Ça, c'est notamment l'expression préférée des sportifs. Des sportifs quand ils gagnent. Les tennismen, les footballeurs... Quand ils perdent ils disent que l'arbitre les avait dans le nez ou bien qu'ils avaient mal au ventre, mais quand ils gagnent, maintenant, c'est « la » phrase obligée : « C'est que du bonheur » !

Et nous, d'emblée, on s'interroge. D'abord, le mot choisi ne serait-il pas un peu exagéré ? Parce qu'au dessus du bonheur, franchement, y a pas grand chose, à part peut-être l'extase ou la béatitude... Ensuite, n'est-ce réellement « que du bonheur » ce que ressentent les sportifs qui gagnent ? N'est-ce pas également de la joie ? Ou bien alors de la fierté ? Du point de vue de la grammaire, la formule n'est d'ailleurs pas très correcte. On devrait dire « ça n'est que du bonheur ». Mais quand on est heureux, au diable la grammaire ! Comme quand ma vieille voisine parle de son caniche abricot. « C'est que de l'amour ces petites bêtes-là », elle dit ça, ma voisine, alors que son affreux Bibi – Bibi c'est le prénom du toutou, montre les dents dès qu'on approche. Un jour, il m'a même chiqué le talon. Drôle de conception de l'amour... Et drôle de conception du bonheur si l'on considère à quel point l'expression est aujourd'hui passée dans le langage courant. Un comédien qui reçoit un César ? « C'est que du bonheur » ! La naissance d'un enfant ? « C'est que du bonheur ! » Idem pour l'anniversaire d'un pote ou pour le hachis parmentier de la cantine... Si l’on écoute comme on nous parle, la France serait ainsi le paradis sur terre, n'importe quel moment sympa donnant lieu désormais à des « que du bonheur »... « Ce qui est, de toute évidence, une allusion sexuelle », m'a assuré sans rire une amie très portée sur la psychanalyse. Quand on est petit, sur les manèges, on attrape la queue du Mickey. Ensuite, quand est grand, on cherche la queue du bonheur... » Une explication séduisante mais qui peut sembler néanmoins quelque peu fumeuse... En fait, à bien y réfléchir, il apparaît que l'expression est plutôt une illustration de la bien connue méthode Coué ! Comme quand la droite affirme qu’elle peut encore gagner les régionales… Le bonheur n'étant jamais sûr et surtout jamais très durable, ceux qui lancent la formule à tout bout de champ le font vraisemblablement pour se persuader qu'ils sont effectivement heureux, alors qu'il s'agit bien souvent d'un bonheur factice. Comme celui que nous infligent certains animateurs de la télévision... Les Nagui, les Arthur et autre Benjamin Castaldi... A l'origine, elle vient d'eux, l’expression ! Eux qui osent affirmer devant un public consterné mais contraint d’applaudir : « Ce soir, nous recevons Jean-Luc Lahaye, Lova Moor, Jean-Marie Bigard et Régine... En somme, que du bonheur ! » Sincèrement, si c'est ça le bonheur, j’aime autant l'amour vache avec Bibi, le caniche abricot de ma voisine ! Chronique (Gimmick) du 18/03/2010 dans "Comme on nous parle"

Mots-clés :
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.