Après les violences observées ce samedi dans les rassemblements de gilets jaunes, à Paris mais aussi un peu partout en France, Edouard Philippe reçoit tous azimut à partir de ce lundi la maire de Paris, Anne Hildago, les chefs des partis politiques représentés au Parlement, et également un collectif de "gilets jaunes".

Les "gilets jaunes" prônent un mouvement sans porte-paroles, ce qui rend difficile les dialogues avec le gouvernement
Les "gilets jaunes" prônent un mouvement sans porte-paroles, ce qui rend difficile les dialogues avec le gouvernement © AFP / Clément MAHOUDEAU

Le gouvernement a renouvelé  tout au long du week-end son appel au dialogue, en direction des "gilets jaunes", ceux qui souhaitent échanger et faire avancer leur cause. Mais jusque là les porte-paroles peinent à durer, à conserver une pleine représentativité du mouvement.

Des candidats "porte-parole", il y en a pourtant. Nous avons par exemple rencontré Xavier Moniot-Lundy, un jeune entrepreneur qui a créé quatre sociétés et qui, avec plusieurs centaines de Girondins réunis mercredi dernier en assemblée générale, cherche à monter l'Union des "gilets jaunes" dans son département : "Je suis issu de la génération 87, celle qui n'aura pas de travail, pas de retraite, explique le jeune militant, dont tous les droits et toutes les ambitions sont bafoués par le gouvernement actuel et par les élites politiques et économiques". "Aujourd'hui on a envie, simplement, de rendre aux générations futures et à la mienne, le droit de s'exprimer."

Ce mouvement pourrait peut-être en inspirer d'autres, dans d'autres départements : "Nous avons pour objectif de structurer le mouvement en Gironde et que tous les autres mouvements fassent comme nous, mettent en place un site internet départemental, sur lesquels toutes les actions collectives seront publiées et sur lesquels tous les Français pourront contacter leurs 'gilets jaunes' relais, porte-paroles du secteur géographique dans lequel ils se situent. Ça permettra d'être plus efficace et d'être audibles pour les Français."

"C'est un mouvement sans porte-paroles, il doit le rester"

Offrir une vitrine donc. Pourtant ce n'est pas vraiment comme cela que ce mouvement inédit, né sur les réseaux sociaux, Facebook en tête, fonctionne, constate Brigitte Sebbah, enseignante chercheuse à l'Université Paul Sabatier de Toulouse. 

"Quand on a commencé à étudier les 'gilets jaunes', on s'est aperçu que les groupes disparaissaient les uns à la suite des autres avec quelqu'un qui expliquait que 'c'est un mouvement sans porte-paroles, il doit le rester'" relate la chercheuse. "Ils sont pour une sorte d'égalité entre les citoyens, c'est cela qu'ils revendiquent, ils ont déjà fait émerger des enjeux communs : l'injustice fiscale, l'inégalité sociale... Le mouvement est structuré au niveau des revendications."

Les "gilets jaunes" fonctionnent beaucoup par live, en utilisant les outils de communication en direct, où chacun témoigne et argumente. Pour Brigitte Sebbah, "ils sont en train d'inventer une nouvelle forme de mobilisation en utilisant tous les ressorts à leur disposition", en mettant à profit les règles d'exposition propres à Facebook qui, par son algorithme, va d'abord mettre en avant les diffusions en direct et les vidéos. Ce que les "gilets jaunes" ont bien compris."

Brigitte Sebbah compare ce mouvement à celui des Anonymous. Difficile à saisir en tous cas pour un gouvernement, d'autant qu'il commence aussi à communiquer via les messageries cryptées, comme au Brésil avant l'élection de Jair Bolsonaro.

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