Au cours des prochaines années, le prix des domaines ".com" sur Internet devraient augmenter, jusqu'à presque doubler d'ici une décennie. En cause : un nouvel accord entre la société qui attribue les noms de domaine et celle qui les vend, permis par une décision prise par Donald Trump... en 2018.

L'ICANN est l'ONG qui gère les noms de domaine dans le monde entier
L'ICANN est l'ONG qui gère les noms de domaine dans le monde entier © AFP / ANDREW COWIE

Aujourd'hui, pour avoir un site Internet dont l'adresse se terminera par ".com", il faut débourser quelques dizaines d'euros par an. D'ici une décennie, ce prix pourrait doubler. C'est le résultat d'un accord conclu il y a une dizaine de jours, aux États-Unis, entre les deux institutions incontournables dans l'achat d'un domaine (c'est-à-dire une adresse web) sur Internet. 

Un modèle de billard à plusieurs bandes

Ce qui a permis cette nouvelle donne dans l'attribution - moyennant finances - d'un domaine, c'est en réalité... une décision prise par Donald Trump il y a plus d'un an. Pour bien comprendre de quoi il s'agit, il faut revenir sur les parties prenantes dans l'affaire : d'une part, l'ICANN, institution chargée d'administrer tous les noms de domaines dits "de premier niveau" (c'est-à-dire, .com, .net, .org mais aussi .fr ou .paris) - qui depuis 2016 n'est plus sous tutelle directe du gouvernement américain. 

D'autre part, Verisign, une entreprise privée qui bénéficie d'une délégation de l'ICANN pour la gestion exclusive du registre des adresses en .com (comme l'AFNIC le fait en France avec les .fr par exemple). En dernier lieu, il y a les "registrars", entreprises qui jouent le rôle de bureaux d'enregistrement des noms de domaine et les commercialisent directement auprès du public (comme 1&1, OVH ou domaine.fr, en France).

En cause, donc, un accord entre l'ICANN et Verisign, qui entrera en vigueur le 1er janvier 2021, et qui autorise Verisign à augmenter ses tarifs pour l'attribution d'un domaine en .com. Depuis 2012, l'accord précédent avait fixé le prix à 7,85$ par an et par domaine, sur une décision de Barack Obama qui avait gelé ce tarif, l'empêchant d'augmenter, alors que l'ICANN était encore sous contrôle du gouvernement américain. 

Un gel décidé sous Obama et disparu sous Trump

Or, en 2018, l'administration nationale des télécommunications et des informations (NTIA) a levé "l'ère Obama du contrôle des prix", en accord avec "les priorités de l'administration Trump en termes de politiques publiques". Résultat, l'ICANN a le droit d'augmenter les tarifs des noms de domaine - même si elle s'est défendue de le faire, affirmant que c'était la NTIA qui fixait les prix. 

Que prévoit donc le nouvel accord ? À partir de 2021, Verisign pourra faire monter le tarif du nom de domaine en .com de 7% par an pendant quatre ans. Il sera ensuite gelé pendant deux ans, et repartira à la hausse de 7% par an pendant les quatre années suivantes. Au final, dans 10 ans, le prix annuel du domaine aura dépassé les 13$

Un prix gelé pour les domaines existants

En contre partie, Verisign versera 4 millions de dollars, sur les cinq prochaines années, à l'ICANN, pour participer à ses coûts de fonctionnement. Pour les utilisateurs et propriétaires de sites web, le tarif va donc augmenter d'autant plus qu'au moment de la commercialisation d'un domaine, le "registrar" ajoute au prix du domaine sa propre commission. En revanche, celles et ceux qui bénéficient déjà d'un domaine ne subiront pas de hausse : le prix des domaines existants restera gelé pendant dix ans maximum. 

Cette annonce a suscité la colère des associations américaines de défense des développeurs web et des propriétaires de noms de domaine, qui pointent par ailleurs le fait que selon cet accord, Verisign pourra également vendre directement ses domaines en ".com" aux utilisateurs, créant ainsi une situation de concurrence déloyale vis-à-vis des autres "registrars". 

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