Deux jours après les annonces d'Emmanuel Macron en réponse à la crise sociale, les "gilets jaunes" tentent samedi de se remobiliser à travers le pays. Rassemblement national à Strasbourg et manifestation commune avec les syndicats à Paris.

Une réprésentation de la Liberté guidant le peuple, brandie par les "gilets jaunes" à Paris pour l'acte XXiV
Une réprésentation de la Liberté guidant le peuple, brandie par les "gilets jaunes" à Paris pour l'acte XXiV © AFP / Zakaria ABDELKAFI

Pour cet acte XXIV d'un mouvement inédit, qui empoisonne l'exécutif depuis plus de cinq mois, le ministère de l'Intérieur comptabilisait 5.500 "gilets jaunes" dans les rues à 14H00 en France, dont 2.600 dans les deux cortèges parisiens, des chiffres contestés, semaine après semaine, par les intéressés, qui publient leur propre décompte.   Ils étaient, selon les autorités, 9.600 participants samedi dernier à la même heure, dont 6.700 à Paris.   

Selon la préfecture de police de Paris, 8.920 contrôles préventifs ont été effectués et 11 personnes ont été interpellées dans la capitale. Depuis l'acte 1 de ce mouvement social le 17 novembre, 2.400 "gilets jaunes" et 1.700 membres des forces de l'ordre ont été blessés, selon Beauvau.   

Loin d'éprouver de la lassitude, des manifestants ont dit partout en France être "remontés" après le discours du chef de l'Etat.  Certains ont néanmoins prévu de faire l'impasse ce samedi pour se concentrer sur les manifestations du 1er mai, qui s'annoncent tendues.  Pour prévenir les débordements, des interdictions de manifester ont été prises à Strasbourg dans le centre et autour des institutions européennes, mais aussi à Toulouse, Lille, Rennes ou Rouen. A Paris, le périmètre prohibé comprenait les Champs-Elysées, l'Elysée, les abords de l'Assemblée nationale et de Notre-Dame.  Samedi dernier, les "gilets jaunes" ont été au total 27.900 à battre le pavé en France, selon le ministère de l'Intérieur, 100.000 selon leur propre décompte. 

"Riposte générale" à Paris

Plusieurs centaines de manifestants, gilets rouges de la CGT et "gilets jaunes" mêlés se sont élancés samedi peu après 13H00 du boulevard du Montparnasse à Paris, pour opposer une "riposte générale" au gouvernement et au Medef. 

Le reportage de Sébastien Sabiron

1 min

Manifestation à Paris, Riposte générale

Par Sébastien Sabiron

Le carré de tête de la manifestation, à l'initiative de fédérations et unions départementales CGT, -mais en l'absence du secrétaire général de la confédération, Philippe Martinez-, marchait derrière une banderole proclamant : 

Face à une attaque globale, riposte générale

Cette action a aussi reçu le soutien du PCF, du NPA, de personnalités comme la journaliste Aude Lancelin ou la "gilet jaune" Priscillia Ludosky.  Dans le carré de tête, Amar Lagha (CGT Commerce), l'un des organisateurs, s'est montré déçu par l'intervention du président de la République jeudi. "Il n'y a rien eu sur le pouvoir d'achat", souligne-t-il. "Tant mieux pour les retraités, il est revenu sur la bêtise qu'il a faite. Sinon, silence total sur les cadeaux qu'il a faits aux grands groupes. Ce gouvernement n'a rien apporté. Le cap reste le même, la casse sociale".  

Acte XXiV des "gilets jaunes" à Paris
Acte XXiV des "gilets jaunes" à Paris © AFP / Zakaria ABDELKAF

La sénatrice EELV Esther Benbassa, qui a été de toutes les manifestations des "gilets jaunes", a estimé que "du débat national n'est sortie qu'une souris. C'est bien qu'aujourd'hui nous soyons avec la CGT, parce qu'il faut que le peuple de gauche soit uni. Il y aura aussi le 1e mai pour dire non".  

Des gilets CGT d'Aéroports de Paris, de la CGT chômeurs, des services publics territoriaux parsemaient la manifestation. Certains étaient venus de Roubaix, du Tarn-et-Garonne ou des Bouches-du-Rhône, encadrés par un gros service d'ordre CGT. Des "gilets jaunes" étaient également bien visibles au sein du cortège.  Brigitte Couderc, secrétaire générale de la CGT commerce de la Gironde, estime pour sa part qu'avec les "gilets jaunes", "on ne peut pas parler d'alliance, mais on parle de plate-forme commune de revendications", car "on en a ras-le-bol de la politique économique et sociale du gouvernement".   

Cette manifestation fait figure de tour de chauffe avant la grande manifestation unitaire organisée par la CGT, FO, FSU, Solidaires, l'Unef (étudiants) et l'UNL (lycéens) le 1r Mai. Les 5,5 millions de fonctionnaires sont pour leur part appelés à une autre journée d'actions et de grève le 9 mai contre la réforme de la Fonction publique.

"Manifestation nationale et internationale" à Strasbourg

Acte  XXIV des "gilets jaunes" à Strasbourg
Acte XXIV des "gilets jaunes" à Strasbourg © AFP / Patrick HERTZOG

Après Toulouse pour l'acte 23 du mouvement, les regards se sont tournés vers Strasbourg, où plusieurs centaines d'entre eux ont commencé à converger dans le calme à la mi-journée vers la place de l'Etoile, non loin du centre-ville.   A un mois des élections européennes, les organisateurs de cette "manifestation nationale et internationale" espèrent attirer dans la ville siège du Parlement européen des manifestants allemands et belges.  

Un drapeau allemand flottait effectivement parmi les drapeaux français. Des manifestants brandissaient aussi une banderole "Hollande + Bayrou = Macron" ou une caricature de "Macron Picsou" tandis qu'une dizaine de fourgon de la police protégeaient les bâtiments municipaux voisins.

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Gilets Jaunes, reportage à Strasbourg

Par Violaine Munos Boileau

Ce défilé de 2.000 "gilets jaunes", selon la préfecture, a été marqué par un bref épisode de tension quand le cortège a voulu rejoindre le Parlement européen

L'ambiance a été parfois tendue lors de la manifestation des "gilets jaunes" à Strasbourg
L'ambiance a été parfois tendue lors de la manifestation des "gilets jaunes" à Strasbourg © AFP / Patrick Herzog

Dans le sud-est des manifestants déterminés

Manifestants lors de l'acte XXIV des "gilets jaunes" à Marseille
Manifestants lors de l'acte XXIV des "gilets jaunes" à Marseille © AFP / David Marc

A Montpellier comme à Marseille, des milliers de "gilets jaunes" ont manifesté. Dans les rues de Montpellier ont défilé 1.500 personnes selon la préfecture, alors qu'à Marseille, le cortège de 1.000 personnes selon la préfecture de police a remonté la Canebière pour déambuler dans le quartier populaire de Noailles. 

Au passage, un manifestant a recouvert un écriteau de rue par un autocollant "Rue Zineb Redouane, tuée par la police", en hommage à cette octogénaire morte en décembre après avoir été touchée par un tir de grenade lacrymogène en marge de manifestations.  Parmi les "gilets jaunes", beaucoup sont venus de loin comme cette fonctionnaire de Nice : "on a fait du covoiturage car on voulait montrer à Marseille, où il y a un appel régional, qu'on est déçus. Macron n'a pas répondu à nos revendications principales: le RIC et le vote blanc!".  Près d'elle, un groupe d'une dizaine de manifestants de Valence ont aussi voulu "crier sous le soleil de Marseille". "On est plus motivés que jamais !", assure une contrôleuse qualité de 51 ans.  A Arles (Bouches-du-Rhône), environ 200 personnes ont manifesté également selon la préfecture.

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