Lundi soir, le groupe Webedia lançait son canal en direct, nommé "LeLive", regroupant sur une même "chaîne" vidéastes, artistes et personnalités issues du monde de la télé. Un lancement plombé par plusieurs couacs, qui montre à quel point la télévision en direct est un exercice différent de celui des vidéos en ligne.

Extrait de la bande annonce de lancement de LeLIVE
Extrait de la bande annonce de lancement de LeLIVE © Capture d'écran / YouTube

La promesse est ambitieuse : une chaîne vidéo en direct, tous les jours de 17h à minuit, réunissant la crème de YouTube pour des émissions inédites, la plupart en direct. Lancé lundi soir, LeLive est le nouveau projet de Webedia, géant français de la production de vidéastes (Norman, Cyprien, Squeezie, Bapt et Gaël, etc.). Une grille de programmes digne d'une chaîne de télé, qui a par ailleurs la particularité de mettre côte à côte des stars de YouTube et des personnalités venues de la télé comme Michel Cymès, Agathe Auproux ou Thomas Thouroude.

Sur les réseaux sociaux, Twitter en tête, une partie des utilisateurs a pris un plaisir certain à relever les bugs, pépins techniques, blagues qui tombent à plat et moments de solitude de cette première soirée, composée d'une émission de lancement présentée par l'humoriste Kevin Razy, suivie par l'émission "301 vues" (déjà existante) de Cyprien puis une nouvelle émission dédiée au sport, co-présentée par le journaliste sportif Thomas Thouroude et les comédiens Jhon Rachid et Kemar

Dans cet article, on ne va pas tirer à boulets rouges sur ces nombreux ennuis techniques et problèmes de lancement, des erreurs de jeunesse que connaissent beaucoup de nouveaux médias. Mais ce lancement compliqué montre que pour faire de la télé, il ne suffit pas d'une grille des programmes, de beaux studios et de têtes d'affiche.

Une diffusion dépendante de canaux de diffusion super-puissants

C'est l'un des mots d'ordre de ce lancement : LeLive est partout, sur YouTube, Facebook, Instagram, Twitch, Snapchat, Twitter, TikTok, Dailymotion et même sur l'application Molotov. Cette nouvelle chaîne est donc intégralement dépendante de plateformes qu'elle ne contrôle pas. Et dès lundi, cette dépendance s'est faite sentir : la modération de Twitch et YouTube a banni le flux vidéo. 

Car sur Internet, le moindre faux pas ne pardonne pas. Et l'utilisation par Kevin Razy du mot "Nigger" dès les premières secondes du direct a eu une conséquence rapide : moins de quatre heures après son lancement, le flux était banni de la plateforme Twitch, extrêmement pointilleuse sur l'utilisation de ce "n-word". 

Les blagues qui ont suivi avec des références à Hitler ou au basketteur disparu Kobe Bryant ont suscité de vives réactions des internautes, entre le rire gêné et la consternation. 

Alors même que Webedia et l'ensemble des créateurs qui participent à LeLive mettent en avant une liberté de ton plus grande qu'à la télévision, cette dernière peut se vanter de n'être soumise qu'à un contrôle après diffusion (via le CSA) et de ne pas risquer une coupure de signal pour des raisons éditoriales. 

L'illusion de l'interactivité

C'est l'autre promesse de LeLive : un flux 100% interactif, que les spectateurs peuvent commenter en temps réel sur les plateformes qui le permettent, YouTube et Twitch en tête. Or toute la soirée, les modérateurs du "chat" ont été accusés de supprimer tous les commentaires critiques envers les programmes diffusés. Selon plusieurs commentateurs, la discussion en direct a même été "réservée aux abonnés" à plusieurs moments de la soirée. Paradoxe : il n'était pas possible de s'abonner. 

Inversement, la réaction de Webedia a laissé les internautes perplexes : les nombreux bugs de la soirée de lancement sont devenus "2, 3 soucis".

Un direct à la télé, c'est comme une vidéo YouTube : ça se prépare 

C'est le principal aspect qui ressortait de cette première soirée : un manque de préparation du contenu des émissions. À l'exception de l'émission de Cyprien dont le concept est déjà bien rodé, le reste de la soirée donnait, au-delà des problèmes techniques (que l'on peut excuser) et des blagues qui tombent à plat (il faut bien le temps de trouver son public), une forte impression de manque de préparation, d'improvisation

Une improvisation d'autant plus étonnante que ces mêmes créateurs, lorsqu'ils sont sur leurs propres chaînes YouTube, soignent l'écriture, la réalisation et le montage de leurs vidéos. Un compte Twitter a même été créé pour recenser ces moments de flottement. 

Ironie du sort : Webedia semblait pourtant bien préparé à l'exercice du live. Le groupe possède déjà une web TV : LeStream, lancé en 2017 par les vidéastes Cyprien et Squeezie. Essentiellement orientée autour d'une thématique gaming et pop culture, elle a réussi à trouver son public avec des concepts simples, sans copier ce que fait la télévision. 

Même vertu chez McFly et Carlito (eux aussi chez Webedia) qui ont lancé fin 2019 leur matinale, une heure d'antenne en direct le mercredi matin : dans cette émission, ils font ce qu'ils savent faire de mieux - des blagues et des jeux - et ils le font bien. Une heure d'émission, préparée, par semaine, pour un résultat concluant : chacun de leurs directs est vu en replay plus de 500 000 fois. 

Pourtant, LeLive a avec lui une arme précieuse par rapport à n'importe quelle émission ou chaîne de télé : le temps. Là où une émission de télévision peut disparaître au bout de quatre jours de diffusion (les accidents industriels ne se comptent plus) le groupe Webedia y met les moyens, la chaîne aura le temps de se développer, de s'ajuster, d'imaginer de nouveaux programmes originaux, et, peut-être, de trouver son public. 

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