Craignant de se mettre à dos les associations de harkis et de pieds-noirs, Emmanuel Macron hésite à faire entrer Gisèle Halimi au Panthéon. L'Élysée fait valoir que, lors de la panthéonisation d'une personnalité, la règle est de ne froisser personne. Ce qui, d'un point de vue historique, n'a pas toujours été le cas.

  Les cendres d'Émile Zola ont été transférées au Panthéon en 1908, six ans après la mort de l'écrivain
Les cendres d'Émile Zola ont été transférées au Panthéon en 1908, six ans après la mort de l'écrivain © AFP / Rosine Mazin

Gisèle Halimi sera-t-elle panthéonisée ? Emmanuel Macron pourrait bien renoncer à faire entrer la dépouille de la célèbre avocate au sein du monument qui accueille les grands personnages de l'histoire de France, comme nous vous le révélions dans cet article. L'Élysée craint en effet qu'au vu des engagements de Gisèle Halimi pendant la guerre d'Algérie, son entrée au Panthéon suscite la colère de certaines associations de harkis et de pieds-noirs. Fervente partisane de la cause anticoloniale, l'avocate a notamment défendu des militants du FLN. Argument mis en avant par l'Élysée : une panthéonisation doit rassembler et, surtout, ne froisser personne. Ce qui, historiquement, n'a pas toujours été le cas : en son temps, le transfert des cendres d'Émile Zola avait également suscité une âpre controverse. Retour en arrière. 

Querelle politique

Émile Zola entre au Panthéon le 4 juin 1908, soit six ans après sa mort. Le capitaine Alfred Dreyfus - dont il a pris la défense dans son célèbre "J'accuse...!"- a été réhabilité en 1906 par la cour de Cassation. Aussitôt, la Chambre des députés décide de transférer les cendres de l'écrivain sur la montagne Sainte-Geneviève, aux côtés des dépouilles de Victor Hugo, Voltaire et Jean-Jacques Rousseau. Mais ce choix ne fait pas l'unanimité, loin s'en faut. La droite nationaliste, antidreyfusarde, s'y oppose vigoureusement. "Messieurs, on nous demande 35 000 francs pour porter Zola au Panthéon, je crois que nous n'aurons jamais meilleure occasion de faire des économies", tonne à la tribune de l'Assemblée Maurice Barrès, figure de proue du nationalisme, alors que les parlementaires débattent des crédits nécessaires au transfert des cendres. 

"J'accuse...!", l'article rédigé par Émile Zola, est publié le 13 janvier 1898 dans le journal L'Aurore
"J'accuse...!", l'article rédigé par Émile Zola, est publié le 13 janvier 1898 dans le journal L'Aurore © Getty / Keystone-France

Tentative d'assassinat

La veille de la panthéonisation, des manifestants nationalistes encerclent le Panthéon, tentant d'empêcher la cérémonie. Celle-ci se tient néanmoins sous un soleil rayonnant, ce 4 juin 1908, en présence du président de la République Armand Fallières et du chef du gouvernement Georges Clémenceau. La Marseillaise résonne dans la nef du monument, suivie de la Marche funèbre de Beethoven. Quand soudain, l'assistance entend deux coups de feu : on vient de tirer sur Alfred Dreyfus. Celui-ci n'est que légèrement blessé au bras. Le tireur est un journaliste, Louis Grégori, qui déclare n'avoir pas supporté l'humiliation infligée à l'armée française. Jugé, il sera finalement acquitté. Cent treize ans plus tard, la présence d'Émile Zola au Panthéon apparaît pourtant comme une évidence.