La plateforme permet de recenser les fameux "cas contacts", qui ont fréquenté une personne atteinte du Covid 19. Comment fonctionne-t-elle ? Qui y a accès ? Est-ce qu'elle respecte la vie privée ? France Inter fait le point.

L’outil "Contact Covid" est une plateforme mise à la disposition des professionnels de la santé.
L’outil "Contact Covid" est une plateforme mise à la disposition des professionnels de la santé. © AFP / Voisin / Phanie

"Contact Covid": c'est grâce à ce fichier informatique, opérationnel depuis mercredi dernier après publication d'un décret, que des cas d'infection au coronavirus ont pu être signalés dans un abattoir du Loiret. À la suite de ces signalements, une équipe de dépistage de l'Agence régionale de santé et du CHR d'Orléans s'est rendue sur place et a pu constater l'existence d'un "cluster" (cas groupé de contaminations.) Bref, "Contact Covid" --à ne pas confondre avec l'application StopCovid qui n'est pas encore sortie-- a permis une certaine réactivité. Que faut-il savoir sur ce nouvel outil, et quelles questions pose-t-il ?

Qui peut utiliser "Contact Covid" ?

L’outil "Contact Covid" est une plateforme mise à la disposition des professionnels de santé uniquement. Cela inclut les médecins, les laboratoires de biologie médicale, les pharmaciens, mais aussi les agents habilités de l’assurance maladie et des Agences régionales de santé (ARS). 

Comment ça fonctionne ?

"Contact Covid" se présente sous forme d’une base de données. Tout part en fait du médecin : si vous êtes testé positif au coronavirus, ce dernier enregistre, avec votre consentement, toutes les personnes avec qui vous êtes entré en contact jusqu’à deux jours avant le début des symptômes : votre entourage professionnel, amical, familial etc.

Puis, les plateformes mises en place par l’assurance maladie dans chaque département complètent le travail du médecin en appelant ces personnes dites "contact", pour les informer de la conduite à tenir.

Enfin, les Agences régionales de santé repèrent et traitent les chaînes de contamination, gèrent les concentrations de cas positifs au sein d’une localité ou d’un groupe de personnes. C'est ce qui s'est passé vendredi dans un abattoir du Loiret, où trente-quatre cas de contamination au Covid-19 ont été avérés. 

"La stratégie, c’est comment on casse et on brise les chaînes de contamination. C’est la seule stratégie possible pour lutter contre cette épidémie", expliquait sur notre antenne Nicolas Revel, le directeur général de la Caisse nationale d'assurance maladie (Cnam).

Qui sont les "cas contacts" répertoriés dans la base de donnée "Contact Covid" ?

Sont considérés comme des "contacts à risque" par les autorités : 

  • Une personne qui a partagé le même lieu de vie que le cas confirmé ou probable.
  • Une personne qui a eu un contact direct avec un cas, en face à face, à moins d’un mètre, quelle que soit la durée.
  • Une personne qui a prodigué ou reçu des actes de soins ou d’hygiène de la part d'un cas confirmé ou probable.
  • Une personne qui a partagé un espace confiné (bureau ou salle de réunion, véhicule personnel…) pendant au moins 15 minutes avec un cas.
  • Un élève ou un enseignant de la même classe scolaire que celle d'un cas confirmé ou probable.

Que se passe-t-il si les enquêteurs m'informent que j'ai été en contact avec une personne infectée ?

Vous êtes invité à vous isoler, que vous présentiez ou non des symptômes. Vous pouvez aussi vous voir délivrer un arrêt de travail par l'assurance maladie, qui couvrira la durée de l'isolement. Vous serez en outre testé, et même si le résultat est négatif, vous devrez respecter des mesures sanitaires, car la contagion est possible jusqu'à 48 heures avant les premiers signes du coronavirus.

L’Assurance Maladie se charge aussi de vous fournir une liste des laboratoires où réaliser des tests, près de chez vous. Elle s’assure aussi que vous puissiez aller retirer des masques de type chirurgicaux en pharmacie, remis dans ce cas gratuitement.  

Faut-il s'alarmer des données qui remontent de "Contact Covid" pour le moment ?

"À ce jour, les données qui nous remontent ne montrent pas d’alerte particulière", rassure Daniel Lévy-Bruhl, médecin épidémiologiste à Santé Publique France, interrogé par France Inter. "Nous observons cependant de petits clusters, des cas groupés de contaminations. C’était attendu, dans la mesure où la levée partielle du confinement va entraîner une reprise des contacts sociaux et professionnels qui va conduire à des contaminations."

Selon lui, tout l’enjeu est maintenant de maintenir cette reprise de la circulation du virus à un niveau "acceptable, par rapport en particulier aux capacités du système hospitalier."

Où mes informations sont-elles conservées et qui y a accès ?

Les données sont enregistrées et conservées par les médecins généralistes, les enquêteurs sanitaires de l’assurance maladie et les Agences régionales de santé (ARS).

Y ont accès, en premier lieu, vous et votre médecin. Les résultats sont "transmis à un nombre limité et contrôlé de professionnels en charge des enquêtes sanitaires" , indique le ministère de la Santé. Soit l'assurance maladie, les Agences régionales de santé mais aussi Santé Publique France, l'agence nationale de santé publique.

Deux autres professions de santé ont aussi accès à ces informations : les laboratoires de biologie ou autres structures en charge de conduire les tests et les pharmaciens en charge de la délivrance des masques. Dans les deux cas, que ce soit pour les tests ou pour les masques, votre présence dans la base de donnée "Contact Covid" vaut prescription. 

Est-ce que ça respecte mes données personnelles ?

Les enquêteurs de l'assurance maladie (des personnels médicaux et administratifs), chargés de démarcher les cas contacts, sont soumis au secret médical. En outre, "l’identité de la personne infectée n'est communiquée à ses cas 'contacts' qu’avec son consentement", assure le ministère de la Santé.

De son côté, la CNIL (Commission nationale de l'informatique et des libertés) estime le dispositif conforme au RGPD (règlement général sur la protection des données), "si certaines garanties sont respectées." Pour l'organisme, ces fichiers sont ainsi "nécessaires à la mise en place de la politique sanitaire", mais il est primordial que cette nécessité "soit régulièrement réévaluée."

En outre, Marie-Laure Denis, la présidente de la CNIL, a annoncé qu’elle diligenterait des contrôles dans les semaines suivant la mise en place de ces nouveaux fichiers. 

Est-ce que "Contact Covid" a un rapport avec "StopCovid", dont on entend beaucoup parler ?

Non, rien à voir. StopCovid est le nom du projet d'application pour smartphone du gouvernement. Une application au développement laborieux, qui devrait sortir le 2 juin. StopCovid devrait fonctionner grâce au bluetooth et permettre, lorsque vous découvrez votre contamination, de prévenir automatiquement les autres utilisateurs que vous avez croisé récemment.

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