Ce mardi, le ministre de l'Éducation nationale Jean-Michel Blanquer lance à Paris des "assises de la maternelle", pour réfléchir à ce que sera l'école pré-élémentaire dans les années à venir. Un rendez-vous qui intervient deux ans seulement après la mise en place de nouveaux programmes.

Une classe d'école maternelle, à Hérouville Saint-Clair (Calvados)
Une classe d'école maternelle, à Hérouville Saint-Clair (Calvados) © AFP / Mychèle Daniau

Quel est l'état de l'école maternelle en France ? Et surtout, comment la faire évoluer ? Ce sont les questions que vont se poser des chercheurs et des experts de la petite enfance ce mardi ainsi que mercredi, à Paris, lors des "assises de la maternelle" convoquées par le ministre de l'Éducation nationale, Jean-Michel Blanquer.

Un rendez-vous pour le lancement duquel Emmanuel Macron doit annoncer, ce mardi matin, que l'école maternelle sera désormais obligatoire à partir de 3 ans, et ce dès la rentrée 2019. Une mesure avant tout symbolique, selon les syndicats, qui notent que la quasi-totalité des enfants est déjà scolarisée à cet âge. Mais au-delà de cette mesure, les spécialistes réunis pendant ces deux jours à Paris entendent repenser plus globalement le système de l'école maternelle. 

"L'école de l'épanouissement" 

Le ministre entend vouloir faire de la maternelle "l'école de l'épanouissement et du langage, expliquait-il dans une interview au mois de janvier. On doit compenser [l'inégalité du langage,] _le moyen d'acquérir un vocabulaire riche_, qui aura un impact important sur la réussite à l'école élémentaire et en cours préparatoire."  

Mi-mars, l'organisme France Stratégie (rattaché à Matignon) a publié un rapport sur l'état actuel de l'école maternelle et sur son possible rôle dans la baisse du niveau des élèves de CM1 depuis une quinzaine d'années. Or, si la France est historiquement l'une des premières à avoir atteint une scolarisation de l'ensemble des enfants de 4 ans, et ce dès la fin des années 70, la qualité de son enseignement de maternelle s'est laissée dépasser.  

Peu d'investissement, des classes trop lourdes ? 

Mais aujourd'hui, face à ses voisins Européens, la France apparaît parmi les plus mauvais élèves sur les conditions d'ensignement en maternelle : avec un peu plus de 6 250 euros par élève et par an (en 2014), la France dépense moins que la moyenne européenne, et moins que les Pays-Bas, l'Autriche, l'Allemagne, le Royaume-Uni, etc. Une somme qui reste toutefois plus élevée que dans l'école élémentaire.

Par ailleurs, le nombre de d'élèves pour un enseignant est aussi l'un des plus élevés des pays de l'OCDE, avec une moyenne de 22 enfants par enseignant, là où la moyenne européenne est de 13, et même moins de 5 en Australie. Pour le neuropsychiatre Boris Cyrulnik, qui conclura mercredi les "assises de la maternelle" aux côtés de Jean-Michel Blanquer, "l'idéal serait de dédoubler les maternelles".

Réformer l'accueil de la petite enfance ? 

Autre point souligné par le rapport de France Stratégie : la division en deux parties de l'accueil des enfants de moins de 5 ans, très marquée. De 3 à 5 ans, c'est l'école maternelle, placée sous la responsabilité de l'Éducation nationale et gratuite, qui occupe cette fonction. Mais avant 3 ans, l'accueil des enfants bénéficie d'un traitement totalement différent, placé sous la responsabilité de la Sécurité sociale, payant et sans enseignants. 

Or face à ce modèle, on trouve un système "intégré", basé sur un accueil des enfants de la petite enfance jusqu'à la scolarité obligatoire (CP ou équivalent). Si ce système était, il y a peu, une particularité des pays nordiques, "il se développe rapidement en Europe, au point que c'est le système "dual" de la France, avec sa forte césure à trois ans, qui apparaît aujourd'hui de plus en plus isolé". En effet, de nombreux rapports, notamment produits par l'Unesco ou l'OCDE, ont préconisé la mise en place de ce modèle.  

Changer les programmes... à nouveau ? 

L'étude de France Stratégie revient aussi sur le contenu de l'apprentissage dispensé aux enfants : "Les instituteurs français négligent encore trop des compétences non académiques mais déterminantes comme le développement social, émotionnel ou des notions comme l'attention ou l'estime de soi."  

Pourtant, en 2015, l'école maternelle est devenue un cycle à part entière, bien distingué de l'école primaire (alors que jusqu'alors, la grande section, le CP et le CE1 formaient un grand bloc). Un changement accompagné de nouveaux programmes qui, justement, ont mis l'accent sur le langage et la socialisation, et où la place du papier et du crayon, par exemple, a reculé.  

Ces programmes "ont largement donné satisfaction, ils essayaient de trouver une forme d'équilibre entre le développement de l'enfant et la préparation à l'école", explique Pascale Garnier, docteur en sociologie. Mais l'enquête de France Stratégie revient sur le travail des inspections générales, qui montrent qu'en pratique, les choses ont peu changé (sauf dans les écoles REP et REP+, où des "très petites sections" ont été mises en place). 

A ÉCOUTER : Sonia Bourhan s'est rendue à l'école Montédour de Franconville (Val-d'Oise), où une classe expérimente un dispositif destiné à apprendre aux élèves à raconter une histoire, et donc à s'approprier les mots. 

La formation des enseignants en question 

En cause : une mauvaise formation des enseignants. Alors qu'ailleurs, la plupart des enseignants de maternelle ont un niveau "bachelor", en France c'est au niveau master que se fait le recrutement. Mais ceux-ci sont enseignants avant tout, parfois interchangeables entre le primaire et la maternelle (c'est le même corps enseignant), et bénéficient d'une formation à la pédagogie de la petite enfance quasi inexistante : l'école maternelle n'apparaît pas comme un des modules traités en tant que tels, et le volume horaire consacré à la question dans la plupart des Ecoles supérieures du professorat et de l'éducation est faible, selon le rapport. D'autres pays ont mis en place des formations de "pédagogue spécialiste de la petite enfance" ou de "pédagogue social", considérées comme plus adaptées.  

Dans l'ensemble des discussions, la formation et le statut des assistants en école maternelle, qui aident les enseignants au sein des classes, devrait aussi être abordée. Pour s'inspirer aussi de modèles pratiqués dans d'autres pays, ces assises de la maternelle visent aussi à "mettre en avant les meilleures pratiques pédagogiques et éducatives y compris au niveau international", explique le ministre.

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