Le vaccin est vanté par le président russe comme remède contre la Covid-19, alors que sa fiabilité n'est pas encore établie. Dilemme pour les cosmonautes, qui doivent partir dans trois semaines pour la Station spatiale internationale.

Serguei Ryjikov, qui commandera le prochain équipage : "Moi, personnellement, je dirais que je ne me vaccinerai pas, car je suis très prudent sur cette question."
Serguei Ryjikov, qui commandera le prochain équipage : "Moi, personnellement, je dirais que je ne me vaccinerai pas, car je suis très prudent sur cette question." © Nasa

Vaccin ou pas vaccin ? Des cosmonautes russes doivent partir dans trois semaines vers la Station Spatiale Internationale (ISS). Pas question pour eux de se voir inoculer Spoutnik-V, ce vaccin vanté par le président russe Vladimir Poutine comme remède contre la Covid-19 mais dont les tests ne sont pas aboutis. Les cosmonautes ont fait part de leur refus ce jeudi matin, faute d'une fiabilité établie... mais pas sûr qu'ils aient le dernier mot.

Officiellement, les cosmonautes ont le choix

Officiellement, les cosmonautes sont libres d'accepter ou de refuser de participer à une expérience scientifique. L’astronaute français Jean-François Clervoy, joint par France Inter, en atteste. Sébastien Barde, responsable des programmes scientifiques au Centre d'aide au développement des activités en micro-pesanteur et des opérations spatiales (Cadmos), confirme : "Dans le passé, c’est arrivé qu’après s’être engagé pour faire une expérience type prélèvements pendant la mission, certains se dédisent." Pour ce qui concerne la trousse à pharmacie, explique Jean-François Clervoy, "on nous propose plusieurs choses, qu’on est libre de prendre ou pas. Concernant les vaccins, les rappels sont vérifiés. Mais de là à imposer une participation à un essai clinique, nul de sait si Vladimir Poutine s’y risquera."

Car rappelons-le, Spoutnik-V, premier vaccin anti-Covid annoncé le 11 août, en est au stade 3 d'un essai clinique. Il est donc encore expérimental, tout comme le vaccin Moderna aux États-Unis. Sur les 60.000 volontaires souhaités en Russie, seuls 700 ont été recrutés, dont la fille de Vladimir Poutine et le ministre de la Défense. Pour le président Poutine, l'enjeu est évidemment stratégique. Il a encore vanté la fiabilité et la sécurité du vaccin devant l'ONU mardi et affirmé avoir déjà vendu 1 milliard de doses à 20 pays.

Un vaccin contre leur volonté ?

Pour l'image du pays, les cosmonautes, autrefois héros de la Nation - bien que moins "starisés" qu’en Occident - pourraient-ils se voir inoculer le vaccin contre leur gré ? Serguei Ryjikov, qui commandera le prochain équipage, a répondu ce matin lors d'une conférence de presse : "Moi, personnellement, je dirais que je ne me vaccinerai pas, car je suis très prudent sur cette question." Mais son collègue ingénieur de bord, Sergueï Koud-Svertchkov, a aussitôt tempéré : "Les cosmonautes ne sont pas libres de prendre eux-même les décisions qui concernent leur santé, ce sont les médecins qui prennent les décisions sur la vaccination."

Leur marge de manœuvre est étroite, confirment les médecins français des astronautes. Ce sera un équilibre savant entre propagande à la soviétique et risque de voir les cosmonautes avoir des effets secondaires dans l'espace. "La mission pourrait être compromise", confirme Sébastien Barde du Cadmos.

La question de la prime

Peut-être que des primes pourraient convaincre les cosmonautes de devenir volontaire pour le Spoutnik-V. Ou alors les cosmonautes, s'ils refusent, pourraient perdre leur prime de vol. Selon Jean-François Clervoy, il est arrivé que l'un d'eux perde cette prime en cas de refus d’exécuter une partie de la mission, "une sortie dangereuse ou sans intérêt", par exemple.

Pour Bernard Comet, ancien responsable de la santé des astronautes français au Centre national d'études spatiales (Cnes), "avec les Russes, on ne peut rien exclure". Et au-delà de l’esprit patriotique, leur formation en fait de bon exécutants : ils sont souvent militaires de carrière, et donc habitués à obéir.