de qualification très bas. 

Nour, Florian, Aleïdine et Léna attendent leur tour, impatients de pouvoir dire leur motivation : ces quatre jeunes, pourtant inscrits dans la structure, ne bénéficient pas tous de la même aide et du même accompagnement. Certains n’ont aucun coup de pouce financier. D’autres touchent près de 500 euros par mois. 

Garder la tête haute 

Avec 497 euros mensuels depuis septembre et un accompagnement intensif dans le cadre du dispositif de la Garantie Jeunes, Léna, 19 ans avoue avoir retrouvé le sourire et un peu d’oxygène, après une période "très compliquée", dit-elle, "d’enfermement et d’isolement". "Avant d’avoir ces revenus de la mission locale, j’avais vraiment zéro euro, et je ne pouvais rien faire. Même me lever pour aller chercher un emploi était compliqué parce que je n’avais pas les habits qui convenaient. Je n’avais même pas de quoi me payer un ticket de bus !", explique Léna. 

"Je suis d’une famille où ça n’est pas facile. Ça permet d’avoir la tête haute. Il y a aussi le suivi à la mission locale qui me motive, mais l'allocation est très importante."

Même allocation et même suivi pour Billel, hébergé chez ses oncles et tantes après la mort de ses grands-parents qui l’ont élevé. "500 euros, c’est déjà ça. Mais on vit quand même difficilement avec aussi peu d’argent. Je ne sais pas comment je ferais si je ne les avais pas. Je cherche du travail, mais en ce moment ça ne débouche sur rien", lâche le jeune homme dans un soupir. 

Au sein de la mission locale de Bondy, "seuls 10% des jeunes bénéficient du dispositif de la Garantie jeunes", précise le directeur Samir Hariche. Un dispositif, certes, appelé à monter en puissance, avec un doublement des capacités fin 2022, "mais dans lequel on ne peut pas inscrire tous les jeunes", dit-il. 

Pour les autres, en PACEA (parcours contractualisé d’accompagnement vers l’emploi et l’autonomie), l’enveloppe maximale mensuelle tourne autour des 200 euros, en tenant compte des dernières annonces du ministère du Travail, qui ont renforcé l’accompagnement financier. On est donc loin des 500 euros pour tous les jeunes accompagnés, affichés par la ministre du Travail Elisabeth Borne.

Enfin, "il reste une catégorie de jeunes, qui, parce qu’elle veut garder sa liberté d’effectuer des journées d’intérim par ci par là, ne rentre pas dans ces dispositifs qui nécessitent une contractualisation avec l’État, synonyme de contraintes", poursuit Samir Hariche. 

Sans aucune ressource 

Et de fait, dans les couloirs de la mission locale ce jour-là, ils sont nombreux à ne pas du tout toucher d’allocation. Florian, un BTS imprimerie en poche, galère depuis des mois. "À 20 ans, quand tout est à l’arrêt et que tu n’as rien, c’est pas simple. Je mange à ma faim, mais mon père est chauffeur de taxi et comme il est aussi en difficulté, je n’ose pas lui demander de l’argent. Je ne peux même pas me racheter un téléphone alors que j’ai cassé le mien." Aleïdine, lui, espère obtenir "n’importe quel petit boulot", après avoir abandonné ses recherches de contrat d’apprentissage : "Avec la crise ça n’a pas pu se faire, je rechercherai à nouveau l’année prochaine", précise-t-il. "Mais en attendant, financièrement, ça devient chaud. J’avais un peu d’argent sur un compte, mais je n’ai plus rien. Et pour l’instant je ne trouve pas de job." 

Des jeunes qui frappent à la porte de la mission locale parfois en grande détresse, raconte Aïssatou, conseillère, autorisée à débloquer de petites aides alimentaires d’urgence, très ponctuelles, d’un maximum de 150 euros : "Ils sont de plus en plus nombreux en ce moment dans cette situation. Ils disent qu’ils ont besoin d’un emploi très vite. On sent que ça ne va pas lors du premier rendez-vous. Quand on creuse un peu, ils nous avouent qu’ils n’ont pas mangé depuis plusieurs jours. Et là, c’est un cercle vicieux parce que dans ces conditions, et souvent sans logement, ils ne peuvent pas tenir sur les petits boulots qu’ils obtiennent, ou s’impliquer tout de suite dans un parcours d’insertion."

Le gouvernement affirme par ailleurs travailler à la mise en place d'une "Garantie jeunes universelle".