Beaucoup d'électeurs ont donné procuration en vain, le système n'a pas toujours bien fonctionné lors du premier tour de la présidentielle.

Bureau de vote
Bureau de vote © AFP / Benjamin Cremel

Impossible de savoir combien d'électeurs n'ont pas pu voter à cause d'un problème de procuration, le ministère de l'Intérieur reste silencieux sur ce sujet.

Mais de nombreux témoignages font état de dysfonctionnements. Une page Facebook a été créée et une carte interactive permet d'inscrire chaque cas. Une pétition pour l'annulation du scrutin du 23 avril a été lancée et sera adressée à Anne Hidalgo, à Paris.

A Toulouse, les commissariats et les gendarmeries ont envoyé les procurations aux mairies par la poste. Un millier vendredi et samedi, 2 300. Toutes ont été traitées en mairie, jusqu'à 1 h du matin dans la nuit de samedi à dimanche. Certaines procurations ne sont peut-être pas arrivées à temps, et la mairie concède que "manifestement un volume significatif de gens qui disaient avoir des procurations et qui n'étaient pas inscrits sur les listes d'émargement".

A Toulon une centaine de procurations ne serait pas arrivées à bon port et à temps.

A Strasbourg, 17 000 personnes n'auraient pas pu voter, car elles ont été rayées des listes électorales et n'ont pas reçu la notification à la bonne adresse. D'autres n'ont pas su à temps que la procuration qu'ils avaient faite n'était pas valide et n'ont donc pas pu la refaire.

Témoignages

Nina : "On m'a volé mon vote. Je suis allée faire ma procuration jeudi dans le XVIe arrondissement de Paris. Elle n'est jamais arrivée. Du coup, mon père a sacrifié son vote pour pouvoir me faire voter. Et c'est arrivé à un ami aussi dans le même quartier. Lui, il devait voter à Caen, moi à Toulouse. Sa mère a sacrifié aussi son vote pour faire entendre sa voix à lui. C'est assez fou de pas pouvoir voter en 2017 alors qu'on fait les démarches pour."

Thomas : "Je devais voter à Pau, j'étais à Paris, j'ai fait une procuration trois semaines avant le vote, qui a été validée. J'ai eu le récépissé au commissariat, j'ai appelé la préfecture pour me faire confirmer le fait que je pouvais voter. On m'a dit oui. Et finalement le jour du vote, la personne qui devait voter pour moi s'est aperçu que j'étais toujours inscrit sur le fichier central parce que j'avais vécu trois ans à l'étranger. Donc la personne qui voulait voter blanc a voté autre chose pour moi, pour pallier ce problème."

Bordeaux - bureau de vote de l'école Paul Latapie
Bordeaux - bureau de vote de l'école Paul Latapie © Maxppp

Stéphanie : "Je l'ai faite le 18 avril et on m'a assuré que ce serait à temps pour mon bureau de vote à Bordeaux. J'avais fait une procuration à ma mère, qui est dans le même bureau de vote que moi. Mais au moment du premier tour, on lui a dit qu'elle n'avait pas de procuration. Elle ne pouvait pas voter pour moi. Personne ne sait d'où ça vient, si ça vient de la préfecture du XIIIe arrondissement de Paris, là où j'ai effectué ma procuration, si ça vient de la Poste ou du bureau de Bordeaux. J'ai eu le bureau de Bordeaux au téléphone qui me dit qu'elle n'est au courant de rien. Je suis furax parce que j'ai quand même inscrit trois fois mon numéro de téléphone sur la procuration et je n'ai jamais été avertie de quoi que ce soit."

Pour celles et ceux dont le bureau de vote n'a tout simplement pas reçu le document de procuration, il faut se rendre dans le lieu où elle a été établie, récépissé en main, pour régulariser la situation.

Si vous n'avez établi votre procuration que pour la présidentielle, et que vous serez dans l'impossibilité de vous déplacer dans votre commune de rattachement pour voter aux élections législatives. Il vous faudra reprendre la procédure de procuration à zéro.

Ceux pour qui, même par procuration, le droit de vote reste théorique

Près de 46 millions d'électeurs sont inscrits, selon l’Institut national des statistiques et des études économiques (Insee). Pour nombre d'entre eux, l'exercice du droit de vote reste un peu théorique.

50 000 prisonniers majeurs dont moins de 1% arrivent finalement à voter par procuration ou se déplacer.

Il faut rajouter les sans domicile fixe, soit 113 000 personnes.

400 000 gens du voyage, auxquels il faut aussi ajouter les retraités dans des établissements loin de leur famille et les handicapés.

Ce sont les publics qui ont le plus de mal à exercer leur droit de vote, y compris par procuration.

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