Au procès du Mediator, le tribunal de Paris se penche sur la nature du médicament des laboratoires Servier. Accusés de "tromperie aggravée", les laboratoires réfutent avoir caché, dès le début des années 70, ses propriétés anorexigènes.

La salle d'audience du procès du scandale sanitaire du Mediator.
La salle d'audience du procès du scandale sanitaire du Mediator. © Maxppp / Luc Nobout

Non, le Mediator ne faisait pas maigrir, ou alors seulement un petit peu, de quelques kilos, rien à voir avec un anorexigène. C’est, en résumé, le credo d’Emmanuel Canet, le représentant des laboratoires Servier, interrogé pendant près de quatre heures à la barre au procès fleuve du scandale sanitaire, débuté fin septembre.

La voix douce mais ferme, la présidente du tribunal remonte aux origines du Mediator, alias SE 780, du nom de la molécule dérivée des amphétamines découverte par Servier en 1967. Sylvie Daunis déroule les études qui font, alors, état d’un effet anorexigène de la molécule, c'est-à-dire qui coupe l’appétit. Suivant les règles de la dénomination commune internationale, l’OMS la baptise en 1971 "benfluorex", avec le suffixe "-orex" pour anorexigène. Un nom que Servier tentera, en vain, de faire changer en 1973.

L'effet sur le poids "pas indiqué, car il était assez modeste"

Car la même année, Servier dépose une demande d'autorisation de mise sur le marché du médicament, sous le nom commercial de Mediator. Sont mis en avant des effets anti-diabiétiques. Toute référence à un quelconque effet coupe-faim a disparu. Pourquoi ? veut savoir la présidente. Le représentant de Servier assure que "ces études n’étaient pas très robustes, il y avait des problèmes de méthodologie ; d’autres, ultérieurement ont démenti cet effet anorexigène…" La présidente le coupe : "Non, pas d’ultérieurement. Restons sur ce qui était connu au moment de la mise sur le marché" recadre-t-elle. "L’effet sur le poids n’était pas indiqué, car il était assez modeste" explique Emmanuel Canet.

La discussion est centrale, car le Mediator, officiellement indiqué pour traiter le diabète, a été, justement, souvent prescrit comme coupe-faim, hors AMM, pendant plus de 30 ans. Sans que cela ne soit indiqué dans sa notice, pas plus que sa parenté avec les amphétamines, dont il est dérivé. "Est-ce que le mot amphétamine (dont les effets nocifs commençaient à être connus) était à éviter ?" demande Sylvie Daunis.

"Non. Il y a une filiation de structure… Mais la pharmacologie du benfluorex n’a rien à voir avec les amphétamines" répond fermement Emmanuel Canet. Point par point, le représentant des laboratoires réfute avoir caché quoi que ce soit. La dissimulation est en effet un point central pour caractériser l’infraction de tromperie aggravée.

La présidente connaît le dossier sur le bout des doigts

La présidente, qui maîtrise remarquablement le dossier, cite les études, montre tableaux et documents qui disent le contraire. Elle projette un polycopié où figurent des flèches, des noms de molécules, et des formules chimiques et qui convoque des souvenirs lointains de cours de physique-chimie au collège.

Les échanges sont parfois pointus. Dans la salle d’audience, les parties civiles ont largement déserté les bancs. On est pourtant ici au cœur même de l’affaire du Mediator : les laboratoires ont-ils sciemment banni, dès sa mise sur le marché, le terme "anorexiant", retardant d’autant les alertes sur ses effets délétères ? En empêchant notamment son retrait dès la fin des années 90, en même temps que les médicaments de même classe (Pondéral et Isoméride) ? C’est toute la question.

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