L'Inspection générale de l'administration (IGA) dénonce une manipulation des statistiques de la délinquance, dans un rapport remis aujourd'hui à Manuel Valls. La cause : une politique du chiffre mise en place depuis 2006.

L'enquête menée par l'IGA à la demande de Manuel Valls est claire dans ses conclusions : il y a des dérives dans l'enregistrement des plaintes liées à la délinquance.

Elle est claire aussi dans son analyse du phénomène qui date de 2006. C'est la politique du chiffre , mise en place par Nicolas Sarkozy, ministre de l'intérieur puis président de la République, qui "a largement contribué à cette absence ou ce désengagement du contrôle de l'enregistrement (des plaintes".

A son arrivée place Beauvau, Manuel Valls avait justement prévenu qu'il allait mettre fin à cette "course effrénée aux chiffres".

Pratiques généralisées

Les chefs de service, placés entre l'injonction d'afficher de bons résultats et l'impératif de contrôler la bonne application du guide méthodologique statistique, privilégiaient souvent la première option.

Voilà ce que note le rapport qui ajoute que "certaines directives ont pu contribuer à minorer fortement les statistiques."

L'IGA cite deux directives qui ont fait "sortir, dès 2007 et les années suivantes, près de 130 000 faits" des chiffres officiels.

Les explications de Sara Ghibaudo

L'exemple du "report systématique"

Le rapport s'est penché sur les pratiques de la Préfecture de police de Paris. Là, depuis 2006, l'IGA constate le "report systématique" de la comptabilisation des faits dès que les objectifs assignés à un commissariat sont atteints pour le mois.

En clair, quand le quota de plaintes est rempli, les policiers attendaient le mois suivant pour rentrer d'autres actes.

Les statistiques avaient ainsi perdu tout contenu opérationnel, n'indiquant plus la réalité de la délinquance.

De nouveaux outils

Pour mettre un terme à ces dérives, la gendarmerie et la police s'équipent de nouveaux logiciels. Celui de la gendarmerie s'appelle Pulsar et a été déployé en janvier 2012.

Le résultat ne s'est pas fait attendre : les chiffres de la délinquance sont passés de 35 000 en 2011 à 50 000 en 2012, soit entre 3,5 et 5% de hausse.

Cette explosion des chiffres a alimenté les critiques de l'opposition qui dénonce le "laxisme" du gouvernement. L'IGA prévient que le déploiement du logiciel de traitement automatisé des statistiques chez la police "va engendrer dans un premier temps au moins autant d'écart".

Du coup, le rapport préconise la mise en place d'un Service statistique ministériel pour avoir, enfin, des chiffres fiables.

Invité du 13h, Christian Mouhanna, sociologue, spécialiste des questions de criminalité, de sécurité et de politique pénale. La politique du chiffre a-t-elle un intérêt ?

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