Dans un rapport publié ce mois-ci, le collectif “Alerte” dresse un bilan sévère de la politique gouvernementale en matière de pouvoir d’achat. Selon lui, les ajustements des aides sociales desserviront les plus pauvres, et auront dans tous les cas un impact bien moindre qu’annoncé.

Caisses d'Allocations familiales à Lorient
Caisses d'Allocations familiales à Lorient © Maxppp / PHOTOPQR/LE TELEGRAMME

Alors qu’il s’engage à lutter contre la pauvreté, le gouvernement pourrait ainsi, à court terme au moins, l’aggraver.” Ce constat est dressé par le collectif Alerte, formé d’une quarantaine de fédérations et d’associations de lutte contre l’exclusion. Dans un rapport édité début décembre, il passe au crible les aides sociales, que le PLF (projet de loi finances) 2019 promet de revaloriser. Conclusion du collectif : en réalité, ces ajustements sont loin d’avantager les bénéficiaires. 

Prime d’activité

Cette aide est calculée en fonction des revenus, pour les personnes qui gagnent jusqu’à 1,2 SMIC (soit 1 379 euros nets mensuels). En 2018, elle a été revalorisée une première fois de 20 euros. Le gouvernement prévoit qu’elle soit réaugmentée chaque année jusqu’à atteindre 60 euros en août 2021.

Mais le rapport pointe que cette revalorisation “ne bénéficiera en réalité qu’aux personnes percevant entre 0,5 et 1 SMIC”, soit entre 574,5 euros et 1149 euros nets mensuels. Les plus pauvres, ceux qui perçoivent moins d’un demi-SMIC, “ne bénéficieront pas de cette revalorisation [...] Leur pouvoir d’achat, du fait de l’inflation, va baisser”, indique Alerte. Qui précise aussi un effet pervers d’une autre mesure : les baisses de cotisations. Grâce à elles, certains ont vu leurs revenus augmenter… Mais de fait, ils pourraient ne plus être éligibles à la prime d’activité. “Il n’est donc pas certain qu’elles soient gagnantes…” analyse le rapport.

Il estime que 300 000 ménages, soit 10  % des bénéficiaires de la prime d’activité, sortiront perdants de ces ajustements. Les plus pauvres seront les moins avantagés. Le collectif déplore : “Avec ces mesures, le taux de pauvreté peut baisser, mais ne concernera que les personnes qui sont déjà les plus proches de la sortie de pauvreté.”

Allocation de solidarité aux personnes âgées (minimum vieillesse)

La promesse du gouvernement : augmenter  le minimum vieillesse de 100 euros d’ici 2020, pour les personnes seules. Effectivement :

  • Au 1er avril 2018, l’ASPA a augmenté de 30 euros, passant de 803 à 833 euros
  • Au 1er janvier 2019, elle sera portée à 868 euros par mois
  • Au 1er janvier 2020, elle sera portée à 903 euros par mois. 

Cependant, pointe le rapport, cette allocation ne sera pas recalculée en fonction de l’inflation, qui devrait être d’1,7 % en 2019. À terme, une forte inflation pourrait donc entraîner “un décrochage” de l’allocation, “même avec ces revalorisations exceptionnelles”.

Allocations logement, familiales et retraites

En 2019, au lieu d’être augmentées au même niveau que l’inflation, les prestations sociales n’augmenteront que de 0,3 %. “Or, ces aides jouent un rôle majeur dans la lutte contre la pauvreté”, indique le rapport.

Les prestations familiales, par exemple, aident grandement les familles nombreuses. Elles font baisser le taux de pauvreté de 10 points pour les couples avec trois enfants, et de presque 18 points pour les couples avec quatre enfants. Or, les ménages concernés verront leur allocation augmenter moins vite que l’inflation.

Même scénario pour les pensions des retraités, une population qui a aussi été touchée par une autre mesure : la hausse de la CSG, qui a “fortement impacté le pouvoir d’achat de nombreux foyers de retraités”. Conclusion du rapport : “Le gouvernement dégrade donc le montant d’allocations qui évitent à de nombreuses personnes de se retrouver en situation de pauvreté."

Taxe d’habitation

À l’heure actuelle, 15,5 % des ménages ont déjà été exonérés de taxe d’habitation. Ce pourcentage s’élève à 50 % en ce qui concerne les ménages les plus précaires. Pour eux, cela représente une économie d’environ 100 euros par an : un gain indéniable de pouvoir d’achat, qu’il faut toutefois relativiser au vu “des augmentations appliquées par certaines communes”.

Qu’en est-il de l’autre moitié des ménages les plus précaires ? Pour eux, pas de suppression de taxe d’habitation, puisqu’ils ne la payaient déjà pas avant.

Allocation aux adultes handicapés

Plus d’un million de Français bénéficient de cette aide. En novembre 2018, elle a augmenté de 41 euros pour atteindre 860 euros par mois. Elle doit être revalorisée à 900 euros en novembre 2019.

La promesse d'Emmanuel Macron, en 2017, était de revaloriser l'AAH pour tous les adultes handicapés, soit un million de Français bénéficiaires. Mais la loi finance de 2018 a eu pour conséquence le gel du plafond de ressource pour les couples, privant "les personnes les plus handicapées qui vivent en autonomie" d'une allocation de 179 euros par mois. De plus, la revalorisation légale de 2019 a été supprimée et celle d'avril 2020 devrait être sous-indexée.

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