Barbie fête ses 60 ans le 9 mars et elle continue d'habiter les chambres de petites filles. En 2019, elle sera astrophysicienne. Tous les costumes que la marque Mattel lui a fait endosser - pilote d'avion, candidate à la présidence de la République - ne l'ont pas libérée du cliché de la fashionista ou de la bimbo.

Mattel a annoncé un contrat de licence avec National Geographic pour la création de poupées Barbie chercheuses ou exploratrices
Mattel a annoncé un contrat de licence avec National Geographic pour la création de poupées Barbie chercheuses ou exploratrices © Mattel

Si Barbie est née, c'est bien parce que la co-fondatrice de Mattel, Ruth Handler, a voulu donner à sa fille autre chose qu'un poupon pour jouer à la maman pendant que son fils jouait à devenir astronaute ou cowboy. Ainsi naquit en 1959 la poupée blonde de 28 cm de haut, au physique de jeune femme, un choc au pays du nian-nian. 

58 millions de poupées plus tard, et après avoir conquis 150 pays, Barbie pourrait se vanter d'être une femme d'avant-garde. Dès 1965, elle était astronaute. En 1980, elle pouvait être noire. Mattel l'a voulu présidente de la République, scientifique, vétérinaire, informaticienne, commandant de bord dans les avions, tout autant que fiancée de Ken, fashionista, pâtissière, infirmière, etc... Pour les 60 ans, Mattel annonce une Barbie astrophysicienne dans le cadre d'un contrat de licence avec National Geographic, après avoir imaginé qu'elle pouvait être handicapée en fauteuil roulant, athlète voilée et également jeune femme aux rondeurs réalistes. 

Malgré cela, aucune des aventures de Barbie, même si ces concepteurs s'en défendent, n'a réussi à faire un sort à cette image de femme superficielle, archétype de la victime-de-la-mode, riche et oisive. Et si on voulait aller au bout de notre logique, le succès de Barbie n'a rien changé au manque de mixité qu'on constate dans certains métiers : si on prend un pays comme la France, nombre d'activités restent le pré carré des hommes. Les métiers liés à la recherche & développement (R&D) ne comptent que 30% de personnel féminin. Dans le BTP, 12% des salariés sont des femmes en France.

"Dire que la science, ça peut-être girly, c'est inefficace"

Isabelle Collet, chercheuse en sciences de l'éducation à l'université de Genève a regardé ce parcours de près et remarque que "lorsque Barbie est devenue informaticienne en 2010, il y a même eu le livre de ses aventures". Elle raconte l'histoire : "Ça racontait que Barbie devait faire le design d'un jeu vidéo, mais malheureusement son ordinateur a attrapé un virus. Heureusement un expert en informatique, qui contrairement à Barbie, sait programmer, est venu la dépanner et elle a pu continuer. En résumé, c'est à l'homme que revenait le rôle de celui qui allait remettre le monde en ordre, pour que la gentille Barbie continue à concevoir son jeu", décrypte la chercheuse

Sur la science, il y a aussi une volonté de changer les choses mais ça ne marche pas. "Pour moi, Mattel repeint la science en rose avec Barbie et ça ne marche pas. Dire que la science, ça peut-être girly, c'est inefficace et revient à faire comme s'il y avait une science pour les filles et une autre pour les garçons, une science pour faire des cosmétiques et une autre plus sérieuse et plus utile pour les garçons. Donc les pratiques de Barbie sont tout à fait contre-productives pour amener les filles à sortir des stéréotypes". Les rôles de modèles possibles endossés par Barbie ne suffisent donc pas. 

Barbie n'arrive pas au bon moment dans la vie des enfants

"Quand on dit aux adolescents que les métiers n'ont pas de sexe, ils n'ont aucune raison de nous croire car le monde leur dit l'inverse. Donc c'est à ce moment-là qu'il faut arriver à les convaincre. Quand ils sont enfants, il n'y a pas d'enjeu, ce n'est pas l'heure de l'orientation. Donc les filles peuvent facilement se dire qu'elles deviendront cosmonautes à 8 ans, et avoir oublier cela à 15 ans", poursuit Isabelle Collet. 

Les stéréotypes à l'oeuvre depuis la naissance font qu'à l’adolescence, les rêves se sont rétrécis et le champ des possibles est balisé, peu importe qu'on ait joué à Barbie astrophysicienne ou scientifique. 

Isabelle Collet note que Lego et Playmobil "jouent beaucoup mieux la carte de la mixité. Ils ont commercialisés des figurines de femmes scientifiques, notamment après la sortie du film Les figures de l'ombre. Ce sont des femmes qui ont existé, et puis elles sont parmi d'autres hommes, à égalité. Alors qu'il existe des tas de Barbie qui côtoient d'un seul homme, unique et référent, le célèbre Ken. Donc au final Barbie véhicule plus des valeurs domestiques, des références plastiques pour les futures femmes".

Lego a en effet commercialisé un set de personnages scientifiques, représentant Nancy Grace Roman, à l'origine du télescope Hubble, de Margaret Hamilton dont les logiciels ont permis l'alunissage d'Apollo 11, de Sally Ride et Mae Jemison, les premières américaines et afro-américaines dans l’espace. 

Lego et sa série de femmes scientifiques
Lego et sa série de femmes scientifiques / Lego

Barbie en 10 dates

Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.