Pour la quatrième journée consécutive, la circulation alternée est mise en place ce vendredi à Paris. Comment expliquer la force et la longévité de cet épisode de pollution ?

Le sommet de la Tour Eiffel (et en arrière plan la Défense) pris dans un brouillard causé par la pollution de l'air
Le sommet de la Tour Eiffel (et en arrière plan la Défense) pris dans un brouillard causé par la pollution de l'air © AFP / Thomas Samson

Comment explique que la pollution ne désemplit pas, quatre jours après la mise en place de la circulation alternée à Paris et alors qu'elle se met en place pour la première fois à Lyon ce vendredi ? Depuis la mise en place de la circulation alternée, plusieurs commentateurs sur les réseaux sociaux accusent l'industrie allemande – et en particulier les usines qui fonctionnent à partir de la combustion de charbon.

L'évolution de la concentration en PM10 de la région parisienne depuis le 29 novembre
L'évolution de la concentration en PM10 de la région parisienne depuis le 29 novembre © AFP

Faut-il mettre l'épisode actuel, qui est le plus long et le plus intense depuis au moins dix ans, sur le dos de nos voisins allemands ? Ce n'est pas si simple. Certes, la pollution émise depuis l'Allemagne ne s'arrête pas à la frontière, et les particules fines PM10 (c'est-à-dire qui font moins de 10 micromètres de diamètre, les ultra-fines faisant moins de 2,5 micromètres) qui sont émises depuis l'autre côté du Rhin peuvent potentiellement arriver jusqu'aux villes françaises.

Le trafic automobile, l'un des principaux responsables de la pollution

Mais selon une étude réalisée en 2011 par AirParif, l'organisme chargé de surveiller la pollution en Île-de-France, la pollution est essentiellement de provenance locale. Sur les points de contrôle placés près du périphérique, il ressort que 44% de la pollution vient du trafic routier, 17% du reste de l'agglomération, et 39% seulement de particules importées (du reste de la France voire de l'Europe, donc) pour les particules ultrafines. La répartition des particules fines PM10 est plus équilibrée : 31% vient de l'industrie, 30% du résidentiel et 15% du trafic routier.

En réalité, l'épisode de pollution que traverse la France ces jours-ci a une explication double. D'une part, il y a plus de particules fines produites au niveau local, d'autre part elles ont plus de mal à s'échapper. Car en plus du trafic routier et des industries, la chute des températures a provoqué une augmentation de la concentration de particules fines, notamment à cause du chauffage au bois dans les cheminées, qui est une source directe de particules polluantes.

Une "bulle" d'air froid

Or les températures froides, quand elles sont cumulées avec le beau temps, sont aussi à l'origine d'un phénomène météo particulier : la pollution est en quelque sorte "bloquée" dans une bulle d'air froid. Le sol, qui se refroidit la nuit, a tendance à repousser les particules, et celles-ci se retrouvent également repoussées en altitude par l'air chauffé par le soleil. En temps normal, l'air étant plus chaud à proximité du sol, il monte, éloignant les particules fines de la surface de la Terre (et donc de nous).

Comment la météo "piège" la pollution
Comment la météo "piège" la pollution © AFP

Pour que des particules fines soient "importées" de l'étranger et notamment d'Allemagne, il faudrait qu'un vent de nord-ouest les amènent vers Paris. Or, c'est justement ce qu'il manque à la météo en ce moment : du vent. C'est lui qui pourrait disperser les particules et les faire sortir de la "bulle" dans laquelle elles sont piégées. Les particules qui polluent le ciel de Paris et de Lyon sont donc plus issues de l'activité locale, et notamment du trafic, que d'ailleurs, d'où la mise en place d'une circulation alternée.

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