Depuis quelques temps, les mentions "ce tweet est indisponible" se multiplient sur Twitter. Certains crient à la censure, mais selon la plateforme, il s'agirait d'un simple mécanisme de modération des contenus.

Dans le fil d'une conversation sur Twitter, il y a parfois de nombreux tweets rendus invisibles.
Dans le fil d'une conversation sur Twitter, il y a parfois de nombreux tweets rendus invisibles. © Capture d'écran / Twitter

"Il y a des tweets vachement occupés quand même...", ironise un internaute sur Twitter. Il faut dire que, lorsqu'on fait défiler les échanges de commentaires, ils sont truffés de "tweets indisponibles" grisés. Une autre s'étonne de ne pouvoir consulter les tweets de personnes auxquelles elle est pourtant abonnée et qui la suivent.

Selon Twitter, l'apparition de ces "nombreux" tweets indisponibles est "généralement due à des tweets supprimés ou protégés, ou à des mots clés mis en sourdine" par les utilisateurs eux-mêmes. Il se peut aussi que "l'auteur ait marqué son tweet comme contenu potentiellement sensible".

Des tweets invisibilisés par les utilisateurs eux-mêmes ?

Les twittos disposent d'outils pour "contrôler ce qu'ils voient sur Twitter et avec qui ils interagissent". Lorsqu'ils sont émis par des comptes "privés" par exemple, les tweets ne sont visibles que par les abonnés. Le blocage permet aussi aux usagers "d'empêcher que certains comptes les contactent, voient leurs Tweets et s'abonnent à eux". On peut également choisir de "masquer" certains mots pour ne plus consulter les tweets qui les contiennent.

Une bonne technique pour éviter de se faire "spoiler" sa série préférée comme le souligne cette twitteuse. Mais le résultat pour certains internautes, c'est une "timeline" envahie de "tweets indisponibles".

Depuis trois ans, il est même possible d'ajouter des "filtres de qualité" pour "masquer les notifications des personnes que vous ne suivez pas", "qui n'ont pas confirmé leur email" ou "qui ont une photo de profil par défaut". Cependant, Twitter a annoncé son intention de supprimer ces options, mardi dernier.

En parallèle, Twitter envisage pourtant de généraliser une nouvelle fonctionnalité, déjà testée au Canada : elle permet à l'émetteur d'un tweet de masquer des réponses à celui-ci. Pour les consulter, il faudrait cliquer sur l'icône "Réponse masquée".

Objectif affiché par la plateforme : des "conversations saines" pour "aider les gens à se sentir plus à l'aise" sur le réseau social. Mais ces outils sont parfois vécus comme des limites à la liberté d'expression.

Depuis trois ans, Twitter est dans une démarche d'épuration

Face à la perplexité des internautes, l'entreprise promet que "vous verrez de plus en plus de contexte (...) afin de mieux expliquer pourquoi les tweets ne sont pas disponibles".

"Nous ne bloquons, ne limitons ni supprimons aucun contenu sur la base d'opinions ou de points de vue individuels", assure Twitter qui peut néanmoins prendre des mesures pour limiter la portée des Tweets d'un utilisateur, "en cas de signalement ou de détection d'un comportement inapproprié" ou _"s'il enfreint la loi"_. 

Dans son viseur, on trouve l'"apologie de la violence", les "menaces de terrorisme ou d'extrémisme violent", la diffusion de "médias montrant des violences", ou encore le "harcèlement ciblé", tel que le fait "d'espérer qu'une personne subisse une blessure physique".

_"Depuis trois ans, Twitter est dans une démarche d'épuration_, notamment pour supprimer les propos insultants", explique Romain Rissoan, auteur de "Comprendre et maîtriser ces nouveaux outils de communication". Une politique qui aurait tendance à s'accentuer car "ils tentent aussi de s'aligner sur les exigences de la loi à venir contre la cyber haine", ajoute le consultant.

Des signalements "en masse"

Mais cette "épuration" s'opère largement "sans discernement", regrette Romain Rissoan. "Ça fonctionne avec un algorithme, décrit-il, il suffit qu'il y ait suffisamment de signalements du tweet comme offensant pour qu'il soit supprimé". Entre les mains de cet algorithme, les utilisateurs eux-mêmes deviennent en partie responsables de cette avalanche de "tweets indisponibles".

Selon Fabrice Epelboin, spécialiste des médias sociaux, un certain nombre d'entre eux seraient ainsi liés à des "phénomènes de 'mass reporting'", des signalements en masse. "Un mode opératoire popularisé par la Ligue du LOL" et qui aurait été largement utilisé par des militants politiques, avant de "leur échapper", décrit l'enseignant à Sciences Po Paris. Ces "raids et contre raids" de signalements seraient largement menés par des "petites ligues", à travers des profils vrais ou "faux".

Mais la stratégie du signalement ne fonctionne par toujours, comme le note le journaliste du Monde, Samuel Laurent. Ainsi, malgré de nombreux tweets dénoncés comme étant "homophobes" ou relayant des "fake news", le compte de l'élue de La République En Marche, Agnès Cerighelli n'a jamais été supprimé, et ses tweets restent visibles sur le réseau social.

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