Comme n'importe quelle addiction, arrêter de fumer peut être un véritable supplice. Dans Grand bien vous fasse, le pneumologue Bertrand Dautzenberg et le psychiatre-addictologue Amine Benyamina vous prescrivent quelques conseils pour mieux comprendre la dépendance à la cigarette et y remédier plus efficacement...

Stop en matière de cigarettes !
Stop en matière de cigarettes ! © Getty / Busà Photography

Se comprendre pour mieux arrêter 

Le docteur Dautzenberg explique qu'il y a "deux raisons pour lesquelles on fume : il y a la dépendance physique à la nicotine. L'exemple parfait c'est lorsque vous fumez dès l'heure du lever le matin (et la plupart des fumeurs le font !) ; après il y a les cigarettes que l'on consomme entre amis le soir avec un verre qui relèvent là des habitudes comportementales. Les deux sont intimement liées dans la mesure où lorsqu'on a une dépendance physique, celle-ci masque totalement la dépendance comportementale". 

C'est pourquoi le docteur Dautzenberg prescrit "un traitement durant lequel la première semaine il s'agit de faire prendre conscience au patient ou à la patiente de l'état de dépendance physique dans lequel il ou elle se trouve". Cela permet de se confronter avec la réalité et de prendre le temps du recul par rapport à son état. "À ce moment là, explique Bertrand Dautzenberg, ils fument sans faire aucun effort pour que dès la seconde semaine, ils comprennent et admettent ce phénomène comportemental lié à la dépendance de la cigarette". Il faut réhabiliter le plaisir et le bien-être du fumeur en leur laissant une semaine de sursis. 

Il n'y en a pas un qui me dit non quant à cette libre semaine 

D'autant que le danger, quand on a été fumeur du matin de rependre quelques cigarettes, un jour et une fois, et de rechuter très rapidement. "Pour ne pas rechuter, l'idéal est d'en prendre zéro, car le ralentissement progressif est difficile et conduit souvent à une rechute, elle-même souvent accompagnée d'une grande souffrance. C'est pourquoi il est préférable d'arrêter rapidement". 

En réalité, il y a peu de fumeurs qui ont plaisir à fumer véritablement. La plupart des fumeurs ont surtout déplaisir à être en manque de nicotine, ce qui supprime tout plaisir et réduit la portion de fumeurs du soir qui sont une vraie exception. 

Combattre le tabac, l'unique responsable

Il est important d'avoir à l'idée que le fumeur est d'abord une victime de son addiction, et n'est pas responsable de sa maladie car on ne peut pas contrôler quelque chose qui ne dépend pas de la volonté. Le soir quand vous avez sommeil, c'est votre cerveau qui vous le dit mais le matin quand votre cigarette vous appelle, c'est parce que vous êtes en "état d'hyponicotinémie" et que votre corps, loin d'être en quête de plaisir, est en demande de nicotine, c'est tout. 

Quant aux effets indésirables générés : le sevrage du tabac est une cause de dépression, de stress et d'angoisses, ce qui pousse le fumeur à penser le contraire sur le moment tant le tabac va calmer cette dépression ressentie mais qui est au départ induite par cette même cigarette prise 40 minutes plutôt. Le tabac est responsable dans tous les cas

Ces moyens efficaces pour arrêter

Il y a différentes méthodes, certaines qui fonctionnent plus que d'autres quand on veut arrêter de fumer : beaucoup font appel à l'hypnose mais celle-ci n'est totalement validée scientifiquement ; il est toujours possible de se faire prescrire de la varénicline (ou champix), un substituant nicotinique parmi d'autres remboursé à 100 %. Mais ils ne sont efficaces qu'à partir du moment où on y associe une prise en charge psychologique pour ne pas rechuter. 

Aujourd'hui, il s'agit de prescrire un traitement personnalisé, c'est du sur mesure ! Il faut évaluer chaque patient selon son profil tant certaines thérapies prennent plus de temps que d'autres. 

C'est ce qu'Amine Benyamina appelle "le principe du compromis psychologique" qui permet petit à petit de dissocier sa vie de tous les jours par rapport à sa consommation du tabac. En dehors de l'aspect biologique, explique-t-il, "il y a les stratégies motivationnelles applicables, l'habituation et le conditionnement. C'est ce que développe la tabacologie depuis une vingtaine d'années. Des méthodes remarquables qui représentent un vrai outil autant dans la gestion des addictions que dans les maladies chroniques. Des gens ont réussi à sortir de l'abîme par ce mécanisme sans même vouloir de traitement".

Comme pour la plupart des prises en charge des addictions, la méthode de substitution doit intervenir avant la prise en charge psychologique. Trop de personnes tendent à inverser la démarche alors qu'il faut d'abord amadouer l'organisme pour le combattre plus facilement au moyen de la psychologie. 

Amine Benyamina explique que "la thérapie cognitive va défaire séquence par séquence ces nœuds dysfonctionnels (pensées soulageantes et permissives) et permettre aux gens de trouver un palliatif intérieur. L'arrêt progressif par exemple, représente paradoxalement, selon lui, "un intérêt psychologique dans une période où on recherche de la motivation et qui permet de faire une sorte de deuil du tabac". À force de répéter, on finit par se déconditionner (totalement). 

Aller plus loin

🎧 RÉÉCOUTER - Comment arrêter de fumer ? Émission Grand bien vous fasse

📖 LIRE - Le Plaisir d'arrêter de fumer, Bertrand Dautzenberg, 2017, First

📖 LIRE - Promis, demain j'arrête ! Amine Benyamina et Marie-Pierre Samitier, 2013, Michel Lafon

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