En naviguant sur les forums de discussion qui leur sont ouverts, les gendarmes, anonymement puisqu'ils n'ont d'autre choix pour s'exprimer, confient leur douleur, leurs doutes, leurs interrogations. Une qui revient souvent depuis hier matin, c'est : "pourquoi des patrouilles à deux, et pas à trois ?"

Une patrouille à trois, c'est un gendarme -ou un policier, on le verra plus loin, c'est le même schéma- en première ligne pour intervenir, un deuxième en protection, un troisième en liaison-radio et appui-feu éventuel. A deux, évidemment, ce n'est plus pareil.

Peut-être qu'à trois gendarmes, les meurtres de Collobrières auraient pu être évités. Peut-être pas. Mais au moins, la patrouille aurait eu une chance supplémentaire d'intervenir sans casse. Dimanche soir, la Maréchal des Logis-Chef Audrey Berthaut et l'Adjudant Alicia Champlon partent sur une intervention comme elles en ont déjà vécu des dizaines : "expérimentées, prudentes, et sérieuses", dit un haut gradé, "elles mettent leur gilet pare-balle".

C'est une histoire pourtant banale, une affaire de sac volé, et de voleur reconnu par sa victime. Mais sur place, Abdallah Boumezaar, que les gendarmes veulent interroger, "pète les plombs". Il tabasse Audrey Berthaut, qui tombe. Il s'empare de son arme, et exécute la femme de 35 ans de deux balles dans la tête. Toujours selon le scénario probable de ces meurtres, Alicia Champlon, au début de l'agression sort son arme, mais est ceinturée par la compagne du tueur (il a avoué, mais il reste un tueur présumé). Son Sig Sauer lui échappe. Elle veut sans doute, explique une source, aller chercher du renfort, mais Abdallah Boumezaar lui court après dans une ruelle du village. Elle court, sans arme. La gendarme de 29 ans ne peut riposter. Elle est abattue.

Alors, patrouille à deux, patrouille à trois ? Un délégué syndical varois d'Unité Police, Jean-Bernard Soriano, se souvient d'une affaire, qui s'est passée à Toulon, récemment. Une intervention banale, de nuit, un équipage de deux femmes qui arrive, et un "forcené" qui les agresse. Une arme tombe, heureusement, l'agresseur ne s'en sert pas. Il faudra l'arrivée de deux autres équipages (deux policiers à chaque fois) pour maitriser l'homme. Trois patrouilles de deux, et cinq blessés chez les policiers.

Il y a trois mois, à Chambéry, une patrouille de la Bac est appelée pour un cambriolage en banlieue. Le brigadier-chef Cédric Pappatico est volontairement percuté par le Porsche Cayenne volé des cambrioleurs. Son collègue tire à deux reprises. Son collègue, son seul collègue, relèvent déjà les syndicats de policiers, qui rappellent qu'ils sont formés à intervenir à trois, pas à deux, et qu'à deux, il manque toujours une protection, un appui ; manque celui qui peut rendre l'intervention plus sûre.

A Collobrières, le meurtrier présumé aurait-il réussi à tuer les deux gendarmes si un troisième avait été là en couverture ? A Chambéry, les cambrioleurs auraient-ils réussi à tuer le brigadier-chef siun troisième avait été là en couverture ? Poser la question, ce n'est pas affirmer que oui, Audrey Berthaut et Alicia Champlon seraient encore vivantes, que Cédric Pappatico serait encore vivant. C'est juste rappeller que policiers et gendarmes ont les mêmes missions, courrent les mêmes risques, que l'intervention soit banale ou pas. Ce que disaient les syndicats de police en avril dernier, ce que disent les gendarmes sur leurs forums de discussion aujourd'hui, c'est que depuis qu'ont été engagés les programmes de réduction d'effectifs, depuis que se généralisent les patrouilles à deux, le nombre de blessés en intervention augmente. Les statistiques de l'ONDRP le montrent.

Patrouilles à deux, patrouilles à trois, la sécurité -c'est ce qu'on entend chez les pandores comme chez les flics- ne peut être bradée pour satisfaire aux programmes de réduction des effectifs.

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