Les débats autour du projet de loi bioéthique commenceront véritablement ce mercredi, avec l'examen de l'article premier. En préambule, la veille, la "discussion générale" comme il est d'usage à l'Assemblée, a permis de donner la parole aux représentants de chaque groupe politique. Avec quelques éclats de voix.

Ouverture du débat sur la loi bioéthique par Agnès Buzyn le 24 septembre 2019
Ouverture du débat sur la loi bioéthique par Agnès Buzyn le 24 septembre 2019 © AFP / Jacques Demarthon

C'est dans un hémicycle clairsemé que les trois ministres Agnès Buzyn, Nicole Belloubet, et Frédérique Vidal, ont ouvert le bal, à 16 heures 30. Ce projet est "une chance, un privilège pour notre société", a exposé la ministre de la Santé. "Il n'y a pas d'un côté des tenants de l'ordre moral, qui seraient les partisans rétrogrades d'une société figé en et de l'autre des aventuriers imprudents ou des apprentis sorciers", a-t-elle défendu. C'est pourtant ce qu'estime une partie des opposants, dont les premiers coups ont fusé ce soir-là. 

"N'avez-vous donc jamais eu de père ?"

"On ne peut s'empêcher de penser que le législateur aujourd'hui joue aux apprentis sorciers sans avoir véritablement mesuré les conséquences de ce texte, sur la bioéthique, la filiation, les droits fondamentaux de l'enfant et la marchandisation de l'Homme", tacle Marine Le Pen en fin de soirée. Se gardant bien de critiquer l'homoparentalité - "Oui, deux femmes peuvent très bien élever un enfant. Deux hommes également, et lui donner amour et attention", la présidente du Rassemblement National a néanmoins vertement défendu le "droit sacré de l'enfant", l'un des chevaux de bataille des opposants à la PMA pour toutes, qui se trouve "bafoué" par ces dispositions. 

De même, le député Les Républicains Patrick Hentzel évoque un "bricolage indigne" autour de la question de la filiation : "La PMA sans père est un sujet de société, et non pas de bioéthique. [...] On érige la toute-puissance du désir d'enfant au détriment du droit suprême de l'enfant."

Mais la palme du coup d'éclat revient ce soir à Agnès Thill, députée exclue de la République en marche pour ses propos jugés extrêmes sur la PMA pour toutes... Et qui n'a pas failli à sa réputation en prenant le micro, vers 22 heures 30. "Un donneur ?" s'insurge-t-elle, évoquant l'absence de figure paternelle dans une PMA pour un couple de femmes. "Mais c'est pas un donneur, c'est un homme ! C'est celui qui porte et qui élève et qui soulève des montagnes pour son petit ! Mais n'avez-vous donc jamais eu de père pour que vous ne sachiez pas à quel point on ne se passe pas d'un père ?" s'enflamme-t-elle, sous les huées d'une bonne partie de l'hémicyle. "La liberté si fièrement revendiquée n'est qu'une liberté de consommateur. Des Français accèdent au hard-discount reproductif !" crie la députée, dont le micro est finalement coupé au bout de cinq minutes - la fin du temps réglementaire pour les députés non-inscrits. 

"Sortons tous de nos clivages partisans"

À droite, un député fait sensation, peu avant 22 heures. Au sein d'une famille politique plutôt opposée au projet de loi, Maxime Minot, 32 ans, s'affiche en fervent défenseur du texte : "Malgré le fossé qui me sépare du gouvernement et de la majorité dans cet hémicycle, j'ai choisi de soutenir ce projet de loi, parce qu'il porte des valeurs qui me forgent mon combat au quotidien : l'universalisme, l'équité, l'altruisme." Évoquant les femmes "qui dépensent plusieurs milliers d'euros pour aller dans l'un des 14 pays de l'UE qui autorisent la PMA pour toutes", il clame que "cette situation ne doit plus être permise dans un pays comme le nôtre."

"N'en déplaise aux défenseurs de l'équation 'un enfant = un papa + une maman', il se trouve que la famille n'est plus une institution sociale patriarcale." 

Ça, c'est fait. En soutenant le projet de loi, Maxime Minot dit s'être senti "stigmatisé" par une partie de sa famille politique. "Mais je me refuserai toujours de bafouer mes convictions pour plaire à un camp ou séduire un électorat. Sortons tous de nos clivages partisans, faisons de cette loi une loi juste et équitable, fidèle aux idéaux républicains et progressistes !" conclut-il, sous les applaudissements de l'Assemblée... France Insoumise comprise.

Des dissensions dans la majorité, qui prône toutefois un débat "respectueux"

Quant à la gauche et à la majorité, qui soutient pourtant le projet de loi, l'unanimité n'est pas de mise. Des dissensions continuent d'être exprimées. Pierre Darrhéville, de la Gauche démocrate et républicaine, se dit par exemple très opposé à la levée de l'anonymat des donneurs de sperme : "L'anonymat est une condition essentielle du don, il faut en rester là." Du côté de la France Insoumise, on réclame à l'inverse des droits supplémentaires, pour les transsexuels qui souhaiteraient devenir parents, notamment.  

Les socialistes, eux, comptent "formuler plusieurs propositions, notamment l'autorisation de la PMA post-mortem", explique au micro la députée Valérie Rabault. "Notre position est ouverte et constructive. Nous voterons le projet de loi", assure quant à elle la socialiste Marie-Noëlle Battistel. 

Au final, il s'agira de "poser des limites purement humaines aux avancées de la science", selon la présidente de la commission spéciale au projet de loi, Agnès Firmin-Le Bodo. Cette idée de concilier science et société est l'une des pierres angulaires du projet de loi, et, preuve en est, l'expression est largement reprise et agrémentée par les députés au fil de leurs interventions. "Pour que cette démarche soit fructueuse, elle nécessite des débats, certes, de l'apaisement, à n'en pas douter, et beaucoup de respect. C'est cet esprit qui a présidé aux 110 heures de travaux de la commission spéciale que j'ai eu l'honneur de mener. Je gage que cet esprit régnera également tout au long des débats en hémicycle."

Respect, apaisement, dignité des débats : ces termes reviennent souvent, dans la bouche des parlementaires, en ce premier jour de discussions. Reste à voir si ces bonnes intentions seront confirmées à mesure que les débats rempliront l’hémicycle : ce mardi, à peine un quart des sièges étaient occupés.

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