Emmanuel Macron avait annoncé, en décembre, la création d'une plateforme de lutte contre les discriminations. Elle a été mise en ligne vendredi mais s'attire déjà les critiques de certains acteurs du monde associatif.

La plateforme de lutte contre les discriminations, annoncée en décembre par Emmanuel Macron, est lancée ce vendredi.
La plateforme de lutte contre les discriminations, annoncée en décembre par Emmanuel Macron, est lancée ce vendredi. © Radio France / X. D.

Annoncée en décembre par Emmanuel Macron, la plateforme anti-discrimination, composée d’un site internet et d’un numéro, le 39 28, a été lancée vendredi. Placée sous la responsabilité de la Défenseure des droits, Claire Hédon, elle est la promesse d’une écoute et d’un accompagnement "pour agir face aux situations de discriminations", comme annoncée en page d’accueil du site. Cette plateforme était l'une des annonces principales du président de la République, lors d'une interview accordée à Brut, dans un contexte marqué par l'affaire Michel Zecler, ce producteur de musique, noir, tabassé par des policiers. 

"Aujourd'hui, quand on a une couleur de peau qui n'est pas blanche, on est beaucoup plus contrôlé (…) On est identifié comme un facteur de problèmes et c'est insoutenable", avait alors déclaré le chef de l'État. "Donc le seul moyen de bouger, c’est de faire ce qu’on a su faire sur d’autres violences, c’est de mettre en plus une plateforme commune pour que les gens puissent dénoncer de manière très simple, unique et nationale”. Mais certains acteurs associatifs soulignent déjà les limites de cet outil, à peine lancé.

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"Une entrée supplémentaire" saluée par certains

"Ce n'est pas toujours très simple de savoir ce qu'est une discrimination", explique ce vendredi Claire Hédon, invitée de nos confrères de franceinfo à l'occasion du lancement de la plateforme. "L'idée c'est d'accompagner les personnes, de les écouter, de répondre à leurs questions, de pouvoir les orienter, de donner une première qualification juridique." À l’autre bout de la ligne ou du chat, des juristes sont chargés de répondre aux victimes ou aux témoins de faits de discriminations, que soit dans le domaine du travail, de la recherche d’un logement, ou même des loisirs, mais aussi de violences ou de propos haineux. 

"Tout ce qui va dans le sens de la lutte contre les discriminations, il faut le saluer", estime auprès de France Inter le président du Conseil représentatif des associations noires de France, Ghyslain Vedeux, qui voit "d’un très bon oeil cette initiative". Le CRAN fait partie des associations listées sur le site internet, sur lesquelles les internautes peuvent être renvoyés. "En s’appuyant sur des associations, le Défenseur des droits s’assure d’un ancrage." Il rappelle de précédentes tentatives de mises en réseau, notamment une plateforme lancée en 2017 sous l’égide de la Dilcrah (la Délégation interministérielle à la lutte contre le racisme, l'antisémitisme et la haine anti-LGBT). "Cela a été un échec, car la Dilcrah est totalement coupée du terrain. Quatre ans plus tard, on relance la même chose, mais avec la société civile."

D'autres regrettent des thèmes oubliés

Constat partagé par SOS Racisme, également associée à la démarche. "Cette plateforme est un point d'entrée supplémentaire dans l'accès aux droits pour les personnes qui seraient victimes de discriminations donc de ce point de vue-là, c’est positif", pour Dominique Sopo, le président de l’association. Pour autant, elle "n’est pas totalement nouvelle, puisque le Défenseur des droits à déjà des lignes d’écoute, c’est déjà dans ses compétences", détaille-t-il sur franceinfo. "Ce qui serait nouveau, c’est d’avantage de moyens, et une communication peut-être plus forte qui serait faite notamment autour des discriminations raciales."

Mais certains pointent donc déjà les limites du dispositif. "Que l’on ait un appel d’air, qu’il y a ait un numéro, tant mieux !", reconnaît Jean-François Amadieu, professeur à l’Université Paris 1 et directeur de l’Observatoire des discriminations, mais il déplore de "grands oubliés" dans les thèmes et les acteurs associés à la démarche. "Pourquoi associe-t-on le CRAN et pas du tout la CGT ou la CFDT ? Les syndicats peuvent agir face aux discriminations au travail." 

Jean-François Amadieu regrette également que certains thèmes soient mis en avant, au détriment, par exemple "de l’âge ou de l’apparence physique", rappelant que cette dernière concerne 40% des personnes ayant déclaré des discriminations ou du harcèlement discriminatoire, selon le dernier baromètre "de la perception des discriminations dans l’emploi", publié par le Défenseur des droits en décembre dernier.

La médiation, au détriment d'actions en justice ? 

Autre point d’accroche, la volonté, dans un premier temps au moins, de médiation, portée par la Défenseure des droits. "On entend que les discriminations sont un délit, mais les gens n’entendent pas parler de garde à vue, de procès, de condamnations sur ces sujets-là", réagit Samuel Thomas, de la Maison des potes. 

"Augmenter la communication autour du Défenseur des droits, c’est très bien, mais c’est insuffisant !" Le militant associatif appelle le gouvernement à mobiliser plus fortement le monde judiciaire. "Il faut que les signalements, lorsqu’ils font ensuite l’objet d’une plainte, soient suivis d’une enquête immédiate et d’un procès devant le tribunal correctionnel."

Concernant l'accompagnement judiciaire, Claire Hédon explique que ce n'est "pas (son) travail". "C'est pour cela que le site renvoie sur des associations parce que je reste persuadée que des victimes de discrimination auront envie d'être accompagnées par le monde associatif qui fait un travail formidable sur ce point-là."