Ces Français, ainsi que des Marocains résidant en France, espèrent un rapatriement depuis la mi-mars. Avec la fermeture des frontières, ils doivent s’inscrire sur une liste établie par les services consulaires et l’ambassade de France. Dans cette attente, ils se sentent abandonnés par les autorités françaises.

Des ressortissants français coincés au Maroc par le confinement font la queue devant l'ambassade de France à Marrakech, en mars 2020
Des ressortissants français coincés au Maroc par le confinement font la queue devant l'ambassade de France à Marrakech, en mars 2020 © AFP / FADEL SENNA

Toute la journée, à chaque instant, Kawtar guette un hypothétique appel des services consulaires sur son téléphone. Cette jeune franco-marocaine, habitante de région parisienne, arrivée le 11 mars au Maroc pour dix jours de vacances et coincée sur place depuis la fermeture des frontières attend désespérément une date de rapatriement : "C'est extrêmement difficile. Après deux mois de confinement, on rajoute au stress d'être éloigné de sa famille, de son travail, de chez-soi, cette incertitude à gérer et les démarches". Ces démarches s'effectuent auprès des consulats Français au Maroc. Pour être rapatrié, il faut s'inscrire sur une liste d'attente, puis patienter, dans l'espoir d'être recontacté et d'obtenir une place sur un vol affrété spécialement. Après deux mois à patienter : 

"Psychologiquement, on est à bout, et on est en train de perdre tous nos repères"

Des Marocains résidant en France, des Français, et des franco-marocains dans sa situation, Kawtar en connaît maintenant des centaines. Elle recense leurs témoignages, et participe à de nombreux groupes d'entraide, organisés sur les réseaux sociaux : "Beaucoup de personnes sont en train de perdre leurs revenus, ils ne touchent plus rien parce que leur travail est en France. Mais les factures et les loyers en France continuent à devoir être réglés. Il a fallu organiser des cagnottes et trouver des donateurs pour subvenir à l'alimentation, aux déplacements et à l'hébergement des plus précaires qui se retrouvent dans une situation terrible". 

Se sentant abandonnés, ces Français et ces Marocains résidant en France en veulent aux autorités consulaires et les interpellent quotidiennement sur les réseaux sociaux. Ils réclament de la transparence dans la répartition des places dans les avions affrétés pour le rapatriement et plus de liaisons pour pouvoir rentrer chez eux. 

Sur son site, l'ambassade de France au Maroc justifie la situation par les difficultés exceptionnelles que rencontrent ses services pendant cette crise : "166 vols sont partis du Maroc depuis la fermeture des liaisons aériennes, permettant à 30 000 personnes de rentrer en France depuis le 13 mars. Depuis le 4 mai, nous avons pu augmenter la fréquence des avions, [...] et 6 vols partent désormais chaque semaine [...] leur capacité est désormais de 120 places en raison des normes de distanciation sociale. Or vous êtes plus d’une dizaine de milliers à vous être signalés aux consulats généraux, et des dizaines de nouveaux ressortissants se signalent chaque semaine." Contacté par France Inter, le Ministère des Affaires étrangères n'avait pas autorisé l'ambassadrice de France au Maroc à répondre à nos questions au moment où nous publions cet article. 

Confusion à l'aéroport de Casablanca 

Après de longues semaines d'attente, Pauline obtient, elle, enfin une place sur un vol pour rentrer en France mercredi 13 mai. Comme des dizaines de passagers, elle est transportée tôt le matin à l'aéroport de Casablanca par un bus du consulat, dans de "très bonnes conditions" tient-elle à préciser. C'est une fois arrivée à l'aéroport que la situation se complique. Sans informations jusqu'en milieu d'après-midi, les passagers de ce vol à destination de Paris opéré par Air France comprennent que tous ne pourront pas embarquer. Pauline raconte la confusion qui règne alors dans l'aéroport : "Il n'y avait pas du tout de respect des règles de distanciation, c'était un peu un entonnoir géant. On n'entendait pas ce que le personnel du consulat nous disait parce qu'il parlait à voix haute dans cette aérogare où des centaines de personnes patientaient, c'était absurde". L'angoisse de ne pas pouvoir monter dans l'avion se propage alors parmi les Français se souvient Pauline : 

_"Des agents du consulat criaient des noms de gens. Les autres commençaient à paniquer parce qu'ils se demandaient pourquoi ils n'étaient pas appelés. Dans ce mouvement de foule, on a jeté deux mois et demi de confinement à la poubelle"_

Comme Pauline, un tiers des passagers, pourtant munis de billets ne peuvent embarquer ce jour-là. Contactée par France Inter, Air France explique avoir été informée le matin du mercredi 13 mai par les autorités françaises du décret instaurant la distanciation physique dans la cabine des avions affrétés avec effet immédiat : "La compagnie a donc dû s’adapter en limitant la capacité de l’avion  de 174 places à 116 pour l’Airbus A320 qui devait partir quelques heures plus tard sans pouvoir traiter préventivement les clients déjà arrivés dans l’aéroport". La plupart des passagers empêchés de rentrer le mercredi 13 ont finalement pu être rapatriés par le vol Air France du vendredi 15 mai. Mais Pauline en veut aux autorités consulaires, organisatrices présentes à l'aéroport ce jour-là : "On nous a mis en danger".

Chaque semaine, six avions d’une capacité d'environ 120 places assurent les rapatriement. Malgré quelques liaisons maritimes, à ce rythme-là, plus de 10 000 Français bloqués au Maroc devraient attendre encore des mois pour être tous rapatriés.   

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