Pourquoi ne parle-t-on pas de choses joyeuses, gaies, des exploits des gens ? s'est demandé très justement Soliman au micro des P'tits Bateaux de Noëlle Breham. Pour y répondre, le philosophe Bernard Stiegler dénonce la course au sensationnalisme.

L'information sensationnaliste ou comment rendre le spectateur accro
L'information sensationnaliste ou comment rendre le spectateur accro © Getty / simonkr

Pourquoi ne parle-t-on pas de choses joyeuses, gaies, des exploits des gens ? s'est demandé très justement Soliman au micro des P'tits Bateaux de Noëlle Breham. 

Pour le philosophe Bernard Stiegler c'est une question très actuelle et très urgente. Il part du constat que les informations sont produites par des industries culturelles, qui doivent gagner de l'argent pour continuer d'exister. Et en général cet argent est perçu grâce à la publicité. Les annonceurs devenant ainsi très attentifs aux audiences. 

Distinguer les chaînes de radio/télé publiques et les privées

Selon Bernard Stiegler, en règle générale, les chaînes de radio et télévision privées choisissent l'information sensationnelle, celle qui fait vibrer la peur, l'angoisse, la pulsion. 

En effet, il semblerait que nous sommes, dans les sociétés industrialisées, naturellement plus attirés par les mauvaises nouvelles. La recherche d'une vie la plus agréable possible nous pousse à nous intéresser à ce qui pourrait déstabiliser notre bonheur. D'où notre envie de savoir ce qui peut nous arriver de pire, afin de l'anticiper. 

Le public ayant tendance à être plus attiré par une information morbide, les audiences s'en trouvent ainsi en meilleure forme. 

Un cercle vicieux s'installe alors. Le téléspectateur/auditeur devient une marchandise. 

On le vend comme du bétail puisqu'en fait on l'échange contre de l'argent pour de la publicité. 

La peur engendre de la peur, et ce qu'on appelle en psychologie la pulsion. C'est à dire tout ce qui est irréfléchi, affectif au sens le plus passionnel. 

"Et les gens deviennent de plus en plus bêtes, y compris les dirigeants. La bêtise allant de pair avec la méchanceté, il est urgent que cela soit rétabli au plus vite" insiste le philosophe. 

Avant que la télé et la radio n'existent, les nouvelles colportées, dans un village par exemple, n'étaient souvent pas très bonnes non plus. Qu'est-ce qui a changé ? 

Et bien le fait est que la radio et la télévision ont des responsabilités publiques. Car ici l'information n'est pas circonscrite à un village. On est dans une ère d'information à grande échelle. 

Et le philosophe de conclure qu'aujourd'hui le monde va vraiment mal. Il faut que ça change. 

La radio n'est pas là pour faire plaisir aux gens, elle est là pour les faire penser. 

Cette course à l'information en continu a d'ailleurs connu des dérives bien sombres. On se rappellera BFM TV qui pendant la prise d'otages au magasin Hyper Cacher de la porte de Vincennes annonce que des otages sont retranchés dans la chambre froide, compromettant ainsi l'opération de sauvetage mise en place par les forces de l'ordre. 

Bernard Stiegler n'est pas le seul à dénoncer ce sensationnalisme dans les médias. Le public, d'autant plus visible grâce aux réseaux sociaux, le fait régulièrement. Certains journalistes, via des editos ou leur syndicat, s'opposent également au spectacle permanent de l'information anxiogène. 

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