Restrictions sanitaires, éloignement, barrière de la langue, visa : la famille du chilien Luis Felipe Zschoche, tué au Bataclan, a dû surmonter toute une série d'obstacles pour pouvoir être présente cette semaine à l'ouverture du procès des attentats du 13 novembre 2015.

Luis Felipe Zschoche Valle, a été tué au Bataclan avec sa compagne française, Cécile Misse.
Luis Felipe Zschoche Valle, a été tué au Bataclan avec sa compagne française, Cécile Misse. © AFP / Bruno Coutier

Dans un café calme du centre-ville de Viña del Mar, à 12 000 kilomètres de Paris, Nancy Valle tourne les pages d'un guide juridique et pratique rédigé par une association de victimes des attentats du 13 novembre. "Tout est en français", dit-elle en tentant de déchiffrer le chapitre sur les droits des parties civiles. "Je l'ai traduit du mieux que j'ai pu. Mais sans avocat, je ne comprends pas vraiment", admet décontenancée la retraitée chilienne. Elle a reçu le document de la part de la belle-famille de son fils, Luis Felipe Zschoche Valle, tué au Bataclan avec sa compagne française, Cécile Misse.

Six ans après les attentats, la famille de Luis Felipe sait peu de choses sur l'enquête qui a eu lieu en France. "Je n'ai pas eu accès aux informations qui concernent mon fils dans le dossier", explique Nancy. "Et puis nous n'appartenons à aucune des associations de victimes créées en France", poursuit-elle, "car nous sommes très loin et il est compliqué pour nous de participer", notamment à cause du décalage horaire et de la barrière de la langue.

"Nous n'avons pas été prévenues officiellement"

Nancy et sa fille Rosario Zschoche sont finalement arrivées à Paris début septembre, mais jusqu'au dernier moment, elles n'étaient pas sûres de pouvoir être présentes au tribunal. Seule Nancy parle un peu le français, et aucune d'entre elles ne suit l'actualité en France. Elles souhaitent se constituer parties civiles, mais ce ne sera pas possible avant le deuxième jour du procès.

Comme elles n'avaient pas non plus d'avocat, c'est par la famille de Cécile Misse que Rosario et Nancy ont appris que les audiences allaient commencer.

"Les parents de Cécile ont contacté ma mère pour la prévenir, il y a deux ou trois mois", se remémore Rosario Zschoche, la sœur de Luis Felipe. "_Nous n'avons pas été informées de manière officielle_, ni par le consulat [français au Chili], ni par le ministère chilien des Affaires étrangères", s'étonne cette jeune quadragénaire. Pourtant, "nous sommes invitées chaque année à la cérémonie de commémoration des attentats. Je ne comprends pas pourquoi cette fois-ci nous n'avons pas été prévenues", regrette-t-elle.

Pass sanitaire et traduction des audiences

Le consulat français à Santiago les a finalement aidées à obtenir un sauf-conduit pour entrer en France, malgré les restrictions sanitaires. Mais elles se posent encore beaucoup de questions : "Le vaccin que nous avons [du laboratoire chinois Sinovac] n'est pas reconnu par le gouvernement français", s'inquiète par exemple Rosario, qui a aussi dû faire des démarches supplémentaires pour pouvoir voyager avec sa fille, trop jeune pour être vaccinée.

Enfin, la famille a appris que les parties civiles peuvent avoir accès à un interprète au tribunal, ce qui sera essentiel pour comprendre ce qui se dit lors des audiences. Mère et fille comptent y avoir recours dès que possible. Mais Rosario ne pourra rester à Paris que jusqu'à fin septembre. Ensuite, elle ne sait pas si elle pourra écouter dans sa langue maternelle, l'espagnol, la webradio mise en place pour les parties civiles.

De son côté, Nancy compte rester en France tout le long du procès, prévu pour durer jusqu'à la fin du mois de mai prochain.