À l'occasion de la journée spéciale #GénérationDemain, France Inter déroule le tapis rouge aux 20-30 ans. Parmi les personnalités fortes de cette génération, Pomme, autrice-compositrice. Elle aussi fait partie des porte-voix de cette "dernière génération à avoir fermé les yeux, qui les ouvre maintenant".

Pomme, dans les studios de France Inter
Pomme, dans les studios de France Inter © Radio France / Julien Baldacchino

À 24 ans, Claire Pommet, alias Pomme, a déjà deux albums à son actif et une Victoire de la Musique, obtenue cette année pour l'album Les Failles. Sa musique acoustique et sophistiquée – au bon sens du terme, car Pomme explore des sonorités étonnantes comme celle de l'autoharpe – a conquis le public (Les Failles est disque d'or), et ses chansons aux textes forts font de Pomme une artiste emblématique de cette génération de la chanson française, mais aussi, plus globalement, des personnalités publiques qui font bouger les lignes.

Pour Pomme, "cette génération, c'est la dernière génération qui a fermé les yeux sur plein de trucs, et qui du coup, ouvre les yeux maintenant. Quand on avait 12, 13, 14 ans, il y avait des choses qui se passaient et qui ne nous choquaient pas. Maintenant, ça nous choque. On est la dernière génération à avoir vécu de l'homophobie intense, du racisme intense... même s'il y en a encore aujourd'hui, désormais, c'est pointé du doigt (...) C'est une génération qui se révolte plus, qui accepte moins les discriminations... autour de moi les gens sont tous hyper conscients, ils sont capables de se remettre en question, et surtout, ils veulent se remettre en question".

"J'étais une adolescente vachement moins ouverte d'esprit que l'adulte que je suis"

Cet engagement, ces remises en question caractéristiques de la jeunesse d'aujourd'hui, Pomme dit ne pas avoir "l'impression de le mettre tellement dans [son] art, en tout cas pas de manière consciente". Mais ses valeurs transparaissent tout de même dans les chansons qu'elle écrit et compose elle-même : "Même si je n'ai pas envie d'être engagée ou militante, le fait d'écrire des chansons qui parlent d'amour entre femmes, entre hommes, j'ai l'impression que ce n'est pas habituel, et que malheureusement, il n'y avait pas beaucoup de visibilité en dehors des amours hétéro jusqu'à ces dernières années".

"C'est comme le mot de féminisme, qui, il y a quelques mois, était encore un gros mot et qui devient "normal". Je pense que ce sera pareil dans les prochaines années avec le mot militantisme".

Des contenus "engagés" sur Instagram

C'est sur les réseaux sociaux, Instagram en tête, que la chanteuse fait part de ses engagements à ses près de 400 000 abonnés  : "En dehors de ma musique, tous les contenus que je poste sont souvent des contenus "engagés". Plus je grandis, plus j'ai l'impression que le mot militantisme, le mot engagement, sont connotés négativement... alors que _pour moi, c'est normal, c'est la base d'être engagée_. Alors, quand je parle de posts "engagés", ce sont juste des posts qui réclament une égalité, qui informent les gens sur des discriminations, ce sont des choses que tout le monde, à mon sens, devrait avoir envie de voir. En dehors de ma musique, j'ai tendance à poster des contenus sur les choses qui me touchent". Sur Internet, Pomme partage des contenus où elle a "l'impression d'avoir appris quelque chose, d'avoir trouvé une utilité" : "Je me dis que peut-être, les centaines de milliers de personnes qui me suivent peuvent avoir envie de recevoir son information".

"J'ai l'impression qu'il est difficile d'être neutre, dans cette génération". 

Mais elle se dit aussi consciente de la responsabilité que cela représente : "Sur Instagram, au vu du nombre de gens qui te suivent, tu deviens un média en quelque sorte, une source d'informations. Quand tu cumules les millions d'abonnés, tu peux avoir plus d'impact qu'un journal traditionnel. Donc, oui, je sens que je ne peux pas poster n'importe quoi. _J'essaie de sensibiliser les gens, de leur donner les bonnes informations... même si je sais que les "bonnes informations" ne sont pas forcément les bonnes pour Jean-Pierre_... mais ça dépend des Jean-Pierre : il y en a qui sont ouverts, d'autres qui n'ont pas envie de changer leur façon de penser", dit-elle, reconnaissant qu'il y a "des gens que ça agace que je parle d'autres choses que de musique, comme si j'étais juste une boîte à musique. Mais franchement, je ne connais pas beaucoup d'artistes qui ne prennent pas la parole sur d'autres sujets que sur leur propre musique (...). Après, je comprends qu'on n'ait pas envie de s'engager parce que ça implique de se faire harceler... c'est fatiguant, mais en tout cas, moi, j'ai du mal à me prononcer sur mon sujet". 

Quant on demande à Pomme les noms des artistes qui l'inspirent, elle cite Angèle, Adèle Haenel, Safia Nolin ou Camelia Jordana. "Beaucoup de femmes", note-t-elle. "Je crois que les femmes, en ce moment, sont _dans un moment clé de réappropriation de leur talent, de leur place. J'avoue que je suis plus inspirée par des femmes_... aussi parce que je suis une femme. Toutes ces femmes qui prennent l'espace et qui osent parler, qui l'oeuvre, qui ont un truc à dire et qui ne vont pas se taire". 

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