En fait-on trop sur le coronavirus ? Génère-t-on des phénomènes de panique à force d'informer sur l'évolution de l'épidémie. Quatre questions au psychiatre Serge Hefez.

Serge Hefez, psychiatre
Serge Hefez, psychiatre © Getty / Alain DENANTES

Plus mortel que la grippe saisonnière, mais moins virulent que les précédentes épidémies liées à un coronavirus, voilà où semble se situer la dangerosité du Covid-19, même si l'on ne connaît pas encore avec précision son taux de mortalité. Selon l'étude du 24 février, la maladie est bénigne dans 80,9% des cas, "grave" dans 13,8% des cas et "critique" dans 4,7% des cas. La mobilisation générale autour de l'épidémie crée-t-elle des phénomènes de panique ? La peur est-elle en train de faire flancher le lien social ? 

FRANCE INTER : Est-ce qu'on en fait trop ? 

SERGE HEFEZ : "Je pense qu'il faut en parler au contraire. Parce que si on arrête d'en parler, c'est l'effet fake news qui prendra le dessus. Les nouvelles un peu complotistes pourraient prendre le pas et se développer de plus en plus. Et c'est là qu'on va voir qu'il faut vraiment un contre-discours par rapport à toutes les fausses informations et tous les faux discours qui circulent sur le virus. Donc, je crois qu'on a raison d'en parler et d'en parler avec raison. Il faut ramener les choses à leur réalité."

FRANCE INTER : Il y a de nombreuses écoles fermées. Des enfants sont à la maison avec leurs parents. Comment leur expliquer ce qui se passe ?

"Il faut en parler justement avec des mots adaptés aux enfants, bien évidemment, et avec raison". 

Le pire, c'est l'angoisse que ça provoque. Parce que l'angoisse est aussi virale que le virus. 

"Et je dirais même qu'elle attaque le lien social. C'est l'effet même de la peur. On peut très bien expliquer aux enfants que c'est comme la grippe, qu'on attrape des virus, qu'il y a des gens qui sont malades. Il faut expliquer que certains seront un peu malades, d'autres plus gravement. Dire que peu d'entre eux mourront. 

Les enfants peuvent l'entendre, mais par contre, ce qui est vécu comme dangereux c’est le risque de contagion, c'est-à-dire que l'autre devient dangereux. Il faut bien enseigner aux enfants qu'il faut se protéger du virus, et non des autres. C'est là que le lien social est en danger. Il faut rassurer les enfants, continuer à maintenir les liens avec autrui et montrer que le monde continue de tourner."  

FRANCE INTER : Que dire aux personnes âgées ? 

"Il faut dire la même chose qu'aux enfants, et à elles, dire qu'elles sont fragiles, et donc qu'elles doivent prendre plus de précautions encore. Certains établissements sont fermés au public, il faut donc trouver d'autres façons de maintenir les liens, par téléphone ou autre, pour maintenir les liens avec les proches." 

FRANCE INTER : Y aura-t-il des phénomènes de panique quand le stade 3 sera annoncé ? 

"Là aussi, le langage de la raison doit primer. Parce que le risque c'est bien celui de la panique. Le risque c'est que les normes s'effondrent, que le lien social s'effondre et que la panique s'empare et que là, plus personne ne s'en protège. Donc il faut montrer là aussi la solidité de ce lien social. Rappeler que les médecins sont là, qu'ils soignent, que la police est là et qu'elle protège, que les politiques sont là et qu'ils prennent des décisions. Surtout, il ne faut pas arrêter de parler du coronavirus, toujours avec le langage de la raison." 

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