À la tête du service des maladies infectieuses à l'hôpital Saint-Antoine de Paris, le professeur Karine Lacombe réagit aux annonces faites lors du discours d'Emmanuel Macron au soir du 13 avril, et en particulier la date du 11 mai retenue pour commencer à sortir du confinement.

Le professeur Karine Lacombe, lors d'une conférence de presse avec le Premier ministre, le 28 mars 2020 à Paris.
Le professeur Karine Lacombe, lors d'une conférence de presse avec le Premier ministre, le 28 mars 2020 à Paris. © AFP / GEOFFROY VAN DER HASSELT / POOL / AFP

Alors qu'Emmanuel Macron, lors de cette troisième allocution télévisée depuis le début de la crise sanitaire due au Covid 19, a prolongé le confinement strict des Français, déjà en vigueur depuis un mois, jusqu'au 11 mai prochain, la professeur Karine Lacombe, spécialiste des maladies infectieuses, estime que cette décision est la bonne : "Ce qui avait été calculé par l'Inserm, c'était [un confinement] d'au moins six semaines. Là, on sera à huit semaines et on peut penser que l'effet sera très positif. Je pense que c'est la bonne durée, annoncer un déconfinement progressif et séquentiel va vraiment aider", affirme-t-elle ce mardi sur France Inter.

En revanche, les questions restent ouvertes quant aux modalités de sortie de ce confinement, en particulier celle de la réouverture "progressive" des écoles, collèges et lycées, qui figurent pourtant parmi les premiers établissements fermés depuis le 13 mars dernier avant même d'avoir entamé le confinement : "Quand on écoute exactement ce qu'il a dit, il n'a pas vraiment parler des modalités de déconfinement [pour ces établissements], là c'est un peu trop tôt, on ne s'attend pas à ce que ce soit ouvert de façon globale et massive dès le 11 mai. C'est un point qu'il va falloir éclaircir."

"Dans les zones où il y a eu une forte propagation du virus, Ile de France et Grand Est, il va falloir déconfiner en dernier, et surtout s'appuyer sur des tests"

Prêts pour des tests massifs ?

"Nous, à l'hôpital, nous n'avons plus de problème d'accès aux tests, la capacité des tests a vraiment augmenté. Pour les tests moléculaires, les tests ARN, qui diagnostiquent la présence du virus, il n'y a vraiment aucun problème actuellement. Là où on a [davantage] de problèmes, c'est sur la fiabilité des tests sérologiques, mais probablement, pour le 11 mai, ça devrait être disponible", estime la spécialiste.

"Dans son allocution, Emmanuel Macron a été obligé de faire quelques raccourcis : quand il a parlé de dépister les personnes malades, il a probablement voulu sous-entendre 'utiliser les tests moléculaires' dans la recherche du virus, en revanche si vous parlez des tests sérologiques, ceux des anticorps, là ce sont des tests que l'on fait dans la population générale, et pas, justement, chez ceux qui sont malades (...) et ce sont ces tests sérologiques là qui posent actuellement problème, parce qu'il y en a beaucoup qui sont arrivés sur le marché sans avoir été vraiment testés sur le plan de leur fiabilité. C'est cet énorme travail de validation de leur performance qu'il va falloir qu'on fasse d'ici le 11 mai."

Et elle ajoute : "Certains tests seront meilleurs que les autres, j'espère que le gouvernement pourra dire lesquels sont bons. Pour l'instant c'est la pagaille et la foire d'empoigne entre les fabricants de tests."

Un rebond de l'épidémie pourrait-il être évité après la date de fin prévue du confinement ? "Pas entièrement", concède-t-elle. "Après le 11 mai nous aurons probablement de nouveaux cas de malades. Il va falloir être capable de les diagnostiquer, de les soigner et de les isoler."

Débats sur le traitement : "ne pas être partial"

Pour le Pr Karine Lacombe, le président de la République a eu "raison de ne pas trancher : pour l'instant il faut qu'on collecte d'autres informations, qu'on essaie de ne pas être partial, de ne pas partir d'idées préconçues". Et sur la visite d'Emmanuel Macron dans les services du Pr Raoult à Marseille : "Il est allé voir tout le monde et c'est très bien."

Autoriser les visites de proches pour les malades en fin de vie

Enfin sur l'annonce faire par le président de la République concernant les visites autorisées pour les proches et famille de malades en fin de vie, dont beaucoup ont aussi été empêchés de procéder aux rites funéraires en période de confinement : "C'est compliqué, mais c'est lourd pour les familles, les soignants de laisser mourir les personnes dans la solitude de l'hôpital. C'est une décision humaine, je pense qu'on va trouver des solutions pour la mettre en place, il faut vraiment que ça, ça change."

Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.