Dix comas, dont un mortel, depuis la fin de l'année 2017 : les données de la préfecture de police de Paris sur les conséquences de la consommation de la GBL, un solvant détourné en drogue, cousine du GHB, notamment dans des établissements de nuit parisiens, inquiètent les autorités.

Associée à l'alcool, la GBL peut être mortelle
Associée à l'alcool, la GBL peut être mortelle © Maxppp / Philippe Labrosse

Euphorie, désinhibition, sentiment de bien-être, intensification des perceptions... Depuis quelques années, la GBL (gamma-butyrolactone), un solvant industriel cousin du GHB, est détournée de son usage originel à des fins récréatives, avec des conséquences parfois dramatiques, pouvant aller jusqu'à la mort.

La GBL, c'est quoi ?

Contrairement au GHB, surnommé "la drogue du violeur", la GBL n'est pas sur la liste des stupéfiants, bien qu'elle soit interdite à la vente et à la cession au public depuis 2011. Une fois ingéré, ce solvant industriel très répandu est métabolisé en GHB par le corps humain, c’est pourquoi son usage a été détourné en drogue. Son utilisation professionnelle, par l'industrie de la peinture notamment, rend difficile, voire impossible, son interdiction pure et simple. C'est pourquoi l'Etat a pris en 2011 un arrêté réglementant son commerce. 

Néanmois, sur internet, il est toujours possible d'en commander et de s'en faire livrer à domicile moyennant quelques dizaines d'euros pour un litre de produit.

Pourquoi est-elle si dangereuse ?

L’usage du GHB peut entraîner des vertiges, des nausées, des contractions musculaires ou des hallucinations, détaille le site drogues.gouv.fr. Il suffit d'une quantité infime de GBL pour en ressentir les effets, généralement entre 0,25 ml et 2 ml par prise. Les consommateurs doivent donc s'astreindre à un dosage extrêmement précis et espacer leurs prises, d'une durée généralement estimée à une heure, pour éviter le risque de surdose.

Autre danger : la consommation simultanée d'alcool, y compris à des doses modérées, car elle majore le risque de coma, toujours selon le site drogues.gouv.fr. À trop fortes doses, et/ou consommée avec de l'alcool, la GBL devient un sédatif et un dépresseur respiratoire, qui peut entraîner une perte de conscience, communément appelée "G-hole", pouvant aller jusqu'au coma voire au décès. 

De plus, bien que les effets de la GBL soient très proches de ceux du GHB, ils montent de manière plus progressive et durent plus longtemps. Cette attente, plus longue, de l’arrivée des effets de la GBL peut entraîner une multiplication des prises avec un risque de surdosage.

Pourquoi inquiète-t-elle les autorités ?

La consommation de GBL n'est pas nouvelle en France : "Elle se pratique depuis des années par la communauté gay, qui connaît bien ce produit", explique Nicolas Buonomo, coordinateur de Fêtez Clairs, un dispositif de prévention en milieux festifs à Paris. 

Selon l'Observatoire français des drogues et des toxicomanies, "depuis environ deux ans, le GHB/GBL connaît une nouvelle diffusion dans les clubs". Son usage concerne aujourd'hui une population mixte (filles et garçons) et de plus en plus jeune (17-25 ans), précise l'Observatoire, qui voit en eux des nouveaux usagers qui n'ont qu'une faible connaissance du produit et des risques.  Le nombre de comas signalé a ainsi doublé entre 2014 et 2017, selon l'Observatoire, alors que, ne serait-ce qu'à Paris, le nombre de comas pourrait atteindre 50 à 100 pour l'année 2018, contre une dizaine à peine il y a deux ou trois ans, selon les chiffres de la préfecture de police.

Quels sont les cas recensés dernièrement ?

L'absorption volontaire ou involontaire de GBL a causé, depuis la fin 2017, dix comas chez des jeunes âgés de 19 à 25 ans dans des établissements de nuit parisiens, selon des données de la préfecture de police. Le 10 mars, au Petit Bain, un établissement du XIIIe arrondissement, la soirée a même viré au drame lorsque deux jeunes sont tombés dans le coma après avoir ingéré des liquides dans des bouteilles ne leur appartenant pas. Après plusieurs semaines d'hospitalisation, l'un d'eux est récemment décédé. Fin décembre déjà, aux Nuits Fauves, autre établissement de nuit du XIIIe arrondissement, deux femmes et un homme étaient tombés dans le coma.

Que font les autorités ?

Le 22 mars dernier, le collectif Action Nuit, un regroupement d'exploitants d'établissements du secteur de la nuit, a réclamé l'aide des pouvoirs publics. Sur les réseaux sociaux, les organisateurs des soirées multiplient les messages de prévention. 

Le préfet de police de Paris, Michel Delpuech, s'est engagé à réfléchir aux moyens de "limiter la vente de ces produits ou leur accès facile, notamment par internet", et plus largement à sensibiliser le grand public aux dangers du GBL. Le préfet rappelle cependant qu'il appartient aux responsables des établissements de nuit de faire respecter l'interdiction de consommation de produits stupéfiants à l'intérieur de ces lieux. Le non-respect de ces dispositions peut donner lieu à une fermeture immédiate des établissements concernés : après l'incident survenu aux Nuits Fauves, le préfet de police avait pris un arrêté en urgence pour fermer le club parisien.

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