Les Restos du cœur lancent ce 26 novembre leur campagne d'hiver de distribution de repas et alertent sur la précarité croissante des jeunes, de plus en plus nombreux parmi les bénéficiaires. Ce même jour, des manifestations étudiantes sont d'ailleurs prévues pour dénoncer cette paupérisation.

Distribution de repas à Saint-Lô, lors de la campagne 2018 des Restos du cœur
Distribution de repas à Saint-Lô, lors de la campagne 2018 des Restos du cœur © AFP / Charly Triballeau

Ce 26 novembre, les étudiants lyonnais et d'autres villes manifestent pour demander une "réévaluation urgente" des bourses d'études. Un blocage avait lieu, tôt ce matin, à l'université de Lyon-2. En parallèle, ce mardi marque également le coup d'envoi de la campagne d'hiver des Restos du cœur. Cette année, son président Patrice Blanc alerte en particulier sur le nombre croissant d'étudiants ayant recours aux repas des Restos pour se nourrir : "Parents en manque de moyens, ruptures familiales, bourses insuffisantes, on accueille de plus de plus de jeunes et parmi eux, de plus en plus d'étudiants."

"La moitié des jeunes bénéficiaires ont des problèmes de logement précaire"

En 2018, les Restos indiquent avoir reçu 30 000 étudiants sur leurs 900 000 bénéficiaires. Constat inquiétant : 51 % des bénéficiaires ont moins de 26 ans et 39 % ont moins de 18 ans. Selon l'Observatoire national de la vie étudiante, 20 % des 18-24 ans vivent sous le seuil de pauvreté. Cette précarité grandissante a été illustrée de manière dramatique début novembre, lorsqu'un jeune étudiant de Lyon s'est immolé par le feu devant le Crous, "désespéré" par ses conditions de vie. 

Le geste du jeune homme, toujours hospitalisé dans un état grave trois semaines après sa tentative de suicide, avait entraîné une vague de mobilisations étudiantes dans de nombreuses villes universitaires. Aux Restos du cœur, Patrice Blanc confirme cet état de crise : "La moitié des jeunes que nous recevons ont des problèmes de logement précaire, notamment car les bourses ne permettent pas de faire face." Sur cette question des bourses, le Premier ministre a réagi sur France Inter, le 21 novembre. 

"On constate que beaucoup d'étudiants ne demandent pas leur bourse", par manque d'information souvent. "On va continuer de travailler dessus. Cela passe aussi par les places en logement étudiant. Le ministre du Logement Julien Denormandie oeuvre en la matière. Nous sommes parfaitement conscients de la situation", assurait le Premier ministre. Pas de quoi satisfaire les étudiants, qui ont donc relancé une journée d'action ce 26 novembre.

L'avenir des Restos menacé en 2020 ?

Au-delà des jeunes en difficulté, les Restos du cœur distribuent chaque année 130 millions de repas à des familles, des chômeurs, des personnes isolées, qui n'ont pas les moyens de remplir leur frigidaire. Un quart de ces repas est financé par l'aide alimentaire européenne ; or cette aide "est aujourd'hui fortement menacée", selon l'association.

De 2014 à 2020, le budget global du Fonds européen d'aide aux plus démunis (FEAD) pour la France était de 587 millions, soit un tiers de l'aide alimentaire française. "Ce fonds est le principal outil de lutte contre la pauvreté en Europe", explique Patrice Blanc. Mais cette aide pourrait être drastiquement réduite lors du prochain vote du budget européen en 2020, conduisant à diviser par "deux voire par quatre le nombre de repas qu'on pourrait distribuer", selon le président de l'association. "Et malheureusement, la pauvreté ne diminue pas en France [...] et les inégalités augmentent". Selon l'Insee, 9,3 millions de Français vivent sous le seuil de pauvreté et cinq millions ont recours à l'aide alimentaire.

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