Un Boeing d’Air France a largué plusieurs tonnes de kérosène au-dessus de la Forêt de Fontainebleau dimanche. Une procédure surprenante mais parfaitement légale et régulière.

La procédure concerne les avions qui doivent se poser peu après avoir décollé
La procédure concerne les avions qui doivent se poser peu après avoir décollé © Maxppp / Jean-Luc Flémal

Les faits ont eu lieu dimanche matin, au-dessus de la forêt de Fontainebleau (Seine-et-Marne), selon plusieurs témoins : un Boeing d’Air France, parti quelques minutes plus tôt d’Orly, a effectué une “vidange carburant” avant de faire demi-tour et de se poser à Roissy. En clair, l’avion a vidé ses cuves de kérosène au-dessus de la forêt.

Le porte-parole d’Air France a confirmé ce “vidange carburant en application des procédures”, sans pouvoir préciser le lieu. “Le vol AF852 Paris Orly-Cayenne a fait demi-tour suite à un dysfonctionnement moteur au décollage”, a expliqué la compagnie.

C’est autorisé ?

Parfaitement. Les opérations dites de “délestage de carburant” sont entièrement légales et encadrées par la direction générale de l’aviation civile (DGAC). “C’est une mesure exceptionnelle laissée à l’appréciation de l’équipage, mais qui nécessite une autorisation du contrôle aérien”, selon Air France. Le commandant de bord doit demander aux contrôleurs aériens, qui dépendent de la DGAC. Et ce sont ces derniers qui précisent l'heure et le lieu du délestage.

Mais de fait, la procédure est encadrée : selon les recommandations de l’Organisation de l’aviation civile internationale, un délestage ne peut avoir lieu qu’au-dessus d’une zone faiblement urbanisée, et à une altitude supérieure à 2.000 mètres.

Pourquoi ces délestages ?

C’est une question de sécurité pour l’avion et ses passagers. Ces opérations n’ont en général lieu que lorsqu’un avion long courrier (donc lourd) doit rebrousser chemin peu après le décollage.

Chaque appareil dispose d’un “certificat de navigabilité” qui précise notamment sa masse maximale au décollage, et à l’atterrissage. Or s’il doit atterrir peu de temps après le décollage en raison d’un problème technique, il n'a pas consommé beaucoup de carburant et donc sa masse est plus importante que celle autorisée. Ce qui présente un risque pour l’atterrissage. Et c’est précisément ce qu’il s’est passé avec le Boeing Air France qui a procédé à cette opération dimanche. L’appareil n’avait pas d’autre choix que de larguer une partie de son carburant.

C’est dangereux pour la santé ?

Potentiellement oui, car le kérosène est fabriqué à base de pétrole, c’est un produit nocif. Mais tout est fait dans cette opération pour limiter le plus possible l’impact sur l’environnement et sur les populations. C’est pour cela notamment que seules des zones peu peuplées (comme des forêts) peuvent faire l’objet de délestages.

Autre contrainte : le délestage ne peut se faire qu’au-delà de 2.000m d’altitude. Cette règle permet, selon la DGAC, à 90% du kérosène de s’évaporer dans les couches supérieures de l’atmosphère. Une grande partie des 10% restants s’évapore au contact du sol. Et la réaction chimique qui provoque l’évaporation du kérosène ne produit que de la vapeur d’eau et du dioxyde de carbone, qui se dispersent dans l'atmosphère.

La maire (LR) de Fontainebleau, Frédéric Valletoux, a réagi sur Twitter en qualifiant de "scandaleux" le fait que cette procédure soit toujours légale.

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