Savez-vous qu'environ 30% de la chaleur de votre maison s'échappe par le toit ? La très grande majorité de nos foyers sont, soyons honnêtes, des passoires thermiques. Ils représentent 45% de l'énergie consommée en France et émettent 25% des GES (soit presque autant que le transport (27%)). Comment changer cela ?

Comment réchauffer votre logement de façon durable ?
Comment réchauffer votre logement de façon durable ? © Getty / FrankRamspott

La France compte actuellement sept millions de logements mal isolés ; 3,8 millions de ménages sont en situation de précarité énergétique. La rénovation des logements est l'une des clés de la réussite de la transition écologique

Le plan de rénovation énergétique des bâtiments prévoit que d'ici 2050, l'ensemble des logements ait été rénové au niveau basse consommation (autrement dit, qu'ils consomment environ cinq fois moins qu'aujourd'hui). Pour atteindre cet objectif, le rythme de rénovation serait de 700 000 logements rénovés par an - or, on ne rénove aujourd'hui que 16 000 logements BBC par an (BBC pour "Bâtiment Basse Consommation) : on est donc encore très loin des objectifs.

Pourquoi ce désamour ? Parce que c'est cher, sans doute. Parce que les propriétaires n'y voient pas leur intérêt, sans doute. Dans son émission, CO2 mon amour, Denis Cheissoux éclaircissait le sujet avec ses invités. Retrouvez ici l'essentiel. 

Qu'y gagneriez-vous ?

  1. Améliorer considérablement votre confort. Il y a des courants d'air qu'on ne sent même pas mais qu'on constate quand on mesure la quantité d'air parasite qui traverse le logement. Cela peut jouer de façon importante sur l'énergie du logement comme le souligne Olivier Sidler : "Quand il y a du vent dans la Drôme, les logements perdent facilement 4 °C ! J'ai vu des HLM où les jours de mistral il faisait 13 °C à l'intérieur..."
  2. Réduire votre dépense de chauffage de 75 à 80% si on réussit sa rénovation. 
  3. Vous vous prémuniriez des hausses complètement imprévisibles et parfois très violentes du prix de l'énergie sur le marché international. Comme vous ne consommeriez presque plus rien, en valeur intrinsèque dans le porte monnaie ça ne change pas grand chose à la fin de l'année.
  4. Sur le plan immobilier, votre habitation est valorisée. Olivier Sidler note qu' "une fois rénovée, elle vaut souvent plus que ce qu'elle valait avant additionnée au prix des travaux" (les notaires estiment le gain moyen pour une maison en province à 5 % par lettre dans le diagnostic énergétique)
  5. On contribue à lutter contre le changement climatique. "C'est l'affaire de tous !" rappelle Olivier Sidler.
Financer des travaux pour rénover son logement en BBC, dans quelle mesure est-ce une perte d'argent ?
Financer des travaux pour rénover son logement en BBC, dans quelle mesure est-ce une perte d'argent ? © Getty / Glow Images

Olivier Sidler est ​spécialiste des questions de maîtrise de l'énergie dans le bâtiment et cofondateur de l'association négaWatt. Il explique :

Pour faire très simple : quand on fait une rénovation thermique, on ne prend aucun risque financier. Le jour où on part, on récupère tout ce qu'on a mis dans la mise.

Il est vrai qu'il faut plusieurs années pour amortir financièrement une rénovation énergétique (5 à 10 ans, en moyenne) si l’on ne retient que les économies de chauffage. Par exemple, l’installation d’une chaudière à gaz à condensation dans une maison de 100 m² classée F (soit une dépense de 4 000 € environ) fera économiser près de 540 € de combustible par an. Mais ce nouvel équipement contribuera à améliorer le résultat du DPE et fera gagner, en moyenne, 5 % sur le prix de vente du bien (c'est-à-dire une plus-value potentielle de 5 000 € si votre bien vaut 100  000 €). Dans ce cas, le retour sur investissement est immédiat !

Deux principes clés pour réussir sa rénovation énergétique

1 - Faire une rénovation performante. Ne pas s'embarquer avec des isolants insuffisants ; aller directement au niveau BBC

2 - Faire l'ensemble des travaux en une fois. Evidemment, un bouquet de travaux nécessite un budget plus important, néanmoins...

  • Si vous le faites par étape, ça va vous coûter beaucoup plus cher au final ("de 20 à 100% plus cher", estime Olivier Sidler) de plus.
  • Ce n'est pas finançable car les aides ne sont pas étirables sur 10 ans
  • La maison est toujours en chantier, donc c'est désagréable et long... Et il y a le risque que, lassés, vous arrêtiez les travaux d'évolution énergétique après le premier chantier.
  • Certains travaux doivent impérativement être couplés. Quelques exemples : 

Si vous changez les fenêtres... avant, elles assuraient la ventilation de votre logement. Maintenant qu'elles sont très étanches, si vous n'avez pas de ventilation mécanique en parallèle, des moisissures vont très vite apparaître (un être humain produit environ 2,5 litres d'eau par jour). 

Attention à bien faire les travaux de rénovation dans un ordre logique, sinon vous risquez de mauvaises surprises...
Attention à bien faire les travaux de rénovation dans un ordre logique, sinon vous risquez de mauvaises surprises... © Getty / Ekspansio

Autre exemple : ne jamais changer la chaudière en premier lieu. Si vous faites d'autres travaux de rénovation énergétique ensuite, cette chaudière sera devenue trop puissante, surdimensionnée pour vos besoins. Isolez d'abord, changez la chaudière ensuite. Olivier Sidler explique : "Le rendement d'une chaudière diminue lorsque son taux de charge baisse. C'est-à-dire que si au lieu  de l'utiliser au maximum de sa charge, vous l'utilisez qu'à 50 ou à 20%, son rendement se casse la figure : elle consomme beaucoup pour produire peu. Elle peut même tomber en panne".

Autre exemple : imaginez une maison de deux étages dont seule la toiture est renovée. À l'étage de cette maison, les besoins énergétiques sont maintenant réduits... mais pas au rez-de-chaussée. Or la chaudière n'a qu'un seul régime pour toute la maison. Donc, dans ce cas, vous ne ferez pas les économies d'énergies envisagées.

À quelles aides financières avez-vous droit ?

Au niveau de l'État, le crédit d'impôt peut couvrir beaucoup de travaux possibles : 

  • tout ce qui va concerner l'isolation du toit, des murs, des fenêtres, des planchers bas, 
  • des travaux sur le chauffage 
  • l'installation d'énergies renouvelables à la maison (pompe à chaleur, chauffe-eau solaire...)

Attention, le crédit d'impôt ne s'applique en général que sur le coût du matériel ; la pose ne bénéficie d'une aide que lorsque les travaux coûtent très cher en main d'oeuvre comme l'isolation des parois opaques (toit, plancher bas, murs)

Les départements et les communautés de communes peuvent également vous apporter une aide non négligeable ; elles varient selon votre lieu de résidence. 

Il y a enfin l'éco-PTZ, un prêt mis en place pour permettre aux particuliers de se lancer dans des travaux. Ce prêt sans intérêt permet de financer la réalisation de travaux d'économie d'énergie chez soi à condition qu'au moins deux actions aient été réalisées (isolation du toit et changement du système de chauffage par exemple). Le montant prêté augmente en fonction du nombre de travaux à réaliser.

Toutes ces aides publiques ne peuvent pas être cumulées - sinon elles dépasseraient parfois le montant des travaux… 

Pour s'y retrouver dans les multiples aides, le mieux est de prendre contact avec un conseiller info énergie (joignable au 0 808 800 700 ; vous pouvez également vous rendre dans un point rénovation info service proche de chez vous).

Olivier Sidler :

C'est un système ingérable, beaucoup trop compliqué ; il faut des spécialistes pour monter ce dossier. Et surtout si vous ne faites pas les travaux en une seule fois avec un seul devis global pour tous les travaux vous allez dilapider cette aide. 

Ce système d'aides a d'ailleurs été critiqué par la Cour des comptes, qu'elle juge "coûteuses, complexes, régulièrement modifiées (ce qui en limite la visibilité) et peu efficaces"

Olivier Sidler suggère :

Il faut tout remettre à plat : supprimer toutes les aides et faire une seul prêt à taux zéro pour toute la France. 

Il ajoute : "Avec ça, vous pouvez rénover sans dépenser un euro de plus qu'aujourd'hui 650 000 logements par an au niveau BBC. Simplement, il faut que les banques acceptent de rentrer dans le jeu !"

Que changer en priorité dans votre logement pour en améliorer son DPE ?
Que changer en priorité dans votre logement pour en améliorer son DPE ? © Getty / Blend Images - DreamPictures/Shannon Faulk

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