Le 14 avril dernier, la loi pénalisant les clients de prostitué(e)s entrait en vigueur. Six mois après, elle a eu peu d'effet sur le terrain, et a même paupérisé la profession.

Prostituée dans le bois de Boulogne en 2011
Prostituée dans le bois de Boulogne en 2011 © Maxppp / Delphine Goldsztejn

Un peu plus de 250 personnes ont été verbalisées depuis la promulgation de la loi, avec une amende de 1.500 euros, et même 3.750 pour les récidivistes. Mais les travailleuses du sexe, elles, décrivent un quotidien qui s'est paupérisé. Non seulement les clients se font plus rares, mais ceux qui restent deviennent plus insistants.

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À l'arrière d'un vieux monospace, Daniella attend ses clients. Ses cheveux blonds tirés en arrière, maquillée, manucurée, elle vérifie par la fenêtre qu'il n'y a pas de policiers cachés dans le bois. Selon elle, ils sont là de plus en plus souvent. "Les clients, quand ils voient ça, ils ont un peu peur et ils préfèrent partir", explique-t-elle. La franco-péruvienne dit avoir perdu la moitié de sa clientèle depuis le mois d'avril. Et ceux qui restent veulent payer moins cher...

Ils essayent d'abuser, ils me disent : "je vais me manger une amende si je me fais attraper". Pour la fellation, c'était 30, la pénétration 40. Là, maintenant, il y a des clients qui veulent donner 10... On doit même prendre les tickets restaurants, parce qu'on n'a pas le choix !

Daniella est donc à l'affût de chaque proposition, quelle qu'elle soit. "Certains clients demandent si on fait sans capote ou pas. Des fois je dis oui, je peux pas venir ici, gaspiller l'essence, et partir sans rien. Après je regrette, mais je peux pas faire autre chose. Je sais pas faire autre chose."

La loi prévoit aussi un accompagnement de sortie de la prostitution, sauf qu'en six mois, ces mesures-là n'ont toujours pas été publiées. Elles devaient en principe être appliquées six mois avant la pénalisation des clients, c'est finalement l'inverse qui a été fait. Pour Tim Leicester de Médecins du Monde, "ça a rendu leur vie plus dangereuse".

Le ministère des Droits des Femmes promet qu'il travaille justement sur ces aides : leur promulgation serait "imminente".

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