Cours de SVT, discussion avec un prêtre ou débat avec une conseillère du Planning familial, l'éducation sexuelle, pourtant obligatoire, reste encore peu encadrée et souvent négligée dans les établissements scolaires. Élèves, enseignants et associations racontent.

25% des écoles primaires, 11% des lycées, 4% des collèges déclarent ne jamais avoir mis en place de séance d'éducation sexuelle
25% des écoles primaires, 11% des lycées, 4% des collèges déclarent ne jamais avoir mis en place de séance d'éducation sexuelle © Radio France / Julien Mougnon

Depuis 2001, l'éducation sexuelle est inscrite dans la loi. L'article L312-16 du code de l’éducation prévoit qu'une "information et une éducation à la sexualité sont dispensées dans les écoles, les collèges et les lycées à raison d'au moins trois séances annuelles." En juillet 2018, Marlène Schiappa, secrétaire d'État chargée de l'égalité entre les femmes et les hommes, a annoncé l'envoi d'une circulaire aux recteurs d'académie pour appliquer cette loi déjà existante. Les thèmes à aborder sont la contraception, les maladies sexuellement transmissibles, la puberté ou encore les préjugés sexistes et homophobes. 

Mais la circulaire reste peu appliquée. D'après une enquête  réalisée par le Haut conseil à l'égalité entre les femmes et les hommes (HCE) en 2016, 25 % des écoles élémentaires, 11 % des lycées et et 4 % des collèges déclarent n'avoir mis en place aucune action ou séance d'éducation sexuelle. "Encore trop souvent, dans les établissements, on considère que la sexualité est obligatoire quand on parle de reproduction en Sciences de la vie et de la terre. Mais ce n'est pas ça la sexualité", estime Margaux Collet. Co-porte-parole d'Osez le féminisme intervenant dans les établissements pour des cours d'éducation sexuelle, elle a notamment participé à l'enquête du HCE. 

Prêtre, intervenants âgés ou refus des professeurs

La notion de consentement et la sexualité, Amélie*, 16 ans, les a apprises grâce à des "comptes féministes" sur les réseaux sociaux. Élève dans un établissement privé des Hauts-de-Seine, une séance d'éducation à la vie affective et sexuelle payante lui a été proposée, pour une dizaine d'euros, avec un nombre de places limité. Des parents d'élèves n'ayant pas apprécié la démarche s'en sont plaints à la direction, "un prêtre est donc venu pour nous faire une seconde séance d'éducation sexuelle dans la chapelle de l'école", raconte la jeune femme. Elle se souvient: 

"Le prêtre nous a déconseillé d'avoir des relations sexuelles avant le mariage sinon on serait moins heureux. Ensuite il a abordé l'homosexualité en nous disant que c'était 'une tendance qui se corrige. Dieu a une voix plus grande pour vous'"

Amélie est sortie choquée de la chapelle et regrette de ne pas avoir eu de "vrais" cours. "Ça m'aurait beaucoup aidée. Je me suis récemment rendue compte de ce qu'était le consentement sur Internet et je me suis dit que c'était important. En fait on s'en rend pas forcément compte quand on n'est pas consentant."

Pendant la scolarité de Louise, 20 ans, dans un autre établissement privé, la sexualité n'a été abordée qu'une seule fois lors d'un cours de Sciences de la vie et de la terre (SVT) en classe de cinquième : "Des intervenants âgés nous ont juste parlé des risques de tomber enceinte et des maladies. Je suis ressortie de la séance angoissée en me disant que je pouvais risquer ma vie avec un rapport sexuel". Louise n'a pas eu d'autres cours ou de séances sur l'éducation sexuelle par la suite "en quatrième, notre professeur de SVT a refusé de nous faire les cours prévus sur la sexualité parce que d'après lui personne ne prenait ce cours au sérieux".  

Louise s'estime chanceuse d'avoir eu des parents avec qui elle pouvait discuter de sexualité, "mais par exemple j'ai une amie qui n'a jamais pu en discuter avec ses parents ou à l'école qui m'a demandé à 19 ans si elle pouvait tomber enceinte avec une fellation". Pour cette étudiante, la priorité serait d'évoquer la notion de consentement : "Avec mon premier copain, je ne comprenais pas que j'avais le droit de dire non si j'en avais pas envie. J'ai commencé à le comprendre seulement à mes 18 ans".  

Interventions inexistantes ou inadaptées

Mais la question n'est pas beaucoup mieux traitée dans le public. Naomi, 18 ans, se souvient d'une séance avec l'infirmière de son collège public à Rambouillet (Yvelines) quand elle était en quatrième : 

"Elle nous a montré comment mettre un préservatif sur un pied de chaise". 

Excepté la contraception, aucune autre question n'a été abordée pendant cette séance. "Une seule fois dans toute ma scolarité, ce n'est pas assez. Et ça arrive bien trop tard, regrette-t-elle. La question de la sexualité on y réfléchit bien avant la quatrième.

"Ça reste trop souvent basé sur la bonne volonté d'établissements et d'enseignants, d'infirmières scolaires. L'intervention d'association reste du goutte à goutte et en résultent des inégalités", déplore Margaux Collet, co-porte-parole d'Osez le féminisme. "Pour les jeunes, il faut avoir la chance d'être dans un établissement où il y a un personnel d'éducation qui va se bouger et mettre des choses en place." Barbara Vallée, intervient dans des établissements pour le Planning familial 79 et sur des stands lors de festivals. Des adolescents lui ont raconté que leur cours d'éducation sexuelle avait été donné par des religieuses, "ils en ont retenu que l'abstinence était une bonne chose. Dans ces cas-là, je leur dis de s'arrêter au stand, on doit absolument discuter."

L'enquête du HCE rapporte notamment que 84 % des filles de 13 ans ne savent pas comment représenter leur sexe alors que 53 % d'entre elles savent représenter le sexe masculin. Une adolescente de 15 ans sur quatre ne sait pas qu'elle a un clitoris.

"Ça peut être gênant de se retrouver face à 25 élèves et de devoir débattre du terme 'pédé'"

En primaire, l'Éducation nationale indique que "les temps consacrés à l'éducation à la sexualité incombent au professeur des écoles". Haydée Leblanc, enseignante dans une école primaire à Abbeville organise chaque année des temps de débats avec ses élèves de CM1 et CM2. "Tous les professeurs des écoles ne le font pas. Ça peut être gênant de se retrouver face à 25 élèves et de devoir débattre du terme "pédé".

"Un enseignant gêné peut même venir percuter la demande d'un élève et briser son statut de référent en cas de problème lié à la sexualité", rapporte Barbara Vallée. La circulaire envoyée par Marlène Schiappa, Haydée Leblanc s'en souvient très bien : "un mail envoyé à un enseignant seul devant son ordinateur et débrouillez-vous avec ça. On ne peut pas jeter la pierre aux enseignants qui ne font pas ces cours.

*Le prénom a été modifié.

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