Les États généraux psy sur la radicalisation, organisés par le Centre d’étude des radicalisations et de leurs traitements, se tiennent à Paris jusqu’à dimanche pour savoir où en est la compréhension des mécanismes de la radicalisation, notamment chez les adolescents et la façon de les traiter.

Les recruteurs passent beaucoup par les réseaux sociaux.
Les recruteurs passent beaucoup par les réseaux sociaux. © Maxppp / Image d'illustration.

Des dizaines de professionnels sont réunis à Paris sur quatre jours - du 7 au 10 novembre - aux États généraux psy sur la radicalisation pour échanger sur leur expérience. Tous ont été amenés à faire face à la violence terroriste de ces dernières années en particulier en 2015, lors de la série d’attentats en France, sans compter le mouvement rampant de radicalisation chez les jeunes.  

Alors, que proposer aux jeunes, par exemple, en voie de radicalisation, ou ceux qui étaient sur le point de partir en Syrie et qui ont été parfois rattrapés de justesse par leurs familles ? Le psychiatre Serge Hefez tente, dans son unité de thérapie familiale à l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière, de répondre à cette question. Il suit une quarantaine de jeunes pour tenter de les "soigner" de leur radicalisation bien qu’il ne s’agisse évidemment pas d’une maladie. "Non, la radicalisation n’est pas une maladie mais ce que montrent la plupart des études et ce que l’on a remarqué dans le service c’est que les jeunes qui se radicalisent présentent un certain nombre de failles de l’adolescence parfois assez importante et que la radicalisation est une sorte de tentative de sortir de ce malaise existentiel dans lequel ils sont", raconte Serge Hefez.

L’importance de la famille dans le processus

Selon le psychiatre, comme les jeunes sont radicalisés, ils ne ressentent pas le malaise existentiel dont ils souffrent et ne sont pas demandeurs d’aide. "Ce sont donc les parents, la famille, les proches qui le sont, et c’est en s’appuyant sur les dynamiques de ces familles qu’on arrive à atteindre des jeunes et qu’on arrive à leur faire sentir le malaise derrière leur radicalisation."

Toutes les familles sont différentes, "dans leur parcours, dans leur religion ; parfois ce sont des familles très unies, parfois elles ont eu des traumatismes catastrophiques dans le passé, d’autres ont l’air assez banales et assez tranquilles", mais les soignants ont souvent trouvé un phénomène commun, celle d’une emprise familiale autour du jeune. C'est un point de départ pour orienter le travail explique Serge Hefez. "Toutes ont une connotation un peu, je dirais, sectaire au sens où elles sont très repliées autour de l’adolescent dans des mécanismes d’emprise extrêmement fort."

La famille fonctionne "comme une secte"

Le service de la Pitié Salpêtrière travaille donc autour d’entretiens de thérapies familiales avec le plus possible de membres de l’entourage :  "C’est comme si l’adolescent était là pour soigner sa famille et que les troubles qu’il présente - et particulièrement ces phénomènes de radicalisation - étaient là pour donner du sens à cette histoire familiale". Selon le psychiatre, la famille fonctionne un peu "comme une secte". Ainsi les adolescents donnent le sentiment qu’ils cherchent "une autre secte". Ils trouvent alors en Daech des aspects sectaires dans son embrigadement, pour échapper à cette dynamique familiale. "La plupart des jeunes qu’on a vu se cherchaient un idéal ; une identité. On pourrait dire que cette bulle qu’a créé le groupe Etat Islamique en Syrie, un état géographique, a créé une sorte de mirage qui a attiré beaucoup de jeunes souvent idéalistes" conclut Serge Hefez. 

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