Ce vendredi, ce site lancé en 2009 outre-Atlantique a lancé sa version française. Et mise tout sur la qualité de ses contributeurs.

Le site Quora se distingue notamment par une mise en page minimaliste
Le site Quora se distingue notamment par une mise en page minimaliste © QuoraFR

En sortant de table ce midi, après un bon dessert, vous vous demanderez peut-être quelle quantité de sucre on peut raisonnablement manger chaque jour. Et si cette question vous taraude, vous irez peut-être chercher une réponse en tapant “consommation de sucre” sur Wikipedia, Doctissimo ou, plus simple encore, sur Google.

Des questions et des réponses, rien d'autre

Depuis vendredi, un nouveau venu propose aussi de répondre à vos questions sur internet, en français : Quora. Né en 2009 aux Etats-Unis (où il reçoit quelque 200 millions de visiteurs par mois, un chiffre qui a doublé en un an), ce site fonctionne sur un système de questions et réponses ouvertes à tous et à toutes. Le vœu de son fondateur, Adam d’Angelo : “Partager et enrichir le savoir de tous”.

En clair, comment ça marche ? C’est en pratique très simple. Une fois inscrit, vous avez deux grandes possibilités : poser des questions ou répondre à des questions. C'est tout. Une interface épurée et pas de fonctions "bonus", l'accent est mis sur le contenu avant tout. Un algorithme se charge de “montrer aux utilisateurs les questions auxquelles ils sont le plus à même de répondre”, a expliqué Adam d’Angelo vendredi, lors du lancement de la version française de la plateforme.

La crédibilité pour se distinguer

Mais Quora n’est pas le premier à se lancer sur ce marché des questions/réponses : le portail Yahoo dispose d’une rubrique similaire. Et le dernier à avoir tenté l’aventure en France s’appelait Ask.fm : après un début en flèche, les visites se sont effondrées sur fond de polémiques sur le harcèlement d’ados, jusqu’à ne même plus être pris en compte par les mesures d’audience.

Comment ce nouveau site compte-t-il faire mieux que Yahoo et vivre plus longtemps que Ask.fm ? Pour Adam d’Angelo, le secret de Quora réside dans la crédibilité de ses membres : “Chacun doit utiliser son vrai nom, et afficher ses compétences”, explique-t-il, déplorant le fait que “souvent sur Internet, vous ne savez pas qui se cache derrière les informations que vous trouvez”.

La crédibilité et la confiance sont les maîtres mots de ce réseau social qui, selon ses créateurs, s’auto-régule. Les utilisateurs votent pour les réponses qu’ils jugent pertinenteset peuvent poster des commentaires s’ils sont en contradiction ; et ce sont au final les réponses les plus fiables qui sont affichées en premier”, selon le PDG de l’entreprise. Parmi les membres, des experts et personnalités reconnues sont aussi invités à contribuer : le Premier ministre canadien Justin Trudeau a été le premier à se prêter à l'exercice en français.

Pas de pseudonymes

Au-delà de leur véritable identité, les utilisateurs de Quora doivent s’engager à être transparents sur leurs compétences et leurs intérêts : “Quelqu’un qui affirme qu’il a un doctorat doit pouvoir prouver qu’il l’a vraiment”, explique Adam d’Angelo.

“Il n’y aucun problème à ce qu’un pâtissier dise qu’il est le meilleur pâtissier de Paris, par exemple, mais il y a une seule condition, c’est qu’il dise que c’est lui, le pâtissier en question :on appelle cela la norme d’affiliation”, détaille Sihem Fekih, chargée des relations avec les rédacteurs à l’international. Objectif : éviter les conflits d’intérêt, selon Sihem Fekih : “Il n’y a aucun problème à parler d’un produit du moment que l’on affirme qu’on est lié à ce produit”, explique-t-elle.

Quora prend son temps

A une époque où beaucoup de jeunes pousses se développent très rapidement à l’international, Quora a attendu sept ans pour se lancer dans d’autres langues que l’Anglais. “Comme nous nous focalisons avant tout sur la qualité de notre contenu, et maintenir un haut niveau qualitatif est difficile”, justifie Adam d’Angelo. “Nous avons investi dans l’intelligence artificielle et la modération. En six ou sept ans nous avons réussi à bâtir ce produit de qualité en anglais : si on s’était développés trop vite, nous aurions eu du mal à maintenir la qualité en parallèle”.

Prendre son temps : c’est aussi ce qui définit une visite sur Quora. Ecrire une réponse peut prendre dix à vingt minutes, sans contrepartie : “C’est le foisonnement des questions qui convainc l’utilisateur à passer du temps à construire et fignoler sa réponse”, selon Sihem Fekih.

Et c’est vrai : entre la lecture et la rédaction, Quora, que nous avons pu tester en version “beta” avant son lancement, peut assez vite devenir addictif pour ceux qui sont gourmands de connaissances (et qui ont du temps devant eux, donc). Comme sur Wikipedia par exemple, un système de liens permet de passer d’une question à une autre, et encore à une autre, sans fin ; une façon efficace d’enrichir ses connaissances par sérendipité.

Et sur le modèle économique ? Là aussi, les équipes de Quora disent vouloir prendre leur temps : aux Etats-Unis, des annonceurs peuvent insérer de la publicité dans certaines discussions et réponses. Mais pas en France, du moins dans un premier temps : pour l’heure selon le PDG de l'entreprise, l’enjeu est de gagner de la crédibilité pour s’installer, avant de tenter de rentabiliser la plateforme française.

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