À plusieurs reprises, depuis quelques jours, le ministre de l'Éducation a mis en avant des chiffres confus sur la circulation du virus dans les établissements scolaires. On a essayé de remonter le fil.

"On se contamine moins en milieu scolaire que dans le reste de la société", affirmait Jean-Michel Blanquer dimanche sur LCI.
"On se contamine moins en milieu scolaire que dans le reste de la société", affirmait Jean-Michel Blanquer dimanche sur LCI. © Capture d'écran LCI

Quelle est la situation sanitaire à l'école ? Une question à enjeu, notamment pour le gouvernement et le ministre de l'Éducation qui considèrent, depuis plusieurs mois maintenant, que la fermeture des établissements ne doit intervenir qu'en ultime recours. "On se contamine moins en milieu scolaire que dans le reste de la société", affirme-t-il. Alors que les études portant sur la circulation du virus en milieux scolaires dans le monde peuvent apparaître assez contradictoires, les données du ministère de l'Éducation sur la question étaient attendues de pied ferme. Problème : le ministre confond notamment deux indicateurs clés bien distincts, le taux d'incidence et le taux de positivité.

Confusion 

Tout est parti d'un entretien, vendredi, sur BFMTV. Le ministre Blanquer indique que les tests réalisés à l'école "donnent un taux de contamination", c'est-à-dire un taux de positivité, "de 0,5%". Premier souci, le journaliste vedette de RMC Jean-Jacques Bourdin relance le ministre, mais avec une erreur dans sa question : il ramène ce taux de positivité (qui indique le pourcentage d'enfants contaminés sur le nombre d'enfants testés) à une échelle "pour 100.000" comme s'il s'agissait d'un taux d'incidence, qui mesure la circulation du virus dans une population donnée qu'elle se fasse tester ou non. Deuxième souci : Jean-Michel Blanquer ne le corrige pas. 

Mauvaise définition

Ce passage, qui a laissé planer une inquiétude (compréhensible) appelait donc à clarification. Dans quelle mesure la Covid circule-t-elle à l'école ? Sur LCI dimanche, la journaliste Amélie Carrouër a donc tout naturellement de nouveau interrogé Jean-Michel Blanquer à ce sujet. "Quel est le taux d'incidence, aujourd'hui, dans les écoles françaises ?", questionne-t-elle. Et le ministre de s'emmêler les pinceaux : "Il est de 0,35", répond-il, comme s'il s'agissait d'un taux de positivité et avec un chiffre légèrement différent que celui évoqué deux jours plus tôt. 

Puis Jean-Michel Blanquer embraye : "Le taux d'incidence, c'est le nombre de personnes positives sur le nombre de personnes testées. Il y en a un pour la population française, il y en a un pour la population scolaire. Il faut être très prudents quand on parle de ces chiffres puisqu'en gros, il s'agit du nombre de gens positifs quand on est testé, donc il faut voir qui est testé." C'est ce qui s'appelle un grand cafouillage...

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Le taux d'incidence, contrairement à ce qu'il indique, n'est pas le rapport entre le nombre de personnes positives et le nombre de personnes testées mais bien le nombre de personnes positives rapporté à la taille de la population, pour permettre de comparer des entités géographiques de tailles différentes. 

Il est exprimé depuis le début de la crise sanitaire pour 100.000 habitants et est, actuellement, en France, d'environ 277 nouveaux cas de Covid-19 pour 100.000 habitants. De plus, à notre connaissance, aucun taux d'incidence n'est calculé pour la population scolaire en particulier

Ce qu'il y a derrière le chiffre 

Mais alors, que veut dire Jean-Michel Blanquer ? Que signifie ce "0,35 à 0,5 %" ? Ce chiffre correspond en réalité au taux de positivité des tests salivaires effectués dans le primaire (écoles maternelles et élémentaires), confirme le cabinet du ministre à France Inter. Et non au taux d'incidence. Il y a donc environ 0,5% des enfants testés qui sont positifs à la Covid-19. 

Un peu plus tard, Jean-Michel Blanquer précise qu'on "est vraiment toujours entre 0,35% et 0,5% chaque semaine", un chiffre "raisonnable", dit-il, alors que, selon lui, lors des tests aléatoires effectués en population générale "vous êtes très souvent entre 1 et 2%". Au total, 300.000 tests sont "proposés" chaque semaine dans ces établissements, avec un taux d'acceptation d'environ 70%, précise le ministère.  

Ce chiffre, en revanche, ne prends pas en compte les collèges et les lycées, confirme le cabinet du ministre. Dans ces établissements du second degré, seuls des tests antigéniques nasopharyngés (avec le grand coton-tige) sont proposés et le taux d'adhésion est beaucoup moins important, environ 20 à 30 % maximum. Sans doute pas assez représentatif pour en tirer un indicateur. Enfin, il semblerait que les collégiens et lycéens, en cas de symptômes, aient plus tendance à se faire tester directement auprès d'un laboratoire. 

Le flou de la "population scolaire"

"Être entre 0,35 et 0,5 en population scolaire, ça montre bien qu'il y a un peu moins de contaminations qu'en population générale. (...) On se contamine moins en milieu scolaire que dans le reste de la société", a encore affirmé Jean-Michel Blanquer sur LCI. Or, cette déclaration entretient la confusion sur la "population scolaire". Comme nous l'expliquions plus tôt, les collèges et les lycées ne sont pas inclus dans ce chiffre. 

Ce week-end, dans le Journal du dimanche, Arnaud Fontanet soulignait que les établissements scolaires sont "le talon d'Achille assumé du dispositif actuel" et leur ouverture comme "un risque". "Avoir un collégien ou un lycéen chez soi accroit de 30 % le risque d'être infecté", précisait-il, d'après l'étude ComCor de l'Institut Pasteur dont il fait partie. 

"On n'a pas observé d'augmentation de risque avec un enfant en primaire, mais c'était avant l'arrivée du variant anglais. Le dédoublement des classes de lycée par groupes va dans le bon sens. Mais il faut vraiment y réfléchir pour les collèges", ajoutait l'épidémiologiste, membre du Conseil scientifique.  

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