Tout en bas de l'échelle chez les migrants : les femmes, qui fuient souvent la violence et la faim dans leur pays d'origine, parfois aussi celles à qui on promet une meilleure vie, sans préciser qu'elles seront vendues à des réseaux de prostitution.Sur ce chemin, les femmes sont celles qui paient le plus lourd tribu.

Le voyage des femmes est encore plus dur
Le voyage des femmes est encore plus dur © Maxppp / Newscom / EPA / Igor Petyx

Le voyage des femmes migrantes est souvent chaotique, émaillé de brutalités et de viols, comme pour celles qui passent par la Libye.

En mer, en deux années d'opérations, SOS Méditerranée et MSF ont recueilli 27 000 personnes, dont 4 000 femmes, à bord de l'Aquarius, ce patrouilleur de 77 mètres, financé quasi-exclusivement par des dons privés et qui parcourt la Méditerranée depuis deux ans pour sauver des migrants en détresse au large de la Libye.

Serraïna el Dada se souvient surtout d'une belle histoire. Médiatrice MSF sur l'Aquarius, elle est alertée par des Marocains entassés dans un canot qui tangue : "Ce sont eux qui m'ont dit qu'il y avait à bord une femme qui venait d'accoucher ce soir-là et qui était toujours attachée à son bébé par le cordon ombilical." Christ fait partie des cinq bébés nés en mer. 

Le nombre de femmes enceintes recueillies sur l'Aquarius a doublé

Des grossesses désirées, mais aussi des expériences de viols ou des violences sexuelles dont elles ne mesurent pas toujours la gravité. Alice Gautreau, la sage-femme de MSF explique son travail pédagogique auprès de ces femmes : 

On leur apprend que coucher avec quelqu'un pour avoir de la nourriture, ce n'est pas normal

"Coucher avec quelqu'un parce que c'est son patron, ce n'est pas normal. Ce sont des comportements subis, pour lesquels elles peuvent recevoir des traitements, mais aussi des dédommagements."

Ces femmes, qui fuient la Libye, paient le plus lourd tribu également pendant la traversée. Fabienne Lassalle de SOS Méditerranée : "Les hommes, pensant les protéger, les placent au centre du petit canot pour les éloigner de la mer. Mais malheureusement ce sont elles qui trempent dans cet espèce de mélange d'eau de mer et de fuel qui les asphyxie, qui est très corrosif et leur brûle la peau. Ce sont elles qui sont assises sur les planches, avec des clous qui ressortent et ce sont elles qui sont piétinées dès qu'il y a un moment de panique."

Lors du pire naufrage vécu par l'Aquarius l'an dernier, sur 22 corps noyés, récupérés par l'équipage, 21 étaient des femmes.

► POUR EN SAVOIR PLUS | Alice Gautreau a écrit "Seuls les poissons morts suivent le courant" avec Margaux Duquesne

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