Depuis mercredi, les pharmaciens ont l’obligation de placer l’aspirine, le paracétamol et l’ibuprofène derrière leurs comptoirs. La mesure intervient, sans réel rapport, deux ans après l’intoxication mortelle au paracétamol de Naomi Musenga, à Strasbourg.

A partir du 15 janvier, le Doliprane et tous les autres médicaments base de paracétamol, ibuprofène ou aspirine seront interdits à la vente libre et devront être derrière les comptoirs des pharmacies.
A partir du 15 janvier, le Doliprane et tous les autres médicaments base de paracétamol, ibuprofène ou aspirine seront interdits à la vente libre et devront être derrière les comptoirs des pharmacies. © AFP / Burger / Phanie

On peut aujourd’hui en trouver à n’importe quel coin de rue. À portée de main dans les pharmacies, les cachets d’aspirine, de paracétamol et d’ibuprofène se vendent comme des petits pains. Ils sont, en France, les plus utilisés en automédication comme anti-douleurs ou anti-fièvre chez les adultes et les enfants.

Mais, pour limiter les risques liés à leur mauvais usage, ils ne sont plus vendus en accès totalement libre. S’ils sont toujours accessibles sans prescription médicale obligatoire, l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM) a réclamé que les patients ne puissent plus en disposer sans passer par le conseil du pharmacien. La mesure est entrée en vigueur mercredi et désormais, les boîtes doivent être positionnées de l’autre côté du comptoir.  

Mauvaise utilisation

Ces médicaments sont sûrs et efficaces lorsqu’ils sont correctement utilisés, mais présentent des risques lors d’une utilisation inadéquate”, détaille l’ANSM. L’objectif de l’agence est ainsi de renforcer le rôle de conseil du pharmacien et de débanaliser l’accès aux boîtes de médicaments. “Cette mesure s'inscrit dans la continuité des actions menées pour sécuriser l'utilisation de ces médicaments, notamment l'arrivée dans les prochains mois d'un message sur les boîtes des médicaments contenant du paracétamol afin d'alerter sur le risque pour le foie en cas de surdosage”, poursuit-elle. 

Le paracétamol peut en effet causer de graves lésions du foie dans certains cas de surdosage, pouvant conduire à des greffes. Plus largement, les anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS), sont, en cas d’usage abusif, susceptibles d’être à l’origine de complications rénales, de complications infectieuses graves et sont toxiques pour le fœtus en cas d’exposition à partir du début du sixième mois de grossesse.

“Poser les bonnes questions”

L’ANSM compte, au-delà du passage derrière le comptoir des boîtes de Doliprane et autres, sur “le professionnalisme des pharmaciens” pour poser “les bonnes questions”. “Si le patient explique ses symptômes, le dialogue est différent et le pharmacien peut lui conseiller de prendre tel médicament plutôt qu’un autre”, précise Philippe Vella, docteur à l’Agence du médicament. 

Cette décision est accueillie favorablement” par les pharmaciens, répond Carine Wolf-Tahl, présidente du Conseil national de l’Ordre de sa profession, à France Inter. “Sans aucune forme d’inquisition, on peut, par quelques questions, en même temps que l’on scanne le produit, demander pour qui il est, pour quel usage, quels sont les médicaments équivalents ou incompatibles afin d’orienter le patient. On voit tout de suite s’il connaît ou s’il n’est pas”, poursuit-elle. 

Il n’y a même pas forcément besoin d’être alarmiste, estime la pharmacienne en officine, et de détailler tous les dangers du surdosage. “En évoquant les noms d’équivalents ou d’autres médicaments qui contiennent du paracétamol, le patient se rend vite compte que c’est la même chose, qu’il en prend déjà où qu’il possède une boîte d’une autre marque”, ajoute Carine Wolf Tahl. 

Estimant que cette mesure n’allait pas bouleverser “l’aspect économique” des pharmacies, elle explique que déjà aujourd’hui, de nombreuses pharmacies avaient déjà placé les médicaments contenant ces molécules proches de comptoirs et surtout pas au milieu des articles de parapharmacie, par exemple. 

Plusieurs accidents

La mesure semble d’autant plus nécessaire car, en l’espace de 18 ans, rappelle l’ANSM, 337 cas de complications infectieuses ont été relevées, dont 32 décès attribués à l’ibuprofène.  

Fin 2017, une jeune femme, Naomi Musenga, était morte après avoir été raillée au téléphone par une opératrice du Samu de Strasbourg. Selon l'enquête, cette mort était “la conséquence d'une intoxication au paracétamol absorbé par automédication sur plusieurs jours”. Si l'annonce de l'ANSM n'a pas de rapport direct avec le décès de la Strasbourgeoise, le drame a compté dans la prise de décision précise l'agence. 

Pour un adulte sain de plus de 50 kilos, la dose maximale de paracétamol est de trois grammes par 24 heures, en ne dépassant pas un gramme par prise avec un espace d'au moins six heures entre chaque prise. La durée maximale de traitement recommandée est de “trois jours en cas de fièvre, 5 jours en cas de douleur, en l'absence d'ordonnance”, rappelle l'ANSM.

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